‹ La philosophie chrétienne de la vieChapitre 44 sur 344 · LA VIE D ICI-BAS EST UNE EBAUCHE II · texte numérisé non relu

LA VIE D ICI-BAS EST UNE EBAUCHE II

bas n'est faite que pour attiser le feu de l'amour, pour tendre ses redoutables ressorts. La volonté de l'homme voltige d'un objet à un autre. L'homme veut tout, il se désenchante de tout, et, arrivé sur le bord de la tombe, il est inassouvi et plein d'amers regrets.

2. Inachevés tous les travaux humains, toutes les luttes humaines! Les efforts d'un homme heureux seraient-ils couronnés de tout le succès espéré; réussirait-il à mener à bonne fin une grande affaire, une vaste entreprise, à fonder un de ces empires titanesques, comme il s'en rencontre peu dans le monde : tout ici-bas ne crève-t-il pas comme une bulle de savon, pour faire place à d'autres fantômes ?

Tout est jeu d'enfant ; rien ne peut satisfaire personne en cette vie, même les œuvres les plus nobles. Quelle importance auraient-elles, en effet, si tout était fini avec la mort? On le comprend : la doctrine matérialiste est une pensée misérable : pour tout homme réfléchi elle conduit à l'hébétement complet et à l'impuissance, à la prostration de toutes les forces et enfin au découragement et au doute. Car pourquoi travailler, si mon travail n'a pas de but supérieur, si je dois retomber bientôt dans le néant éternel? Comment une vie qui — pour les individus comme pour l'ensemble — est un tissu d'erreurs et d'illusions, de fatigues et de soucis, de luttes et de douleurs, peut-elle encore être digne d'être vécue? « Et de peur que, sous le fardeau qui l'accable, l'homme ne succombe au découragement, le sort le conduit jusqu'à la tombe en faisant miroiter l'espérance à ses yeux. » Et puisque la vie terrestre n'a plus de signification pour l'homme, la vraie sagesse serait, pour ceux qui sont le jouet de cette illusion, de mettre bien vite un terme à cette existence.

I l6 I'^ SEMAINE. 1. l'amour DE LA VÉRITÉ

afin de rentrer le plus tôt possible dans le néant libérateur.

Comme la vie nous paraît tout autre, avec la conviction d'une vie future ! Comme le courage est ranimé par la consolante persuasion qu'aucune fatigue n'est vaine, que tout devoir fidèlement rempli — tout, jusqu'à la moindre chose — a son prix pour l'éternité !

3. Inachevées enfin les lois et la justice humaines! Le premier principe de la justice est que le bien doit être récompensé, que le mal doit être puni. L'homme porte en lui l'indestructible conscience qu'il est responsable de sa conduite morale, non seulement devant un tribunal humain, non seulement au tribunal de sa propre raison, mais devant une puissance absolue, qui est au-dessus de l'homme et qui cite tous les hommes, bons et mauvais, à son tribunal, pour les traiter selon les règles d'une inviolable justice. Où est ce tribunal?

Une vie bornée au temps présent ne serait-elle pas une dérision de la justice ? Sans doute quelques honnêtes gens trouvent dès ici-bas une récompense, mais la masse des hommes de bien reste sans récompense. Sans doute quelques voleurs et quelques assassins sont punis, mais on frappe aussi des innocents, et le grand nombre des méfaits demeurent impunis. Il est vrai, la paix d'une bonne conscience est un bien précieux; mais ce n'est qu'un réconfortant sur la route vers l'au-delà; ce n'est pas le repos de la patrie ; elle donne du courage pour l'endurance, mais elle n'est pas la satisfaction finale.

L'état des choses, tel qu'il est ici-bas, ne satisfait ni le cœur humain ni la justice éternelle. Le bien succombe et le vice triomphe. Des milliers et des milliers d'innocents ont été, au cours des siècles, torturés jusqu'à la mort

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