LE CHRISTIANISME ET LA RELIGION DE L'AMOUR
I . C'est avec raison qu'on a appelé le christianisme la religion de l'amour. L'amour est nécessaire au cœur ; vivre sans amour, c'est être mort tout en vivant. L'amour est ce qu'il y a de plus élevé et de plus profond dans l'homme, ce qu'il y a de plus noble et de plus fort, ce qui rend l'homme capable de tous les sacrifices.
L'amour est une passion. Heureux celui dont le cœur est rempli d'une noble passion.
La nature pousse l'homme à l'amour. Suivant ce qu'il aime, l'homme dirige sa vie, en haut jusqu'à Dieu, ou en bas au-dessous de l'animal.
Par le christianisme nous comprenons mieux combien Dieu nous aime dans l'ordre de la nature; mais l'amour surnaturel de Dieu pour nous, le christianisme seul nous le révèle : cet amour consiste en ce que Dieu se donne lui-même à nous, en ce quil se subordonne dans un certain sens à nos intérêts.
Dans le christianisme, l'amour est le premier et le suprême commandement (Marc, xii, 30; Luc, x, 25). C'est ce que Dieu exige en premier lieu de l'homme, c'est la vertu la plus sublime et la plus parfaite.
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L'amour est une vertu qui fait t]uc notre volonté reconnaît en Dieu le bien le plus élevé et le plus parfait, qu'elle s'attache à lui et se repose en lui.
2. Vous devez aimer Dieu, parce que les nombreux bienfaits dont il vous a comblé vous prouvent combien il est bon et digne d'amour. Votre être, toutes vos facultés, viennent de lui. Si une maladie vous faisait perdre la vue et qu'un miracle vous la rendît, quelle ne serait pas votre reconnaissance ! Lui en devez-vous moins à présent?
Tout ce qui en vous a quelque prix vient de Dieu ; le péché seul vient de vous.
Dieu ne vous a pas accordé seulement les dons naturels : il vous a rendu particulièrement facile une vie surnaturelle, une vie chrétienne. Sa providence vous a placé dans telles et telles circonstances qui vous stimulent à pratiquer la vertu. 11 vous donne sa grâce intérieure, sans laquelle votre lutte n'aurait ni force ni mérite.
Par amour pour vous. Dieu a pris toutes les dispositions qui doivent vous conduire à le posséder dans l'éternité.
Il vous a donné tout ce qui est compatible avec ses desseins divins. Ces dons, il vous les apporte lui-même : il est tout proche de vous, il habite en vous, il est plus près de vous que vous-même. Tout ce que vous êtes et ce que vous avez dépend de Dieu, est dans sa dépendance la plus étroite et la plus intime. Tout ce qui est en dehors de Dieu tient plus de Dieu qu'il n'existe en lui-même.
Dieu est et opère dans toutes les créatures, mais d'une manière différente, selon leur destinée différente. Il habite en vous, mais non comme dans toute autre créature dont le but ne dépasse point l'ordre naturel : il habite en vous comme dans un sanctuaire destiné tout spécialement à le recevoir.
Vous devez considérer non seulement cette proximité et cette inhabitation de Dieu, mais encore la manière dont il agit pour vous. Par amour pour vous, il met tout en mouvement dans le domaine de la nature, afin que tout vous aide à atteindre le but surnaturel de votre vie.
Vous ne comprendrez vraiment combien grand est l'amour que Dieu vous porte, que si vous étudiez le Christ travaillant et souffrant pour vous. Toutes les autres preuves de l'amour de Dieu disparaissent en quelque sorte quand on les compare à la croix du Calvaire, de même que les étoiles deviennent invisibles lorsque le soleil se lève. C'est ainsi que Dieu a aimé le monde.
3. Tel est l'amour de Dieu pour vous. 11 vous a fait son ami. Rendez-lui amour pour amour. Que votre amour ressemble à celui du Christ ; il ne doit pas se borner à des sentiments et à des paroles : il faut aimer par œuvres et en vérité, il faut traduire votre amour par des sacrifices.
