‹ La philosophie chrétienne de la vieChapitre 336 sur 344 · LE ZELE DANS LA LUTTE · texte numérisé non relu

LE ZELE DANS LA LUTTE

I . Grande est la lutte dans laquelle nous sommes engagés ; elle réclame tout notre zèle, notre zèle le plus ardent. Veillons à ce que ce zèle ne se refroidisse jamais. « Travaillez comme un bon soldat du Christ Jésus. Car celui qui combat dans l'arène ne sera pas couronné s"il n'a pas combattu légalement. » (2 Tim., 11, 3,5.)

A ce zèle est opposée la tiédeur. La tiédeur n'est pas à éprouver le sentiment de la lassitude, du vide et de la désolation; ce sentiment 'de tristesse peut intérieurement exister à côté du plus grand zèle.

La tiédeur est l'absence continue d'actes courageux et d'exercices des vertus, un relâchement de la fidélité de la conscience tourné en habitude, une médiocrité constante dans l'accomplissement des devoirs, une insensibilité qui s'inquiète peu des péchés véniels délibérés.

La tiédeur est un état de langueur, par suite une apathie égale pour la vertu et pour le péché, une routine, une nonchalance, une décomposition.

Tiède est le chrétien qui n'est patient que lorsqu'il n'a rien à souffrir, qui est doux aussi longtemps qu'il ne rencontre pas d'opposition, qui désire être un bon chrétien sans qu'il lui en coûte, qui veut posséder une vertu sans

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mortilicatioii, conquérir le ciel sans employer la violence.

On reconnaît la tiédeur à l'atteinte habituelle et volontaire portée à la conscience, à l'abandon de la prière fervente, à l'admission progressive de fautes toujours plus graves, au manque d'abnégation et d'empire sur soimême, à l'acceptation facile de faux principes, à la préoccupation exclusive de la richesse et du bien-être matériel.

On reconnaît la tiédeur à certaines façons de parler. « Ce ne sont que des bagatelles. » « D'autres ne prennent pas la chose au pied de la lettre. » « Plus tard j'aurai le temps de m'occuper de ma conscience. » « J'ai en tête des affaires plus importantes. »

2. La tiédeur est indigne du chrétien ; elle est une souillure pour l'âme, un abaissement et une diminution de tout l'homme moral, une honte pour le drapeau sous lequel sert le chrétien.

La tiédeur est sans consolation : elle est une contradiction, elle ne procure donc aucune consolation ni de la part de Dieu ni de la part du monde.

La tiédeur expose à de nombreux périls. Elle obscurcit l'esprit : c'est pourquoi l'homme tombé dans la tiédeur reconnaît si difficilement son état. Elle affaiblit la bonne volonté, elle glace tous les nobles sentiments, elle rend la conscience insensible.

Notre salut est dans la prière ; mais l'âme tiède, comment prie-t-elle ?

La grâce de Dieu est toute-puissante; mais chasser d'un cœur la tiédeur c'est là une des plus grandes œuvres de la miséricorde divine. Un pécheur s'amende plus aisément qu'un homme tiède. A l'égard de ces âmes, Dieu éprouve ce que nous éprouvons nous-mêmes en goûtant une nourriture écœurante.

De même que les xylophages ^ peuvent jeter à bas une maison, de même la tiédeur peut faire d'un soldat du Ciirist un traître.

3. Songez souvent à la grande cause que vous devez servir à titre de chrétien, et il vous sera facile de ne pas craindre devant l'effort. Réfléchissez à ce que vous êtes et à ce que vous devez être.

Vous n'atteindrez le but que par le travail. On n'obtient pas la palme sans difficulté. Si un écolier se croit déjà maître, il ne le sera jamais.

La paresse est mise au nombre des péchés capitaux : il y a là un sens profond.

Soyez tenace dans l'exécution. Il en est qui commencent avec énergie, puis ils se relâchent, soit par excès de fatigue, soit par impatience, soit par légèreté. Le chasseur s'efforce d'atteindre sa proie, il ne se contente pas de l'avoir fait lever.

Voulez-vous sortir d'une tiédeur fatale : retirez-vous pour quelque temps dans la solitude; tenez vos résolutions d'abord pendant quelques jours, puis toujours davantage.

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