‹ La philosophie chrétienne de la vieChapitre 49 sur 344 · LA NECESSITE DE LA CONVICTION DE L AU-DELA I · texte numérisé non relu

LA NECESSITE DE LA CONVICTION DE L AU-DELA I

constatons que c'est seulement dans la minorité des cas que de tels motifs possèdent en eux-mêmes une force suffisante. Combien pèchent contre la loi morale qui ne s'en trouvent pas plus mal et qui sont comblés des biens terrestres ! Et le respect de soi-même ne vaut d'ordinaire qu'autant qu'il s'agit de sauvegarder les apparences.

L'unique motif capable d'influencer, efficacement, et dans tous les cas, l'homme responsable, est la pensée de Dieu, à qui nous devons la soumission; de Dieu, qui a mis dans notre âme, en même temps que la conscience, un irrésistible désir du bonheur; de Dieu, qui promet le vrai bonheur à ceux qui suivent fidèlement la volonté divine et qui menace de châtiments éternels les contempteurs de ses commandements. Mais où seraient ce vrai bonheur et ce malheur éternel, sinon dans l'autre monde? La force efficace de la conscience consiste en ce que les honnêtes gens aient fermement confiance que Dieu comblera un jour le désir impérieux de tout leur être, et en ce que les méchants tremblent en présence de l'effroyable châtiment qui les attend.

2. Que l'on dérobe à l'homme la vue de l'au-delà, et ce qu'on nomme conscience a perdu sa force. Dans l'hypothèse la plus favorable, elle n'a plus que l'impcrtance d'un noble instinct auquel on se soustrait avec la plus grande facilité. Privée de tout frein qui la maintienne, la nature humaine serait abandonnée à elle-même. Et cette nature, telle que nous la connaissons par expérience, est quelque chose d'effroyable.

Chose étrange ! Les ennemis de l'ordre social proclament que l'athéisme et le matérialisme sont les bases d'un avenir heureux. Mais ces frères jumeaux ont-ils jamais encore, dans le passé ou dans le présent, exercé une

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influence sur les hommes? Où donc cette influence a-t-elle été ou est-elle d'une manière quelconque une influence qui ennoblisse, qui procure le bonheur? L'expérience des siècles écoulés, les horreurs du paganisme et tout ce que nous voyons dans le présent sont là pour l'attester : jamais l'homme ne pourra se contenter d'être un animal supérieur ; il ne peut pas descendre au rang de la brute, sans être en même temps un démon.

Ce n'est pas la misère, c'est l'absence de la crainte de Dieu et l'estime démesurée des joies et des biens d'ici-bas qui sont les principales sources de l'immoralité et de tous les crimes. Considéré simplement comme être physique, l'homme est le plus passionné de tous les êtres matériels. Il est, comme Oken le dit, la plus cruelle des bêtes féroces et le plus assujetti des ruminants , le plus poli des chats marins et le plus affreux des babouins, le plus fier des chevaux et le plus patient des bradipes^, le plus fidèle des chiens et le plus faux des chats, le plus magnanime des éléphants et la plus affamée des hyènes, le plus doux des chevreuils et le plus dévergondé des rats.

11 est vrai, l'homme possède l'intelligence. Mais si l'on voile à ses regards la vue de l'au-delà, pour ne leur présenter que les intérêts d'ici-bas, il n'emploiera plus son intelligence qu'à satisfaire de la façon la plus raffinée ses exigences sensuelles. 11 suffit de regarder les classes d'une société chez lesquelles s'est obscurcie la croyance à un autre monde pour reconnaître que plus un homme est libre de soucis, et plus il s'abandonne avec licence à ses passions et plus froidement il détruit le bonheur de son prochain ; tout au plus s'efforce-t-il de dissimuler sa per-

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