L'AME. PRELIMINAIRES MÉTAPHYSIQUES
cité d'être ; mais possibilité et capacité qui ne sont encore réalisées par aucun acte.
Prise dans ce sens, éminenimenl philosophique, la Puissance n'étant au fond que le Possible, elle ensuit les différences indiquées plus haut (V i2,p. 2o0). Elle estonabsolue ouordinaireou probable. La puissance absolue est celle dont l'opposé n'implique pas contradiction. Un nouveau monde est on puissance absolue d'exister : un mort est en puissance absolue de ressusciter; parce que Celui qui a fait un monde, peut en faire encore un autre, et que-Celui qui a fait l'homme peut le ressusciter. La puissance ordinaire est celle qui, si rien ne s'y oppose, est toujours actualisée par les seules forces de la nature; comme la puissance où est tout germe de devenir arbre, et tout enfant de devenir homme. La puissance probable ou morale enfin est celle qui, dans la plupart des cas, selon les voies ordinaires, et l'opinion commune des hommes, reçoit un tel acte. Un homme, habile pour les affaires, est en puissance morale de faire fortune comme un esprit, adonné aux études, est en puissance de devenir savant.
hîi.puissance ou possibilité est encore purement métaphysique ou physique.
La puissance purement mélaphysique n'est que l'exclusion de l'impossibilité d'exister; mais elle ne présuppose, au delà, rien de physique et de réel. C'est, comme nous venons de le dire, la condition première de tout être, n'existant pas encore, mais dont l'existence n'implique pas contradiction, et qui, dès lors, peut exister. C'était létat de tous les êtres créés avant que la puissance de Dieu les eût tirés du néant. Ils existaient bien d'une manière intentionnelle, par rapport à leur forme, dans la raison éternelle, dans l'Intellect divin; ils é\iàen\. possibles quant à leur réalisation , dans nn temps donné, par la force du Créateur; mais nulle autre chose n'existait d'eux dans la série des êtres réels, ni n'en avait jamais existé de toute éternité.
iSIais la pTissancc physique est quelque chose de plus étendu. Klle n'est pas seuleiueht, pour l'être, la possibilité al)solue d'exister; elle suppose que l'être existe déjà d'une certaine manière, et elle indique la possiliilité d'exister encore d'une autre manière. En un mot, la puissance métaphysique signifie la pure possibilité pour la chose, de passer du uon-êtrc absolu à l'être;
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tandis que la puissance physique signifie la possibilité pour la chose de passer d'un certain mode d'être à un autre mode d'être.Cette distinction est de la plus grande importance^pour bien comprendre les principes des êtres matériels dont nous allons nous occuper tout à l'heure.
La puissance est enfin prochaine ou éloignée. La puissance prochaine est celle qui n'a besoin que de l'action d'un agent pour passer à l'acte. Un homme aux yeux sains est en puissance prochai7ie par rapport à la vision , parce qu'il lui suffit d'avoir de la lumière pour voir. Un bloc de marbre est en puissance prochaine de devenir statue, parce qu'il n'a besoin^ pour cela, que de l'opération d'un artiste qui veuille le sculpter. La puissance éloignée est celle qui, avant d'être rédvctible en acte, a besoin d'autres principes actifs qui préparent la matière. Ainsi un aveugle-né est seulement en puissance éloignée par rapport à la vision, parce qu'il faut que Dieu lui donne les yeux avant d'être en puissance prochnine de voir; et une quantité de terre aussi est en puissance éloignée d'être transformée en une statue, parce qu'il faut qu'un autre agent la prépare et en fasse de la craie, avant que l'artiste puisse en faire une statue. Toute cette doctrine appartient à saint Thomas {Metaphys., lib. II, lec. 5).
Nous prévenons encore notre lecteur qu'il n'est question ici que de la puissance physique et prochaine; c'est-à-dire de la puissance complète et disposée à passer à l'acte par les seules forces de la nature, et par l'opération directe et immédiate d'un seul principe actif. Voilà ce que c'est que la Puissance, en tant qu'elle est le premier principe métaphysique des êtres; voici maintenant ce que c'est que I'Acte, en tant qu'il eu est le second.
Le mot acte est un mot très-profond, et il joue un rôle immense dans la science scolastique, particulièrement dans le traité de l'âme.
L'acte, dit saint Thomas, n'est que la chose qui est, mais qui n'est plus de la même manière dont elle était lorsqu'elle n'était qu'en puissance: Actus dicilur, quajulo res est, nec ila est, sicut quando est in potenlia [Melaphys., IX, 5). Avant que l'artiste ait fait d'un bloc de marbre la statue de Mercure, l'image de Mercure était tout entière dans le marbre même, mais elle n'y
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était qu'en puissance; ce n'est que lorsque la statue a été achevée que l'image du Type des voleurs s'y trouve en acte. De la même manière, tout homme savant est spéculatif en puissance, même lorsqu'il ne spécule pas; ce n'est que lorsqu'il spécule quil est spéculant en acte.
