‹ La philosophie chrétienneChapitre 16 sur 249 · COMPOSÉ NATUBEL. LA MATIÈRE ET LA FORME · texte numérisé non relu

COMPOSÉ NATUBEL. LA MATIÈRE ET LA FORME

fait un meuble ou une machine; les pierres dont on construit une maison^ et les hommes dont on a formé une armée, n'en demeurent pas moins, le même bois, le même métal, les mêmes pierres, les mêmes hommes, qu'ils étaient avant la composition. Ils n'ont fait que changer leur place, leur extérieur, leur nom, en un mot, leur manière d'être; mais, quant à leur propre être, à leur nature, à leur substance, ils sont restés les mêmes qu'ils étaient avant qu'on en eût fait un composé. En preuve de quoi, détruisez un meuble, une machine, une maison, vous aurez les mêmes matériaux qu'on avait employés dans leur construction. Dissolvez une armée, vous trouvcez les mêmes hommes qui la formaient. Mais si, par l'analyse, vous décomposez un fruit, par exemple, vous y surprendrez différentes substances, mais jamais les mêmes substances desquelles la nature l'avait formé.

Tout composé naturel implique donc un changement de substance , tandis que tout composé artificiel n'implique qu'un changement d'accident dans les parties qui le forment; c'est pourquoi tout composé naturel est substantiel et tout composé artificiel n'est qu'accidentel.

Les parties de ce dernier composé n'ayant subi qu'un changement accidentel, elles ont, comme on vient de le voir, conservé chacune leur propre être. Il y a donc, dans un composé artificiel, autant d'êtres divers que de parties différentes. Mais les parties du composé naturel, ayant changé de nature et de snbstance par la composition, ont aussi perdu leur propre être et n'ont plus que l'être commun du composé. Ainsi, dans tout composé naturel animé, le corps n'a pas d'être à lui; il n'est que par l'âme et pour l'âme; il ne partage que l'être de l'âme; et si l'âme s'en sépare, il tombe en dissolution. Dans ces composés il y a diverses parties et un seul être commun à toutes.

Or nous avons vu (§ 38, p. 273) que l'unité suit l'être, et que l'unité ou la pluralité de l'être fait l'unité ou la pluralité du nombre. Puisque donc, dans le composé naturel, malgré la pluralité des parties, il y a unité d'être, il y a aussi unité de nombre; au contraire, dans tout composé artificiel, il y a pluralité de nombre, puisque, malgré l'unité du composé, il y a pluralité d'êtres. En d'autres termes : Tout composé naturel , moralement plu-

24 § Cl. l'AME. PRÉLIMINAIBES PHYSIQUES.

sieiirs, est physiquement un; et tout composé artificiel, moralement UN, est physiquement p/M.f?>Mr.s ,• l'unité, purement accidentelle et factice dans le composé artificiel , n'est substantielle et réelle que dans le composé naturel. C'est ainsi que, malgré la dualité de ses substances, l'âme et le corps, tout homme, comme tout animal et toute plante, n'est que substantiellement UN. C'est pour avoir méconnu cette doctrine, de Ynnité substantielle du composé naturel , que l'école ancienne et moderne de Platon a fait de l'homme deux êtres, et entassé tant d'erreurs sur l'homme.

Pour la philosophie chrétienne, comme les constitutifs meta' physiques de tous les êtres en général ne sont que deux, la Puissance et l'AcTE (§ précéd.) , ainsi les éléments physiques de tous les Composés, de tous les corps en particulier, ne sont que deux, LA Matière et la Forme. Dans tout être physique, la matière et \a forme sont donc ce que la Puissance et VActe sont dans tout être métaphysique. Et, en effet, la matière se dit et n'est que l'être physique enpuissance; et \a. forme, l'être physique en acte; c'est-à-dire que la matière est puissance^ et la forme est acte, dans tout corps, comme la puissance est en quelque sorte matière, et l'acte est forme dans tout être.

Mais, de même que, pour se trouver en compagnie de VActe, la Puissance n'en est pas moins distincte, dans tout être métaphysique, de même, pour se trouver unie à \a. forme, Va matière n'en est pas moins distincte dans tout être corporel. Voici comment raisonne sur ce point le Prince des philosophes chrétiens :

Toutes les choses corporelles qui, dans leur ensemble, forment ce monde sensible, sont sujettes à des mutations ; le changement, dit l'Écriture, est la loi la plus constante, la plus universelle de tout ce qui est corps ou qui a un corps : Tu )7ïutabis eos et mutabuniur [Psal. iOl).

Or, dans tout changement, poursuit saint Thomas, on doit nécessairement distinguer trois choses : 1° l'état qui précéda le changement, terminus a quo ; 2" l'état auquel le changement aboutit, terminus ad quem; et 3° le sujet, subjeclum, qui change ou qui passe d'un état à un autre.

Le changL-mcnt n'est pas une création, car ce qui est créé ne suppose aucun sujet préexistant. Dans la création, une chose

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