TROISIEME PARTIE
INTRODUCTION
§ 33. Potirqtioi on revient ici sur la philosophie chrétienne. — La philosophie c'est parlicidièrement la science de l'homme. — Sujet et plan de ce résumé de la philosophie chrétienne.
Ijes plus grands hommes du christianisme, aussi bien que de l'humanité après saint Paul, saint Augustin et saint Thomas, ont été, comme on vient de le voir, les vrais maîtres, les vraies gloires de la science chrétienne. En les défendant donc contre les injustes et insolentes attaques du rationalisme moderne de toutes les nuances; en indiquant les sources divines où ils ont puisé leur immense savoir et les nol)les et pures intentions dont ils se sont inspirés dans leurs sublimes travaux; en signalant enfin le vide, la misère, les erreurs, les blasphèmes de l'ancienne philosophie païenne, qu'ils avaient pulvérisée et que, sous des formes menteuses, on a eu le triste courage d'accréditer de nos jours, nous n'avons voulu venger que la philosophie chrétienne ; nous n'avons voulu travailler que pour la philosophie chrétienne; nous n'avons voulu faire et nous n'avons fait, au fond, jusqu'ici, que de la Philosophie chrétienne.
Cependant, dans les deux premières parties de cet ouvrage, comme dans tous nos écrits philosophiques, nous n'en avons parlé qu'en passant; nous l'avons indiquée, plutôt qu'expliquée ; nous avons montré ce qu'elle n'est pas, plutôt que ce qu'elle est viaiment. C'est donc ici le lieu d'en faire (connaître la solidité des principes, la gravité des conséquences, la vérité de l'ensemble, et la né< essité absolue de l adoptf^r, si l'on ne veut pas s'égarer dès le premier pas qu'on fera dans les sciences purement rationnelles.
Saint Augustin, ainsi que nous l'avons prouvé (§ 4), ne s'est point occupé directement de la philosophie proprement dite, et n'a pas laissé de cours de philosophie. Néanmoins, fort de la doctrine des Livres Saints et de la tradition philosophique des anciens Pères,ayant occasion de combattre les hérésies sorties des principes de la fausse philosophie, il n'a pas manqué de rappeler et d'établir les principes de la vraie. Ce sont ces grands principes (jue saint Thomas a plus tard développés dans tout leur éclat, et qu'il a posés comme les bases de ce merveilleux édifice de la philosophie chrétienne dont il a été le glorieux fondateur et le maître; en sorte que la philosophie de saint Thomas est exclusivement et éminemment chrétienne, et que la philosophie chrétienne, dans sa plénitude et dans sa perfection, ne se trouve que dans saint Thomas.
Ainsi donc, dans le résumé de Philosophie chbétienne que nous allons donner ici, c'est toujours saint Thomas que nous aurons pour guide, ce sont ses doctrines que nous expliquerons, ce sont ses théories que nous défendrons et dont nous tâcherons de faire sentir, toujours davantage, l'importance, la grandeur, la beauté.
Mais comme la philosophie chrétienne se personnifie, pour ainsi dire, dans saint Thomas, ainsi la philosophie païenne moderne se personnifie dans Descartes. C'est donc à Descartes et à son école que nous aurons toujours à faire ici, dans notre réfutation de la philosophie païenne; comme c'est toujours à saint Thomas que nous emprunterons la lumière nécessaire pour mettre dans son plus grand jour la philosophie chrétienne.
De même que toute la Théologie, ainsi que nous l'avons montré ailleurs, se résume dans la vraie science de Jésus-Chbist, en tant que Dieu et Homme, et toute la Ph vsiqu e, dans la vraie science des corps, en tant que Matière et Forme ; de même, toute la Philosophie se résume dans la vraie science de l'homme, en tant qu'Ame et Corps, ou de l'homme, par rapport à l'union substantielle de son intelligence avec la matière. Car la science de l'homme par rapport aux lois de son être moral, c'est I'Éthiqle; et la science de l'homme par rapport aux lois de son organisation corporelle, c'est la Physiologie.
Or, la vraie science de l'homme, au point de vue philosophi-