LA NHCESSITE DE LA CONVICTION DE L AU-DELA
versité sous quelques dehors d'un décorum hypocrite.
Seule, la conviction de l'immortalité donne à l'homme la force de se maintenir sur les hauteurs où il doit être. il y avait certainement dans le vieux monde païen — loin des orateurs bruyants — un certain nombre d'hommes qui menaient une vie régulière et pieuse ; s'ils le pouvaient, c'est parce qu'ils étaient convaincus de l'immortalité.
« Parce que l'âme est immortelle, dit Platon (dans le Phédoii), notre sollicitude embrasse non seulement notre vie terrestre, mais toute la durée des êtres. Si la mort était un complet anéantissement, ce serait une bonne fortune pour les méchants : la mort ne les séparerait pas seulement de leur corps : en perdant leur âme, ils perdraient en même temps toute leur perversité. Mais puisque l'âme est manifestement immortelle, il ne lui reste d'autre moyen d'échapper au mal que de s'efforcer de devenir bonne et de vivre selon sa conscience. Elle n'emporte rien dans l'autre monde que son propre perfectionnement et sa vertu : et dès son arrivée dans l'autre monde, ces conquêtes morales seront pour l'homme l'objet de sa félicité ou de son plus grand malheur. »
Plus cette conviction est forte et nette chez un peuple, plus les rapports sociaux sont bien ordonnés, plus heureux sont les hommes; l'honnête homme se sent d'autant plus encouragé, et le méchant d'autant plus effrayé. Ce n'est que sous l'influence d'une ferme conviction de l'au-delà que notre vie prend une signification vraiment digne de l'homme, qu'elle devient une vie de vertus et de paix. Cette conviction nous donne la force de dompter en toute circonstance la fougue de nos passions, de supporter sans fléchir les douleurs et les afflictions de la vie, de satisfaire avec courage et joie à toutes les exigences
de nos devoirs de conscience. Rien n'est impossible, rien n'est trop difficile quand il s'agit d'obtenir, par une courte lutte pour le triomphe de la volonté divine, la palme immortelle du bonheur divin.
3. Du reste, en se préoccupant tout d'abord des intérêts de l'autre vie, l'homme acquiert aussi la force de travailler comme il le doit aux intérêts d'ici-bas. Pour que l'ordre règne sur la terre, il faut que l'homme porte ses vues plus haut que la terre.
Que dans une diligence, une salle d'attente ou un wagon de chemin de fer, chacun se comporte comme s'il devait y demeurer toujours, c'est du désordre. Mais si tout le monde désire le foyer, personne ne se plaint de ce que le chemin qui mène à la patrie ne soit que le chemin ; on cherchera à utiliser de son mieux tous les avantages de la route. Dès lors le riche ne s'attache pas à ses richesses, et le pauvre ne désespère pas à cause de sa misère. « Donnez au peuple, dit Victor Hugo, au peuple souffrant, pour qui le monde est tous les jours un fardeau, donnezlui l'espérance d'un monde meilleur, et le peuple prendra patience ; la patience est la fille de l'espérance. » Donnez en outre à tous les grands d'ici-bas la conscience de la responsabilité dans l'autre monde, et l'homme si égoïste ressentira dans son cœur l'amour dévoué pour son prochain. Ravivez chez les riches et chez les pauvres la pensée de l'au-delà; sans doute toutes les questions sociales ne seront point résolues par le fait même, mais vous aurez le seul principe capable de les résoudre pour le salut de l'humanité.
Nous donc, chrétiens, avec notre conviction de l'audelà, nous sommes sur le terrain de la réalité, de telle sorte que la vérité et la science rendent hautement