IV» APP. IMPIÉTÉ ET ABSURDITÉ DE L'ALITANCK
il lui convient de le faire: attendu que la fin de la philosophie, comme nous Ta dit et nous l'a prouvé saint Thomas, est subordonnée à la fin de la théologie: Finis tofiiis philosophiic est snb fine theologix, et ideo theologid imjjerat 07nnifjus scientiis, et utifu?' iis in obsegitium siii Tout cela est clair, est raisonnable. Tout cela s'est toujours fait. Les traditionalistes ne font que cela; et c'est ce qui se fera toujours dans la vraie Église.
Mais, d'après ses propres aveux, la philosopliie dont il est question ici n'est qu'une philosophie qui, heureuse d'avoir conquis depuis longtemps la place que, dans son orgueil, elle croit lui appartenir, et d'avoir secoué le joug de son ancienne suboi^dination à la théologie, entend conserver cette conquête, et cette indépendance complète vis-à-vis de la religion et de l'Église. En d'autres termes, elle n'est que la philosophie s'étant mise eu état de révolte contre la religion de l'Église, et voulant y rester. C'est donc, ni plus ni moins, cette philosophie rationaliste qui a introduit l'anarchie dans les croyances au dernier siècle, et qui la fomente et la maintient dans le nôtre. C'est, ni plus ni moins, cette philosophie rationaliste qui n'a d'autres vérités que celles qu'elle a aspirées au milieu de cette atmosphère chrétienne où elle vit, et qui, loin de les avoir conservées pures, ou de les avoir affermies, n'a fait que les ébranler toujours davantage par le doute dont elle les a environnées, et les altérer, les corrompre par le mélange de tant d'extravagances et d'erreurs sous lesquelles elle les a étouffées; et qui , cependant, a l'outrecuidance de se dire en possession d'un contingent de vérités à elle, capables d'être mises au service de la cause de Dieu, et de concourir au perfectionnement religieux et moral de l'humanité. C'est cette même philosophie rationaliste qui, comme on le voit, par ce que ses principaux docteurs, les Cousin, les Saisset, les Simon, les Renan et d'autres publient sous nos yeux, ne tend à rien moins qu'à persuader que le philosophe peut se passer de toute religion; qu'à éloigner toujours davantage les esprits de toute croyance religieuse, à les engager dans l'incrédulité absolue; et à continuer la guerre à outrance, la guerre acharnée qu'elle fait depuis deux siècles à toute doctrine révélée, au christianisme et à l'Église.
Or n'est-ce pas le comble de la fatuité de croire qu'une philosophie pareille, la grande hérésie du jour, puisse devenir l'alliée de la révélation du christianisme, de l'Eglise, et concourir, pour sa part, au rétablissement de la vérité? Non, non, nous, catholiques, ne voulons pas, ne pouvons pas vouloir, ni l'Église non plus, d'une pareille alliée. Nous savons, nous le répéterons, d'après le docte évèque de Poitiers, que les multitudes que les doctrines irréligieuses de cette philosophie ont perverties, ne se laisseront pas toucher par ses h iméllos platoniciennes, et
qu'on réclame entre la religion et la philosophie. 469
que la nature a des penchants qui se moquent de la frêle barrière des lois de la nature. Le rationalisme a, depuis trois siècles, couvert le monde de larmes, de sang et de ruines. Les guerres de religion, les révolutions politiques qui depuis cette époque ont bouleversé et ensanglanté l'Europe, sont sou oeuvre ; il ne fera dans l'avenir que ce qu'il a fait dans le passé.
Puisque le mal est tellement profond, nous voulons bien laisser la société mourante appeler tous les médecins ; mais nous ne pouvons pas la laisser appeler, comme médecins^ les empoisonneurs qui l'ont empoisonnée, et qui sont prêts à continuer de le faire avec un sang-froid que le souffle de l'enfer peut seul inspirer.
