PERCEPTION DE LA CONNEXION : REGLE INUTILE
n'admet comme vrai un raisonnement dans lequel il ne perçoit pas une connexion entre les prémisses et la conclusion. Le critérium n'est donc nécessaire que pour connaître 5/ cette connexion^ dont on connaît l'existence entre les parties du raisonnement, existe vraiment^ de la manière dont nous la percevons, et si elle a un fondement réel dans la nature des propositions qu'on compare ensemble, et non un fondement imaginaire dans .'ignorance d'un principe, dans Tambiguïté d'un terme, dans la fausse appréhension d^une idée, dans l'extension exagérée du sens d'un mot. Bref, ce critérium est nécessaire, non pour connaître le rapport, mais pour distinguer si la perception de ce rapport qu'on connaît est vraie ou fausse, solide ou apparente. Dire donc que la règle, pour se convaincre de la justesse de tout raisonnement, est la perception du rapport entre l antécédent et la conséquence, c^est dire que le critérium de la perception et de l'évidence est la perception ou l'évidence elle-même.
Le P. Monteiro s'est bien aperçu de cette conséquence résultant de sa règle, car il ajoute : « On objectera que les raisonne- « ments vicieux que font les hommes sont infinis par le nombre; « que cependant chacun croit bien raisonner et ne céder qu'à (f la perception du rapport obtenue à l'aide de la lumière natu- (( relie; et que, cette seconde règle de la perception du rapport « n'étant pas suffisante dans la matière dont il s'agit, on doit « toujours revenir à la première règle de la réduction aux syllo- «gismes.»
Comment croyez-vous que cet auteur répond à cette objection que, philosophe de bonne foi, il s'est faite à lui-même? Il y répond, en n'y répondant pas, ou plutôt en convenant, en tout, avec ses adversaires. Car, quant à la réduction aux syllogismes, l'ayant condamnée et ne voulant pas en entendre parler, il fait rénumération de toutes les sources d'erreurs des raisonnements, et finit par prouver victorieusement, encore une fois, qu'à Vaide des syllogismes on ne remédie à rien (1).
Quant à la perception du rapport, qu'il avait, un instant aupa-
(1) «Hisce omnibus errorum fontibus, remedium non affermit syllogismi [Loc. clt.).n
lavant, établie comme critérium naturel et sûr de tout raisonnement {{), en présence de l'objection qu'il s'est faite, et qui est tirée de Texpérience , n'ayant rien à opposer à Texpérience , non-seulement il abandonne toute idée de la soutenir, mais il se joint à ses adversaires pour la combattre; fait chœur avec eux, et répète, comme eux, que « la perception n'est pas un critérium (( suffisant, mais qu'il faut en outre être certain de la vérité des « prémisses ; autrement il arrivera souvent que, par un raisonce nement juste, on finira par établir une proposition fausse (2).» Il se donne donc pour vaincu, et, désespérant complètement de la cause du raisonnement privé , il abandonne armes et bagages , et va cacher la honte de sa défaite dans les buissons épineux des syllogismes complexes.
§ 19. Deux raisons par lesquelles tous les Critériums assignés par le Dogmatisme sont, en général, et seront toujours inutiles et inefficaces. — On développe la première de ces raisons, qui est Tim possibilité c?aw5 laquelle le Dogmatisme place l'homme, de s'apercevoik de ses erreurs et