‹ La philosophie chrétienne de la vieChapitre 54 sur 344 · L IDÉE DE L AU-DELA I · texte numérisé non relu

L IDÉE DE L AU-DELA I

monts divins ; de l'autre, à nous laisser pressentir la surabondance de bonheur, qui, dans le ciel, sera le partage des fidèles serviteurs de Dieu. Nous devons comprendre que l'impie, qui. dans son orgueil, s'est soustrait à la fin de son existence, se jette lui-même pour toujours là où tout est tourment et rien que tourment, là où le ftu qui, s'il n'est pas naturel, est pourtant réel, embrase toute la substance de l'essence humaine au milieu de douleurs et de peines. Nous devons comprendre que celui qui craint Dieu participera dans l'autre monde au bonheur dont jouit Dieu lui-même, que la Divinité se soumettra, pour ainsi dire, à lui pour le rendre heureux. Et si le juste meurt chargé de taches qui l'empêchent d'être admis dans ce séjour, où rien d'impur ne peut entrer, il a cependant la certitude incontestable de jouir abondamment du bonheur éternel, dès que le dernier denier sera payé à la justice divine.

11 est vrai : nous ne pouvons nous faire aucune représentation précise de l'état de l'autre monde. Mais cela n'est pas nécessaire. Nous connaissons clairement ce que nous avons besoin de connaître pour nous diriger vers cet au-delà; il est d'autres choses que nous pressentons dans la pénombre du crépuscule; mais le principal reste pour nous dans une nuit profonde, tant que nous sommes ici-bas. Il en est du domaine de la révélation chrétienne comme du domaine de la nature.

2. Un mot seulement sur une vérité qui nous est garantie par l'autorité de la révélation divine. Notre âme n'est pas seule immortelle, notre corps l'est aussi ; sur l'ordre de la toute-puissance divine, de la poussière du tombeau notre corps sortira vivant.

La raison humaine, par ses propres lumières, ne peut

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pas découvrir cette vérité avec une certitude parfaite. Mais elle peut arriver à l'admettre, lorsque la révélation la lui a montrée.

Serait-il donc impossible à la toute-puissance divine, qui a pu appeler à l'existence le monde qui n'existait pas auparavant, de redonner à la poussière inerte la vie par le moyen de l'âme? Serait-il contre nature que l'âme reçût de nouveau le corps qu'elle a la faculté naturelle de vivifier? Y aurait-il la moindre inconvenance à ce que l'homme possédât l'éternité dans sa nature complète — corps et âme — puisque c'est dans cette nature qu'il a mérité ici-bas son sort éternel? Ne doit-on pas plutôt croire que la justice divine cite devant son tribunal, non seulement l'âme, mais l'homme tout entier tel qu'il a opéré le bien et le mal ? La chasteté, la tempérance, la charité envers le prochain appartiennent essentiellement à l'élément physique de l'homme. On comprend donc que le corps de l'homme participe aussi à la récompense éternelle. Bien des points restent, il est vrai, dans l'ombre. Le même corps ressuscitera. Le vieillard a le même corps qu'il avait dans son enfance, quoique, par suite de la modification de la substance, il ne reste plus rien des éléments primitifs. Le corps de l'au-delà est le même que le corps d'ici-bas. Mais jusqu'où cette parité va-t-elle? On ne nous le dit pas.

Il est certain que nous ne devons pas nous attendre à ce que l'homme soit dans l'autre monde soumis aux conditions physiques d'ici-bas. Car « le corps est semé corps animal, et il ressuscitera corps spirituel ». (1 Cor., XV, 44.) Ainsi c'est le même corps qui ressuscitera, mais dans des conditions différentes. De quelle nature précise seront ces conditions ? On ne nous le dit pas.

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