Oui, quand le mal est partout, il n'y a jamais trox) de voix pour enseigner le bien; mais nous ne pouvons pas compter parmi les voix enseignant le bien les voix de nos philosophes jui, elles les premières, ont enseigné le mal, qui l'enseignent encore partout et toutes les fois qu'on les laisse faire, et qui n'enseignent que le mal. Car même le peu de bien qu'elles affectent d'enseigner, — qui est à nous, du reste, et qui ne leur appartient pas, — elles l'enseignent si mal, que même leur bien n'est que du mal. Ces voix, tristes échos de la voix funeste qui trompa le premier homme, partent d'une région doù ne peut sortir aucun bien.
Oui, la voix de la raison n'est pas trompeuse, mais la voix de la philosophie moderne n'est pas la voix delà raison: ce n'est, au contraire, que la voix du délire, la voix du mensonge; car c'est la voix qui, inspirée par lorgueil, n'inspire que l'oi-gueil, et l'orgueil, mensonge lui-même, ne peut persuader que le mensonge.
Vous nous parlez d'un contingent de vérités que, de l'avis du saintsiège lui-même, votre philosophie peut apporter à l'homme, et du tort que nous avons de refuser son assistance. ^lais la philosophie dont, de l'avis du saint-siége, le concours peut être utile à l'humanité, n'est pas du tout votre philosophie, qui, n'étant pas éclairée par le flambeau delà foi, bronche dans les ténèbres; elle n'est que cette philosophie separee de la. foi, dont, ainsi que vos amis mêmes, les semi-rationalistes, l'ont fait remarquer, V/iistoire universelle, constante et jamais démentie, est là pour dire que, loin d'avoir jamais apporté à l'homme la plus petite vérité, elle n'a su faire, autre chose que le dépouiller des vérités qu'il possédait, et qu'il tenait de la religion ou de la tradition; et que ce nest pas la faute de votre philosophie si l'humanité entière n'a pas encore été déshéritée de toute vérité !
Vous nous avez dit que les anciens philosophes étaient « les directeurs spirituels de l'humanité païenne. » Il paraît que vous avez la prétention de devenir «les directeurs de l'humanité chrétienne» et que
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VOUS voulez VOUS mettre à l'œuvre avec notre permission. Mais, mon Dieu ! nous ne savons que trop comment les philosophes païens vos pères ont dirigé leur pauvre pénitente, et comment vous vous y pren- (Iriz vous-emêmes avec la vôtre. Autant vaudrait donner à Ihumanité Satan pour confesseur.
Oui, enfin, les vrais amis des pauvres ne repoussent aucune aumône. Mais vous qui, véritables enfants prodigues, vivant dans ta luxure de l'orgueil, avez fini par dissiper tout votre bien, c'està-dire, ce reste de vérités que vous aviez emportées avec vous en quittant la maison paternelle, l'Église [Luc)-, vous qui, dans la région désolée par la famine de la vérité, où vous vous êtes rendus, n'avez plus que les glands des opinions humaines pour nourrir votre esprit; vous qui, condamnés à garder les pourceaux ou à servir les plus honteuses passions, ne pouvez vous rassasier des restes qu'elles abandonnent sans peine, et périssez de faim ; vous n'avez rien à vous donner aux autres, puisque vous manquez de tout pour vousmêmes.
