COMPOSÉ NATUREL. LA MATIÈRE ET LA FORME
qui n'était pas, commence à être, par rapport à toutes ses parties et par rapport à tout son être, par l'action du Créateur; mais tout ce qui est changé ou est fait, existait déjà d'une certaine manière avant d'être changé, et n'a commencé à exister que d'une autre manière après le changement. Le chrétien était déjà homme avant de devenir ce chrétien ; l'arbre était germe ou semence avant de devenir cet arbre ; la statue était marbre ou bois avant de devenir cette statue. Ce qui constitue le changement est donc le passage d'une chose, d'un état à un autre, ou d'un être qu'elle avait à un être qu'elle n'avait pas. Le terme où la chose était avant, et le terme où elle se trouve après avoir été changée, sont donc rigoureusement requis dans tout changement.
Or, on comprend que le sujet de la philosophie étant de pénétrer, d'expliquer les œuvres de la nature, et non de fixer les règles de l'art, nous n'avons pas à nous occuper ici du composé artificiel, mais du composé naturel, la plus grande, la plus étonnante énigme de la Nature.
La condition du sujet de tout changement est double : 1° il n'a pas au commencement ce qu'il se trouve avoir à la fin du changement; 2° il a, en même temps, une aptitude, une capacité à recevoir la nouvelle forme , le nouvel être qu'il obtient après avoir été changé. Il est donc manifeste qu'avant son changement le Sujet se conçoit sous l'idée de la privation du terme qu'il atteint après le changement ; car, comme on l'a vu déjà, toute négation d'une chose qu'un sujet est apte à avoir, et qu'il n'a pas, s'appelle p/7'ya^/o/î.
Le terme aquo, ou qui précède le changement, n'est donc, au fond, i\we\a.privaii»n du terme adquem, qui suit le changement. Mais, qu'on le remarque bien, cette privation étant un état où le sujet peut se trouver, mais où il ne se trouve pas encore, est une chose réellement et formellement distincte du sujet luimême. D'après le canon de la science scolastique : « L'état où « se trouve une chose, et oîi elle pourrait ne pas se trouver, est « réellement et formellement distinct de la chose même. » Or, tant qu'il est dans le terme a giio, le sujet est avec la privation dont il s'agit, et lorsqu'il a atteint le terme ad qitem, il est sans cette privation; le sujet est donc et peut être avec ou sans la privation, et par conséquent la privation est quelque chose de
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réellement et formellement distinct du sujet. Ce point est capital dans celle discussion.
Le SI JET (subjecttim) de tout changement est ainsi nommé parce qu'il sous-gît {siibjacet}^ parce qu'il gît, tantôt sous l'un, tantôt sous l'autre des deux termes. Mais quoique, sons l'un ou 60J/.S l'autre terme, ce soit toujours le même sujet par le nombre, il ne l'est guère par la raison. Le bois d'une statue est numériquement le même qu'il était avant d'être changé en statue; mais par la raison il en diffère, car la raison envisage d'une manière différente le bois avec et le bois saw*- la privation d'une forme humaine. Le bois non-statue et le bois statue n'est pas la même chose, mais ce sont deux choses différentes pour la raison.
Si donc le sujet peut se trouver sans l'un ou l'autre des termes du changement, il est évident que le sujet est quelque chose de distinct de ces termes, et que, numériquement UN, il est rationnellement MULTIPLE.
Cette doctrine s'applique à tout changement , soit substantiel, soit accidentel. Seulement, qu'on remarque bien encore ceci : dans tout changement substantiel, le terme ad qucm, ou le terme qu'on atteint par leciiangement, est quelque chose de substantiel, est substance , forme ou acte premier ; car, comme on l'a vu, la substance ou la forme est l'acte premier de tout être, et l'opération en est le second. Si donc, ainsi que nous venons de le prouver, le sujet du changement est quelque chose de distinct de ses termes; si, dans tout changement substantiel, le terme ad quem est substance ou acte premier; et si, comme nous veinons de le prouver aussi, les termes du changement sont quelque chose de distinct de leur sujet, il est évident que, dans les changements substantiels, le sujet est distinct de la substance ou de l'acte premier, parce que la substance oii l'acte premier n'est qu'un des termes du sujet, et non pas le sujet lui-même. Pour celui-ci, il n'est tout au plus que quelque chose apte à devenir substance; parce que l'aptitude au dernier terme, qui, connue nous l'avons fait observer, est toujours supposée dans tout sujet de changement, n'est que la substance en puissance, n'est que la puissance de devenir substance.
Mais il faut bien remarquer que cet exposé ne se rapporte qu'aux substances matérielles, car c'est dans cette espèce de