‹ La philosophie chrétienne (volume 3)Chapitre 51 sur 76 · RÉDUCTION AU SYLLOGISME: RÈGLE INUTILE · texte numérisé non relu

RÉDUCTION AU SYLLOGISME: RÈGLE INUTILE

peixeplion de la connexion même, existant entre les prémisses et la conclusion (1).»

Mais ne vous y trompez pas. D'abord rien n'est plus inepte ni plus ridicule que cette double règle ; c'est tout bonnement la perception claire et disiincle de Descartes, V attention médiocre de Nicole, et V évidence de la Philosophie de Lxjon; c'està-dire une règle supposant déjà ce qu'elle devrait régler, et, par un cercle vicieux, retombant en elle-même. Car elle se réduit à ceci : a La règle pour s'assurer de l'exactitude de tout raisonnement , c'est de faire attention si le raisonnement est bien exact. » Ce sont de pareilles phrases vides de sens que, comme Nicole l'a avoué, on entasse, par consuétude, dans les cours de Logique, et par lesquelles les guides et les panégyristes de la raison ne font que tromper la raison et se moquer de toute raison. Voyez le même auteur se démentir luimême, et déclarant que ses règles ou critériums, si prêts, si faciles et si sûrs, ne sont ni sûrs, ni prêts, ni faciles; car, par rapport à la réduction au syllogisme , que quelques lignes plus haut il avait donnée, indubitablement ^ pour la juste règle de bien juger tout raisonnement, il déclare, immédiatement après, avec une simplicité sans égale, «qu'elle n'est ni aisée, ni praticable, ni nécessaire. » Et, afin que l'on sache qu'il n'affirme pas cela sans raison , il en appelle « au sens intime et à l'usage du genre humain, qui nous apprennent que, à l'exception près de quelques novices ou philosophes de collège, loin de la pratiquer, personne ne pense même à faire la réduction au syllogisme , \)OViV s'assurer de la justesse du syllogisme. »

11 remarque, en second lieu, «que, à l'exemple d'un homme, parcouraîU un long et ennuyeux chemin, l'esprit se fatigue, se lasse de suivre une longue série de propositions, en les prouvant l'une après l'autre et l'une par l'autre -, que la distraction qui

(1) « Duplex esse potcst regida generalïs ^ aut ciitenum quo omnium exa- « ctio perpendatur, atque dignoscatur : elia quidem cxterna, nempe reduclio o ad syliogïsmos ; alia, vero ipsirum ratiocinalionum intima, nerape ipsiusmet « connexïonïs, inter prseraissas et condusiones iiiterc-^dentis, percep^io {Logic. «p. III, lec.2,§3).»

s'ensuit enlève à l'argument toute force, et la démonstration finit par ne démontrer plus rien. »

Troisièmement, il observe que a même les savants, lorsqu'ils disputent familièrement entre eux , se font un devoir d'éviter les syllogismes, dont ils connaissent bien d'ailleurs toutes les règles, et que non-seulement ils dédaignent, mais quHls méprisent cette argumentation chicaneuse, et la tournent en ridicule, yi

Enfin, à l'aide d'une foule d'exemples, il prouve que la réduction au syllogisme^ même lorsqu'il s'agit des propositions les plus simples et les plus évidentes, exige toujours un pénible travail sans fin, dont le résultat le plus certain c'est de n'aboutir à aucun résultat.

Voilà la confiance que ce maître de l'art de raisonner a dans les formes du raisonnement; ce qui ne l'empêche pas, pour s'accommoder à la consuétude, de traiter longuement ce même sujet; d'y consacrer la troisième partie tout entière de sa Logique, c'est-à-dire soixante-quatre pages d'un énorme in-8° d^un trèspetit caractère, et d'octroyer cent trente et un canons, lois, observations, corollaires, tous nécessaires, faciles, praticables, dans une matière qu'il ne reconnaît ni praticable , ni facile, ni nécessaire.

Quant à la seconde de ses règles générales, de distinguer les bons raisonnements des mauvais, ou la perception du rapport entre les prémisses et les conclusions, qu'on se souvienne, comme on l'a vu et comme le remarque le P. Monteiro lui-même, que tout raisonnement dans lequel la conséquence est en rapport naturel et nécessaire avec l'antécédent, ne peut jamais être faux (1), et que la possibilité de se tromper, en fail d'évidence démonstrative, ne résulte que de ce que bien souvent on admet, comme existant objectivement dans l'argument, ce rapport, qui n'existe que subjectivement dans notre esprit. Nul critérium, en matière de démonstration, n'est donc nécessaire pour connaître l'existence du rapport. Dans tout raisonnement qu'on admet comme vrai^ ce rapport s'aperçoit toujours; car personne

(1) « Connexio inter antecedens et consequens intercedens legitimam efficit « ratiocinatiouein {Loc. cit.). »

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