IMalheureux que vous êtes ! vous répétez avec une joie secrète, que l'enfer partage : «La foi naïve de nos pères est morte {Du Frai, etc., pag. 2.>i, 2" éd.). » Vous savez que c'est vous qui l'avez tuée. Bien plus, effrayés de l'entendre parler encore, quoique morte {Defunctus adhuc loquitur. Exod.), vous faites les plus grands efforts pour étouffer sa voix , ses cris d'outre-tombe , sous le linceul mortuaire dont vous l'avez couverte ; et vous osez encore vous offrir pour nous aider à la ressusciter ! N'est-ce pas là le comble de l'audace et de l'hypocrisie ? Et, dans ces pieux désirs que vous nous exprimez d'un ton si moelleux, que votre philosophie partage avec la religion l'honneur de servir la cause de Dieu et de l'humanité, pouvons-nous voir autre chose que le mensonge, la fraude et la finesse d'un calcul diabolique ? Car vous sentez bien que, dès l'instant où la religion admettrait votre philosophie dans son alliance, elle la reconnaîtrait comme une puissance indépendante d'elle, et qu'elle aurait abdiqué elle-même sa puissance, son indépendance, sa souveraineté divines ! Nous avons donc raison de nous étonner, de nous scandaliser, de nous indigner au suprême degré de vos offres menteuses, de vos prétentions sacrilèges... IMais non; il y a quelque chose qui nous étonne encore davantage, qui nous scandalise encore davantage, qui nous indigne encore davantage : c'est l'injustice du semi-rationalisme qui nous en veut de ce que nous ne croyons pas que des doctrines irréconciliables puissent se réconcilier autrement que froidement et en apparence ; et que c'est stupidité de la part de la même coterie d'accepter ces offres du rationalisme comme sincères, de regarder ces prétentions comme légitimes, de se féliciter comme d'une bonne
qu'on KÉCIAME ENTKE LA RELIGION ET LA PHILOSOPHIE. 471
action de les avoir provoquées, d'en féliciter la religion comme d'un succès qu'elle aurait obtenu, et TÉglise comme d'un triomphe qu'elle aurait remporté : tandis que si, par une hypothèse impossible, la religion acceptait ces offres, l'Église admettait ces prétentions, et si une alliance était stipulée entre elles et la philosophie rationaliste , il n'y aurait de succès que pour la doctrine de l'indifférence en matière de religion, il n'y aurait de triomphe que pour l'incrédulité ! Et puisque c'est à ce succès et à ce triomphe que le semi-rationalisme travaille sans s'en douter, on peut juger combien il est , à la fois , insensé et funeste !
§ 3. L'alliance ou la, fusion qii'on réclame entre la religion et la philosophie serait aussi absurde et aussi chimérique que certaines alliances ou fusions poli iiques, — Ce serait , pour la religion , une abdication de sa souveraineté divine; ce serait sa destruction. — Le rationalisme se moque, à bon droit, des cajoleries que lui fait le semi-rationalisme. — Fausse route que font les semi-rationalistes, et mal immense qu'ils causent à la vraiefoi.
On sait à quoi vient d'aboutir la célèbre fusion, à laquelle on a travaillé depuis huit ans, entre deux partis politiques. Les simples ont cru que ces longues négociations n'ont échoué que parce qu'on n'a pu s'entendre sur le drapeau. Plaisanterie que cela! La ATaie difficulté devant laquelle ces négociations ont échoué, consiste en ce que, comme le soutiennent les légitimistes dogmatiques, « c'était là une question « de principes, une question entre le principe révolutionnaire et le « principe de la légitimité, et qu'entre ces deux principes il n'y avait « pas de fusion, d'alliance possibles; mais, ou le principe de la révolte « doit reconnaître le principe de l'autorité, ce qui tuerait la révolte ; « ou le principe d'autorité doit reconnaître le principe de la révolte, « ce qui tuerait l'autorité. »
Or, la révolution tenant à rester la révolution , autant que la légitimité tient à rester la légitimité , l'on comprend , disent toujours les vrais légitimistes, pourquoi, comme les hommes sérieux des deux partis l'avaient bien prévu, cette fusion n'a pu avoir que la confusion pour résultat, et que cette alliance n'a pu aboutir qu'à une scission plus tranchée.
Il en serait de même de la fusion, de l'alliance à laquelle l'on travaille, et qu'on a eu la simplicité d'annoncer comme stipulée déjà entre la science et la religion. C'est une question de principes , c'est ime question de supériorité et d'indépendance à laquelle ne ?•«< if renoncer, ni la science en rendant hommage à la religion, ni la religion pour satisfaire l'orgueil de la science.
