‹ La philosophie chrétienne de la vieChapitre 95 sur 344 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

1 . Il faut considérer et utiliser avec le plus grand soin les choses, les situations, les événements de ce monde dans la mesure où ils nous servent à atteindre notre but. Mais en soi tout doit être indifférent au sage.

Sous peine de nous causer un grand dommage, nous devons, à l'égard des choses terrestres, établir notre volonté dans une certaine indifférence, une certaine apathie, dans cette insouciance qui nous fait dire : Tout m'est égal, pourvu que la très sainte volonté de Dieu soit faite, pourvu que j'atteigne le but de ma vie.

Richesse ou pauvreté, douleur ou joie, mépris ou honneurs : tout m'est agréable, si cela plaît à Dieu et est utile à mon âme.

Cette insouciance chrétienne consiste avant tout à ne pas attacher plus d'importance aux soucis, aux choses, aux événements de notre vie que ne l'exigent et le but de notre existence et nos devoirs de conscience.

Cette disposition d'esprit est raisonnable et sage, elle est belle et noble; elle nous préserve de désillusions amères, elle nous met à l'abri de nombreux dangers et de nombreux soucis.

Cette disposition d'esprit nous permet de nous maintenir toujours dans la joie. Savoir être content est un grand art ; paraître content ne sert à rien ; arriver à être content est un grand bonheur ; demeurer content est la perfection.

Cette perfection d'esprit nous met à même de choisir toujours, entre les moyens qui s'offrent à nous, les meilleurs et les plus convenables; nous choisirons toujours ce qui nous conduira le mieux au but. Et c'est là l'unique chose qui importe.

2. Le sage s'efforce d'accorder ses dispositions et ses sentiments avec cette insouciance philosophique de la volonté. Lorsque la sensibilité prend le dessus et que l'imagination s'émancipe, nous courons toujours risque de nous attacher d'une manière déraisonnable aux choses de cette terre et de perdre la liberté d'esprit. Combien de gens que les illusions de l'imagination et les penchants aveugles du cœur ont jetcs dans les plus tristes égarements !

La différence entre ce qui nous effraye et ce qui nous attire en cette vie est moins dans la réalité que dans notre imagination et dans notre manière d'envisager les choses.

L'important n'est pas ce qui vous arrive : c'est la disposition dans laquelle vous êtes quand cette chose arrive.

Ne comptez pas sur la chance, mais soyez préparé à tous les revers.

Ne prenez pas tout à cœur; le mépris est souvent de mise. D'un rien l'imagination peut faire un événement, comme d'une chose importante elle peut faire un rien.

Ne vous tachez pas pour rien; sinon vous vous fâcherez bientôt pour tout.

244 '■" SEMAINE. I. i; AMOUR DE LA VERITE

Tout passe. Pour le bien c'est un mal; pour le mai c'est un bien. Tout est passager! Seul, ce qui est éternel importe.

Ne méconnaissez pas le prix des soucis; ce n'est pas en vain que vous êtes éprouvé ; les épreuves sont le poids qui met en mouvement l'horloge de votre vie.

Si vous voulez aller au fond de toutes les choses, souvent la joie vous fera peur. Si l'on voyait préparer tous les aliments, combien dont on ne goûterait jamais!

Nj vous découragez pas, si parfois vos espérances ne se réalisent point; craindre sans cesse ne serait qu'un mauvais rêve.

3. Ouvrez votre cœur à la joie, tout en vous tenant préparé pour la lutte: apprenez à espérer dans l'adversité; quand le temps est serein, songez à la tempête. Si les soucis vous tourmentent, espérez dans le lendemain ; si le bonheur vous sourit, rappelez-vous le passé.

Trop de bonheur est souvent un malheur. Un giv.nd malheur est souvent un bonheur. Consolez-vous donc lorsqu'un malheur vous frappe; et supportez le bonheur avec intelligence.

Quand les tempêtes mugissent furieuses autour de vous, songez que la douleur n'est pas éternelle; songez que l'avenir vous apportera les roses d'une saison meilleure et plus belle. Mais quand la joie vous entoure de ses séductions et qu'on envie votre sort, rappelez-vous ce conseil : Soyez plus haut et plus grand que votre bonheur. Celui qui est le jouet de son bonheur est le jouet de l'illusion d'un moment.

Si la nature semble vous dispenser le bonheur avec partialité, entrez au cimetière, cela vous guérira.

Ne vous plaignez pas quand bien même vous seriez à

bout de forces, dans la misère et la désolation : sous le lourd marteau du malheur jaillissent les plus belles étincelles de la vertu.

La seule chose absolument nécessaire en ce monde est d'atteindre notre but. Tout le reste n'est nécessaire que relativement : on peut s'en passer, ou n'y pas réussir.

Dieu seul et ce qui nous conduit à Dieu, voilà l'unique nécessaire. Rien autre n'est indispensable. Si une espérance vous échappe, que l'espoir ne vous abandonne jamais; pour une porte fermée, mille autres restent ouvertes.

Pour Dieu toutes choses sont égales : rien n'est grand, rien n'est petit; si je suis ce que je dois être, je suis selon l'esprit de Dieu.

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