‹ La philosophie chrétienne de la vieChapitre 66 sur 344 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

I . Tout ce qui est nécessaire à l'homme pour atteindre sa fm naturelle, le Créateur le lui a donné dans le domaine de la raison et de la nature.

Toutefois, l'homme se sent faible; faible dans son intelligence, faible dans sa volonté.

11 n'est rien de plus infirme au monde que la nature humaine séparée de Dieu ; il n'est pas de mal dont elle ne soit capable. L'histoire de l'humanité en offre les plus effrayantes preuves. C'est seulement en s'appuyant sur Dieu — de la façon voulue par Dieu — que l'homme peut se maintenir à la hauteur de sa dignité.

Il est vrai : l'homme peut, avec les seules lumières de sa raison et avec beaucoup de peine, chercher et trouver quelques-unes des vérités dont il désire avoir une connaissance claire. Mais combien peu, au milieu des soucis terrestres, ont le temps nécessaire pour des recherches si approfondies ! Et ce n'est que bien tard que ce petit nombre peut se procurer la clarté désirée. Puis l'autorité du jugement personnel suffirait-elle pour que l'homme acceptât la vérité connue et se soumît à elle? Combien peu sûre est cependant la connaissance que l'homme peut acquérir des vérités suprasensibles parmi les soucis et

les exigences de cette vie, au milieu des secousses les plus violentes de tant de passions ! Alors l'homme qui a le respect de sa conscience souhaite plus de lumière que ne peut lui en fournir la nature.

On a raison de le dire : cette nature grandiose, avec toute sa magnificence et sa splendeur sans limites, est une révélation de Dieu. Mais cette révélation est limitée. Elle ressemble à la trace laissée par le pied dans la poussière du chemin, et qui indique qu'un homme ou un enfant ont passé par là. Les empreintes de cette connaissance naturelle sont si peu profondes, qu'il suffit pour les effacer du souffle des passions et de l'agitation des soins terrestres. Aussi tout noble cœur porte en lui un désir inné qu'il y ait, outre cette révélation naturelle, une autre révélation extranaturelle ou surnaturelle. Et c'est pourquoi les intelligences dévoyées ont plus d'une fois rêvé de semblables révélations. Encore qu'ici-bas il y ait bien des « rêves », tout cependant n'est pas rêve.

Alors l'homme conscient de sa propre faiblesse regarde autour de lui et cherche qui lui offrira la véritable réalité au milieu de tant de rêves et de fantômes. O maître du ciel, source de lumière, éclairez-moi ! Platon soupirait ardemment après le temps où un pilote viendrait nous apprendre quelle conduite tenir à l'égard des puissances surnaturelles et à l'égard des hommes.

2. La volonté se sent aussi limitée que l'intelligence,' aussi faible et aussi dépendante.

L'homme voit bien ce qu'il devrait faire. Mais il se sent impuissant à l'accomplir. Il voudrait être bon, mais le bien lui est difficile. S'il s'abandonne à lui-même, il s'égare dans des sentiers qu'il ne saurait lui-même considérer comme étant le bon chemin.

Je reconnais le bien et j'y prends plaisir, mais dans l'action je me laisse séduire et tromper par le mal.

Alors le cœur angoissé implore le secours divin. Seigneur, qui m'avez créé, soyez mon sauveur ! N'abandonnez pas votre faible créature ! Sans vous je suis perdu ! Soutenez-moi dans les difficultés de la lutte.

La sagesse de Dieu ne devait-elle pas permettre que l'homme éprouve si vivement sa faiblesse, son indigence, afin de le préserver de l'orgueil, afin de le maintenir dans le sentiment de sa dépendance à l'égard de Dieu créateur et fin dernière de toutes choses? Dieu ne répondra-t-il pas à ce cri de détresse, alors que la faible créature se tourne vers lui avec toutes ses puissances?

Et qu'arrive-t-il lorsque l'homme a péché? La conscience lui montre l'effrayante image de la Divinité offensée. Et le cœur humain pressent que le Dieu qui, dans la nature, a accordé tant de bienfaits à l'homme, sera aussi disposé à pardonner au pécheur repentant. Mais l'expiation exigée par la justice ne doit-elle pas être en rapport avec la faute? Où est donc, dans la raison humaine, la règle qui m'indique et qui me dise clairement ce que j'ai à faire pour apaiser la Divinité offensée? Le péché est l'acte de la volonté libre. Je jouissais de ma liberté lorsque j'ai péché; ma volonté libre ne doit-elle pas aussi prendre part à mon acte de réparation? C'est par orgueil que, par le péché, j'ai transgressé les lois de Dieu; de quel acte d'humilité dois-je accompagner l'expiation?

Accablé sous le poids de sa faute, le cœur plein d'inquiétude s'écrie : Au milieu de la vie nous sommes dans la mort. Auprès de qui chercher du secours, sinon auprès de vous. Seigneur, qui êtes irrité de nos méfaits ?

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