•172 IV Al'P. IMPIÉTÉ KT ABSUilUlTÉ DE L'aLLIAiNCE
Ceux, parmi les semi-rationalistes, dont les intentions sont pures et la bonne foi incontestable, ne fout des concessions à la raison que pour ménager sa fierté, sa susceptibilité, ses exigences, son orgueil, et, par ce moyen, l'apprivoiser et l'attirer tout doucement aux croyances catholiques. Ils pensent qu'on accordant quelque chose à la philosophie moderne, elle daignera accorder, à son tour, quelque chose à la religion. C'est une espèce de fusion ou de transaction qu'ils ont voulu faire entre la philosophie et la religion, dans l'intérêt de la foi. ILh bien! dans cette transaction imj)rudente, ignoble , absurde, qu'ils ont l'étrange simplicité de croire exister déjà entre les deux partis, mais qui n'y existe pas et qui n'y existera pas de longtemps, — car l'impossible ne peut pas exister, — dans cette transaction, si elle pouvait jamais avoir lieu, c'est précisément la foi et la religion qui seraient compromises, qui en subiraient toutes les pertes; c'est l'orgueil de la raison, l'insolence de la philosophie qui en recueilleraient tous les profits !
Les traditionalistes de fa légKimité, c'est ainsi qu'ils se dénomment, les adversaires implacables de la fusion politique que nous venons de mentionner, ne cessent de crier tous les jours qu'à cetîe fusion, si elle eût pu avoir lieu, le parti de la révolte aurait gagné d'élre reconnu comme puissance, comme principe, par la puissance, par le principe même contre lequel il s'est révolté, et de conserver des droits qu'un coup de main lui avait conférés et dont un autre coup de main l'aurait dépouillé ; tandis que , par cette fusion , le représentant du principe légitimiste aurait l'ait, lui-même, un pouvoir légitime, un rival, de sou sujet révolté; aurait reconnu à la révolte, à l'usurpation, des droits contre son propre droit, et , en reconnaissant la légitimité des faits, aurait fait bon marché de la légitimité du droit qui fait sa force, et se serait suicidé. C'est pour cela que les partisans intelligents et dévoués du principe légitimiste accusent toujours leurs anciens confrères, les royalistes devenus fusionistcs, de lâcheté, de défection, et qu'ils leur reprochent" d'avoir voulu réaliser une idée dont l'application aurait « pour résultat inévitable d'ensevelir le parti légitimiste, avec tout sou « passé, dans la cause de l'usurpation, etc. » Certaines théories une fois admise s, sur lesquelles il ne nous appartient pas de nous prononcer, rien n'est plus logique, à notre avis, que ces accusations et ces reproches.
Or il en serait absolument de même dans la prétendue fusion ou alliance que certains catholiques ont proposée, et qu'ils croient avoir conduite à bon terme, entre la philosophie et la religion. La philosophie y gagnerait d'être reconnue comme puissance, comme principe, par la religion elle-même, contre laquelle elle, philosopliie, s'est révoltée depuis deux siècles. La philosophie y obtiendrait de conserver
QU ON BECLAME ENTBE LA. BELIGION ET LA PHILOSOPHIE. 473
une indépendance contre nature, dont l'esprit d'orgueil et de révolte seul l'a mise en possession ; tandis que la religion ferait elle-même, de son sujet révolté, la philosophie, un pouvoir légitime, un rival. La religion attribuerait à la révolte et à l'usurpation de la raison le droit de se créer des droits contre la foi, et, en reconnaissant la légitimité d'un grand attentat de l'homme, elle ferait bon marché du droit de Dieu, qui fait sa propre force, et se tuerait elle-même.