« Mes petits enfants, n'aimons pas de parole et de langue, mais par œuvres et en vérité. C'est par là que nous connaissons que nous sommes de la vérité (et non pas du mensonge et de l'apparence hypocrite), et que nous en persuaderons notre cœur en la présence de Dieu, » (i Joan., III, 18, seq.)
11 faut, pour parler avec saint Paul (2 Cor., vi, 4, seq.), « en toutes choses, comme ministres de Dieu, nous rendre recommandables par une grande patience dans les maux, dans les nécessités et dans les extrêmes afflictions... ; par une douceur persévérante et par la bonté... ; par la parole de vérité..., parmi l'honneur et l'ignominie..., comme mourants et vivants néanmoins..., comme tristes mais toujours dans la joie. »
En tout ce qui est, en tout ce qui arrive, reconnaissez
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l'amour de Dieu. Sous le voile des créatures, reconnaissez et baisez la main qui vous tait du bien en toutes choses et par elles. Travaillez à tout utiliser, pour correspondre ainsi aux desseins de Dieu.
Enfin, par le moyen des créatures, élevez-vous jusqu'à la connaissance de votre Créateur, pour apprécier combien Dieu est infiniment bon, beau et parfait en lui-même.
Toute la magnificence et la beauté de la création, tous les dons de l'intelligence et les charmes du cœur, toute la perfection de l'ordre surnaturel du christianisme, ce sont là de faibles rayons, de misérables gouttelettes, qui nous permettent de soupçonner la beauté du Soleil incréé, de la source de toute perfection.
D'ordinaire, l'amour n'exige de vous rien d'extraordinaire.
Remplissez donc parfaitement les devoirs de votre état, mais faites-le par amour pour Jésus.
Par amour pour vous, Jésus attend de vous le renoncement à vous-même : pratiquez le renoncement par amour pour Jésus.
Par amour pour vous, Jésus vous fait sentir le poids de la croix : portez votre croix par amour pour Jésus.
Par amour pour vous, Jésus veut que vous vous unissiez intimement à lui : faites-le par amour pour Jésus, et que ce vous soit une joie du cœur d'être constamment semblable à votre divin modèle,
4. Tel est l'amour que l'on doit pratiquer et que l'on pratique en effet dans la religion catholique.
Parmi les hommes, on décore du beau nom d' « amour » bien des choses qui ne sont que basse sensualité. Il y a tant d'alliage, tant d'apparences factices ! Seul l'amour de Dieu peut donner une belle âme, un cœur élevé.
L'amour naît de la plus noble liberté. Sur le navire de l'amour divin, pas d'esclaves, pas de galériens : il n'y a que des volontaires.
Efforçons-nous de craindre Dieu par amour plutôt que de l'aimer par crainte.
Si vous songiez que Jésus a préféré votre salut à sa vie, vous comprendriez ce que signifie cette parole : que vous devez préférer son bon plaisir à tout autre bien.
5. Pour que l'amour repose sur un solide fondement, il doit avoir ses racines dans la foi et recevoir sa direction de l'espérance. Point de véritable amour s'il ne prend sa racine sur le Calvaire et n'a son couronnement dans le ciel.
Un chrétien aimant peut assez souvent, dans ses pensées et ses actes d"amour, ne point songer actuellement au ciel et à l'espérance, mais l'homme ordinaire ne peut pas, d'une façon habituelle, en agir toujours de même.
Ne craignez pas que votre amour se soit refroidi parce que vous n'éprouvez plus le sentiment de l'amour. L'esprit de Dieu ne consiste pas toujours dans des effusions sensibles. L"amour, lorsqu'il est nouveau, fermente comme un vin nouveau ; plus il deviendra vieux et limpide, plus il deviendra calme.
Ce n'est pas la grandeur de nos œuvres qui leur donne du prix devant Dieu : c'est l'amour avec lequel elles sont accomplies.
Combien en est-il qui aimeraient bien Jésus s'il se présentait seul ! Mais il en est peu à qui plaise le cortège qui l'accompagne toujours : l'abnégation, la mortification, le mépris du monde, l'humilité, le désintéressement.
A la vérité, nous devrions rougir de dire à Dieu : « Seigneur, je vous aime par-dessus tout. » Autant dire à un roi : « Je vous estime plus que la terre et l'eau. »