L'acte donne donc à la chose un être nouveau qu'elle n'avait pas auparavant; il lui donne l'être actuel, l'être déterminé, l'être qui en réalise la possibilité, qui en accomplit la capacité. C'est pourquoi , d'après saint Thomas, l'acte est « une perfection» et être en acte « c'est avoir sa perfection. »
On peut proportionner ou comparer une chose à une autre en deux manières : 1° comme une chose est dayis une autre chose; 2° comme une chose est à une autre chose. C'est d'après le premier de ces deux modes de proportion qu'on dit, par exemple, « la vue est dans l'œil, comme l'ouïe est dans l'oreille ». C'est d'après le second mode qu'on dit « la vue est à la vision ce que « l'ouïe est à l'audition » . Or l'acte, dit saint Thomas, se proportionne ou se compare à la puissance de cette double manière. L'acte, comparé à la puissance, de la première manière, ou comme une chose est da7is une autre, n'est que la Fobme (comme \a puissance est la matière) et réside dans la puissance comme la forme réside dans la matière. Dans ce sens, l'acte s'appelle ACTE PREMiEB, actc FORMEL; ct c'cst daus cc scus quc Ton définit l'âme , comme on le verra bientôt « l'acte premier du corps.» L'acte, comparé à la puissance de la deuxième manière, ou comme une chose est « une autre chose, n'est que l'acte comparé à la puissance , comme le mouvement comparé à la force motrice, et n'est que I'Opératioa ; parce que c'est la puissance ou la vertu opérative, réalisée par l'opération qui lui est propre, ou réduite en acte, accomplie par l'acte : dans ce sens l'acte s'appelle acte second.
Il y a donc deux espèces d'actes : L'acte premier, qui n'en suppose aucun autre dans ïêtre , ou l'acte formel, ou hi forme, et l'acte SECONn, qui suppose toujours l'acte premier, et qui n'est que Vopéralion. Ainsi, dans toutes les créatures, l'existence est à la forme dans le même rapport que l'acte second est à l'acte premier; car l'être {esse} ou l'existence des créatures, n est que l'actualité de toute forme, n'est que la forme ou l'acte premier
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actualisé ou passé à l'acte second, à l'état de forme existante, et de là, capable d'opération.
On le voit donc, au sens, philosophique^ le mot Acte a une signification bien différente de celle qu'il a au sens moral. L'Acte, au sens moral, c'est le résultat de l'action, ou l'action elle-même. De là ces locutions : « c'est un bel acte, c'est un mauvais acte ; » et de là dans les livres de morale, le traité où l'on discute la moralité de toutes les actions de l'homme en tant qu'être libre, est intitulé : « Des Actes humains. De Actibus humanis. » Mais, au sens philosophique , I'Acte c'est la substance , plus ou moins subsistante en elle-même; et de là Dieu se dit un Acte, et l'âme humaine aussi. L'acte est ce qui détermine l'être et le fait être. L'acte même qu'on appelle second ou l'opération n'est pas l'opération elle-même, mais le principe, la raison de l'opération, la vertu par laquelle tout agent opère.
On distingue aussi VActe en acte subsistant et en acte non subsistant. L'acte subsistant est tout acte premier ou toute forme, existant toute seule, comme l'Ange; ou pouvant exister toute seule, comme l'âme humaine. L'acte non subsistant est aussi tout acte premier ou toute forme, mais qui ne peut subsister toute seule, et qui n'est et ne peut être qu'avec sa puissance ou sa matière, comme la forme de la brute ou de la plante n'est et ne peut être que dans la matière ou avec la matière de la plante ou de la brute. C'est la condition de l'âme des brutes et des plantes.
L'acte subsistant se distingue encore en acte complet et incomplet. L'acte subsistant complet est toute forme ne pouvant être reçue dans la matière, et ayant, sans la matière et hors de toute matière, son opération complète et sa perfection ; comme l'Ange , qui est une forme complète , sans le corps et indépendamment de tout corps. L'acte sul)sistant incomplet est toute forme, pouvant bien exister toute seule sans la matière, mais n'ayant que dans la matière son opération complète et sa perfection; et, par conséquent, c'est toute forme, apte, de sa nature, à être unie à la matière, non pas afin de pouvoir être (car dans ce cas elle ne serait pas un acte subsistant), mais afin de pouvoir opérer d'une manière complète et parfaite. C'est la condition de l'âme humaine.
n § 6t. l'ame. pbéliminaibes physiques.
C'est là la doctrine de la philosophie chrétienne sur les principes métaphysiques de l'êlre, communs à tous les êtres en général. Voyons maintenant ce qu'elle enseigne touchant les principes physiques des êtres corporels en particulier.