Nous sommes donc bien plus fondés que les légitimistes traditionalistes à accuser nos confrères les catholiques semi-rationaUstes, qui ont essayé et qui se flattent encore d'avoir accompli une certaine fusion, un certain amalgame entre la philosophie et la religion ; nous sommes, disons-nous, plus fondés à les dire des lâches, des défectionnaires , des traîtres de la sainte cause de la foi ; nous sommes plus fondés à leur reprocher de vouloir réaliser une idée fol'e , ruineuse, sacrilège, impie , qui n'aboutirait à rien moins qu'à faire disparaître le dogme de l'infaillibilité, de l'indépendance, de la souveraineté divine de l'Église, en matière de doctrines, dans le gouffre du scepticisme religieux, ou de l'indifférence en matière de religion.
Le pape Pie YII disait à Napoléon, qui lui demandait des conditions impossibles : « Si je souscrivais à ces conditions, la Papauté serait « tuée en moi, et, au lieu d'avoir en votre puissance le souverain pon- « tife, vous n'auriez plusqu'un vieux moine. » De même, si l'Église souscrivait à l'alliance rêvée par les semi-rationalistes entre le catholicisme et la philosophie, elle dispenserait cette dernière du devoir de lui être soumise, consentirait à la laisser extra vaguer librement, et renoncerait à son droit et même à son devoir de la contrôler lorsqu'elle s'égare. Mais ce serait, pour l'Église, abdiquer elle-même le pouvoir suprême, qui lui vient de Dieu, déjuger toutes les doctrines ; ce serait faire profession d'indifférence à l'égard de l'erreur ; ce serait renoncer à sa sublime prérogative d'être fa colonne et le boulerard de la vérité; ce serait avoir l'air de convenir qu'elle ne possède pas la vérité, certaine et infaillible. Le catholicisme serait tué en elle , et la philosophie n'aurait plus affaire à une religion divine, mais à une doctrine, à une institution humaine. Et c'est à quoi le rationalisme veut en venir, en proposant, en sollicitant, par l'entremise du semi-rationalisme, une alliance entre la science moderne et la religion.
On connaît ce chef du protestantisme en France, homme de beaucoup d'esprit, mais auss ihomme d'une suffisance, d'un orgueil, d'une fatuité encore bien au-dessus de son esprit , qui, depuis de longues années, travaille, dit-il, à la réunion du protestantisme et du catholicisme, mais à la condition, pour l'Église catholique, de céder à ses conseils , de se laisser régenter par lui , de cesser de considérer les
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communions protestantes comme des communions rebelles à sa propre autorité; c'est à la condition de traiter avec elles sur le pied de puissance à puissance, d'égal à égal, en leur faisant, sur les doctrines, des concessions en proportion de celles qu'elle en veut obtenir; en se contentant qu'elles abjurent quelques-unes seulement de leurs erreurs, et en leur laissant professer librement le reste; c'est-à-dire qu'on voudrait l'union , la fusion du catbolicisme et du protestantisme, à la condition que l'Église catholique cessât d'être catholique et se fit protestante.
11 en est de même de l'alliance que le rationalisme sollicite et propose entre la science et la religion : c'est, au fond, à la condition que l'Ëglise catholique se fasse rationaliste.
On peut déplorer Tinsolcuce de pareilles prétentions de la part du rationalisme absolu, comme de la part du protestantisme ; mais on n'a pas le droit de s'en étonner, dès qu'on sait que le rationalisme ne croit pas à la divinité du catholicisme, comme le protestantisme ne croit pas à l'infaillibilité de l'Église. 3Iais conçoit-on que des catholiques euxmêmes, des prêtres, des docteurs, croyant, par conséquent, que, comme l'a prouvé saint Thomas (I p., q. 1, art. .5, et alibi), la vérité ^rrevient certaine {fixa certituc/ine), la vérité sans mélange d'erreur (s«?ic mîscella erroris), la vérité complète, la vérité facile, la vérité à la portée de tous {ut omnes, de facili), ne peut s'obtenir que par la foi catholique, puissent croire possible une alliance entre cette foi, possédant divinement et par cela même légitimement ces avantages, et la raison , les usurpant et se les attribuant, elle aussi, par un excès de présomption et d'orgueil ? Conçoit-on que des catholiques, des prêtres, des docteurs, croient possible une alliance entre la science et la religion, à la condition, réclamée des deux côtés, de la réserve dr leur indépendance mutuelle? On ne saurait le répéter assez, autant vaudrait croire possible l'alliance entre un pouvoir légitime et son sujet révolté, et persistant dans son état de révolte ! Autant vaudrait croire possible une alliance, comme dit le peuple en Italie, entre le diable et saint Bernard, entre le ciel et l'enfer, entre la grâce et le péché, entre la vérité et l'erreur, entre Dieu et Satan.
