‹ La philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 108 sur 108 · IV^APP. IMPIÉTÉ ET ABSUBDITE DE L'AI.LIANCE · texte numérisé non relu

IV^APP. IMPIÉTÉ ET ABSUBDITE DE L'AI.LIANCE

sait bien que c'est parmi eux, et non pas parmi les faiseurs de phrases, et dont l'esprit est aussi léger que la doctrine est superficielle et vaine, que se trouvent les hommes sérieux avec qui il faut compter et les adversaires redoutables qu'il doit combattre. Il les hait donc, ces adversaires, il les persécute, mais il les estime; tandis qu'en affectant des égards pour les semi-rationalistes, il leur rend la justice qu'ils méritent, il les méprise.

Dans l'intimité de leurs épaudiements, les chefs du rationalisme se permettent, nous en sommes certain, de rire sous cape, de plaisanter de la manière la plus cruelle, sur la niaiserie de leurs compères les semi-rationalistes, en les voyant prendre pour des hommages sincères rendus au catholicisme des phrases incomplètes , des expressions vagues et incohérentes, démenties presque aussitôt qu'elles sont articulées, et par lesquelles les docteurs du rationalisme ne visent qu'à se bien poser, à éviter des ennuis et à faire valoir les droits de la philosopiiie! Donc, par les traits d'une bienveillance et d'une politesse hypocrites, à l'égard des semi-rationalistes, le rationalisme absolu témoigne moins l'estime qu'ils lui inspirent que, — comme il l'a luimême avoué, — le jilaisir et la satisfaction qu'ils lui font éprouver en travaillant, comme ils le font, à faire mieux que lui-même ses propres affaires.

Certes, le rationalisme absolu ne peut être et n'est que très-heureux de voiries semi-rationalistes, mettant à sa disposition leurs moyens et leur zèle, pour l'aider à se débarrasser de ses plus formidables adversaires, les traditionalistes, à se faire pardonner son existence, à se faire accepter au sein même du catholicisme, et à établir et à propager son empire. *

En effet, eu entreprenant de combattre la méthode traditionnelle, il n'a pas eu besoin d'examiner lui-même la question de près; il lui a suffi de répéter tout haut, en les commentant à sa manière, les accusations que les semi-rationalistes avaient prononcées contre cette méthode ; et avec cela, rien qu'avec eela^ il a cru en avoir plus qu'il ne lui en fallait pour flétrir et rendre odieux des gens qu'il déteste, les défenseurs de l'Église les plus intrépides et les plus dévoués.

Tacite, en parlant du carnage que les Bructères firent de leurs propres frères, s'exprime ainsi : u Soixante mille de ces barbares suc- « combèrent, non sous les armes des Romains, mais, ce qui est plus « magnifique, devant nos yeux, et comme jwur notre plaisir. »

Ce sentiment de Tacite est celui du rationalisme incrédule à la vue de la guerre d'extermination que les semi-rationalistes font sovs ses yeux aux partisans de la tradition. Il bat des mains, il rit aux éclats, de voir des prêtres catholiques le laisser tranquille, lui, l'ennemi de

qu'on lliiCLAME ENTRE LA RELIGION ET LA PHILOSOPHIE. 477

toute religion, et n'employer leur temps et leurs moyens qu'à faire des livres et des pamphlets, à formuler des griefs, à inventer des calomnies contre d'autres prêtres catholiques, les seuls défenseurs sérieux du catholicisme. Il éprouve une joie perfide de voir les vrais hommes de foi souffletés, stigmatisés, flétris par d'autres hommes de foi; les postes avancés de la milice de l'Église assaillis par leurs propres compagnons d'armes, et blessés par des coups, partis des rangs de la phalange ecclésiastique ! Cela lui fournit matière à faire du scandale, en mettant sur le compte de la religion les écarts de quelques-uns de ses ministres, et en tournant en ridicule l'unité des croyances de l'Église. Gloire donc au semi-rationalisme pour avoir été, par la guerre insensée qu'il fait au traditionalisme, l'instrument des plus déplorables déviations de l'esprit catholique, l'agent dangereux de l'affaiblissement du respect pour la souveraineté doctrinale de l'Église, et pour avoir sacrifié ses intérêts les plus précieux à des projets d'alliance aujourd'hui évanouis! Gloire au semi-rationalisme pour s'être engagé dans une transaction impossible qui compromet la religion sans profit pour la science, qui affaiblit le sentiment de la foi sans diminuer les obstacles qui arrêtent l'incrédulité ! Gloire au semi-rationalisme pour avoir^ par le vague de ses principes, par la fausseté de ses doctriues, par la lâcheté ou l'imprudence de ses concessions, donné au rationalisuie une mportance que, sans lui, il n'aurait jamais eue, pour en avoir affermi la base, augmenté les forces, facilité le succès, et pour en avoir fait une puissance rivale de la religion ! Après cela, le moyen de nier qu'il soit souverainement funeste!.,.

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