TROISIEME APPENDICE
DE LA PBÉTENTION, AFFICHÉE PAR LE SEMI-RATIONALISME j DE CONVEBTIB LE RATIONALISME , PAR LA MANIÈRE DOUCEREUSE DONT IL LE TRAITE, ET PAR LES CONCESSIONS QU'iL LUI FAIT.
(Novembre 1856.)
§ 1. Doute bien fondé que le zèle des semi-rationalistes, pour la conversion des incrédules, soif sincère. — Preuve, sans réplique, qu'il n'est pas évangélique, tirée de la conduite tenue par le divin Sauveur à l'égard des anciens Pharisiens. — Belle justification de cette conduite du Seigneur, par saint Thomas. — Les Apôtres, les Pères de l'Église, ont toujours traité durement les Pharisiens de leur temps. — Les rationalistes sont les vrais Pharisiens du nôtre. — Nos procédés envers eux sont pleinement justifiés.
LjE mal que fait le semi-rationalisme est trop grand, trop réel et trop sensible, pour qu'il ne cherche pas à le pallier et à donner le change aux simples sur le scandale de sa conduite à l'égard des philosophes. A l'entendre, c'est dans l'intention d'attirer ces derniers à la foi de l'Église, qu'il évite tout ce qui pourrait froisser leur amourpropre, choquer leurs préjugés, et qu'il les traite avec tant de modération, de ménagements, de délicatesse et de douceur. Ce sont là les saintes industries du zèle et de la charité de ceux qui travaillent à la conversion des âmes !
Mais comment est-il possible de croire à la sincérité d'un zèle qui, pour convertir les incrédules, commence par être aussi souverainement injuste qu'on l'a vu {Tradition, chap. VI) à l'égard des hommes de foi? Le vTai zèle pour la religion nest jamais séparé de la justice. Comment est-il possible de croire à la pureté d'une charité qui , pour gagner les philosophes, blesse, de propos délibéré , et persécute avec tant d'acharnement {Ibid. ) les catholiques ? La vraie charité pour les victimes de l'erreur n'oublie pas, ne foule pas aux pieds l'amour, le respect qu'on doit , avant tout, aux disciples de la vérité. Comment est-il possible de croire à la sainteté d'un apostolat qui veut faire triompher l'Évangile, en mentant à soi-même et aux autres, en cherchant à tromper tout le monde ( Ibid. ) ? Le vrai apostolat de
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l'Évangile ne s'appuie ni sur le mensonge ni sur la mauvaise foi. Dieu sait que nous ne demandons pas mieux que de croire à la sincérité, à la pureté, à la sainteté des intentions de nos adversaires ; mais , quelques efforts que nous fassions pour nous former cette croyance, nous ne pouvons y parvenir !
Ce n'est pas que tous les semi-rationalistes soient, pour nous, des hypocrites. Comme jadis la secte des semi-péiagiens de la religion, et comme toutes les sectes des hérétiques, la secte des semi-pélagiens de la philosophie compte dans son sein des âmes sincères, et, tranchons le mot, des dupes, que le désir du hien a engagées dans cette secte, et dont elle se sert pour faire de nouvelles dupes. Mais l'esprit d'intérêt purement personnel et humain y perce trop vivement, à travers le voile d'apparences affectées, pour qu'on ne l'y croie pas dominant et absorhant tout autre intérêt. Ainsi , à de rares exceptions près, l'intérêt de la raison et de la religion n'est pour rien dans le semi-rationalisme, si ce n'est pour y être sérieusement compromis ou lâchement sacrifié aux exigences de petites passions.
Par toutes leurs prévenances, leurs caresses et leurs cajoleries, à l'égard de la philosophie incrédule, quelques-uns des semi-rationalistes ne cherchent qu'à se faire pardonner, par elle, un costume et un nom qu'elle déteste. D'autres n'aspirent qu'à obtenir, par ces moyens, un diplôme à'esprits progressistes, d'esprits aux idées larges et déjjoui/lés de tous préjugés^ qui leur donne le droit de siéger et de parler parmi les philosophes du jour. D'autres enfin ne prétendent, par ces procédés, que témoigner au rationalisme absolu leurs sympathies, leur prédilection, leur tiudresse, et le regret qu'ils éprouvent que des engagements qu'on ne peut rompre, et des convenances de nom, de caractère, d'état, qu'on ne peut violer sans se perdre, ne leur permettent pas de se déclarer d'une façon plus tranchée, pour une doctrine qui est leur doctrine, pour une famille qui est leur propre famille!...
Mais le zèle des semi-rationalistes pour la conversion des philosophes, fùt-il sincère, n'est pas, au moins, évangélique.
Ouvrez l'Évangile; voyez avec quelle bonté le Fils de Dieu fait homme allait lui-même à la recherche des pécheurs, même de longue date, même publics, et tâchait de les convertir! Il les attendait à leur passage; il se rendait dans leur maison, il s'asseyait à leur table ; il les traitait avec familiarité. Il supportait avec patience leurs dédains et leurs refus; il les caressait de son doux regard, il les touchait par sa parole; il les domptait par ses prodiges; il les accueillait avec tendresse; il pardonnait facilement à leur repentir; il eu prenait même la défense contre les emportements d'un zèle