Comment des hommes qui ne manquent pas de sens et d'esprit ne comprennent-ils pas que les transactions, les traités d'alliance, possibles lorsqu'il s'agit d'intérêts matériels , sont impossibles lorsqu'il s'agit de doctrines et de principes? Une doctrine, un principe, ne peuvent pas être à moitié vrais et à moitié faux, et ne peuvent pas être acceptés ou rejetés à moitié. Une doctrine, un principe, ne sont que vrais ou faux tout entiers, et doivent être acceptés tout entiers ou tout entiers rejetés.
Entre deux doctrines ou deux principes opposés, si l'un est
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vrai, l'autre est nécessairement faux. Par conséquent celui-ci doit céder entièrement la place à celui-là. Donc, si le catholicisme est vérité, il doit être accepté tout entier, et il faut que la philosophie lui soit soumise entièrement; s'il n'est pas la vérité, alors c'est la philosophie qui est la vérité; c'est la philosophie qui doit être acceptée tout entière, et il faut que le catholicisme lui-même lui soit assujetti. Aussi , en partant de l'hypothèse impie que le catholicisme n'est pas la vérité, le rationalisme est conséquent et logique en prétendant que la science doit dominer la religion, et la raison la foi ; et IM. Cousin a eu grandement raison de dire : « La philosophie n'est pas , ou elle est la dernière explication de TOUTES LES CHOSES [Du rrai, etc , pag. 448, 2e édit.).» Ce sont là les seuls rapports possibles entre la science et la religion. Si la religion, nous le répétons, est vérité, il faut que la science se prosterne devant la religion; si elle n'est pas vérité et toute vérité, il faut que la religion soit livrée aux caprices de la science. Mais, dans les deux cas, il n'y a pas d'alliance possible, car toute alliance qui a lieu entre deux pouvoirs indépendants les laisse indépendants tous les deux , même après l'acte qui les a unis : tandis que la question des rapports entre la science et la religion n'est qu'une question de suprématie ou de sujétion, de supériorité ou d'infériorité de l'une à l'égard de l'autre; c'est la question de savoir si la religion doit, comme Dieu le veut, dominer la science; ou bien si la science doit, comme le prétend l'orgueil de l'homme, dominer la religion.
Cela explique les quelques éloges flétrissants que, par l'organe de ses journaux, chargés de faire faire aux doctrines de l'impiété le tour de la Fnmce et du monde, le rationalisme incrédule adresse parfois à nos semi-rationalistes; et que ces derniers, par une étourderie incompréhensible, regardent comme des témoignages sincères d'estime pour leur science et pour leur caractère, et comme un essai de retour du rationalisme à la foi.
Ah ! ce rationalisme est trop perspicace et trop fin pour voir, dans les flatteries et les caresses dont les semi-rationalistes le comblent, autre chose qu'une lâche défection de leur part aux principes catholiques et une espèce de trahison du catholicisme ! Il en accepte donc toutes les démonstrations bienveillantes, comme on accepte une lâcheté et une trahison utiles, bien qu'on méprise le lâche et le traître. S'il y a des personnes que le rationalisme estime, ce sont les traditionalistes. La preuve en est que ce sont les seuls qu'il attaque. Il sait bien que c'est parmi eux , et non pas ailleurs, que se trouvent la doctrine solide, les convictions profondes, la fidélité, le courage et le dévouement à toute épreuve pour la cause de la religion et de l'Église. Il