‹ La philosophie chrétienneChapitre 220 sur 249 · PAR LES PHÉNOMÈNES PHYSIQUES · texte numérisé non relu

PAR LES PHÉNOMÈNES PHYSIQUES

à l'admettre sur le témoignage des oreilles, après en avoir aperçu dans tout et partout la vérité, par le témoignage des yeux ; et afin que nous ne doutions pas que le Dieu que nous avons connu comme le restaurateur de tout, est aussi le restaurateur de notre propre chair (1).

« Qu'on ne dise donc pas, conclut Tertullien, qu'on n'est pas obligé de croire au dogme de la résurrection , parce que Dieu ne l'a pas révélé. Dieu ne l'aurait pas positivement révélé, qu'on devrait y croire encore; qu'on devrait penser que Dieu n'aurait cru nécessaire de révéler, par des paroles, une vérité qu'il nous a forcés de présumer par des faits si nombreux et si frappants. Mais puisqu'il l'a fait aussi retentir d'un bout à l'autre du monde, par les voix éclatantes de ses prophètes, il nous est impossible de ne pas croire à notre résurrection, qui, indépendamment des voix divines , nous est annoncée et assurée par tant de faits naturels (2). »

Saint Augustin, ce génie chrétien, encore plus grand et plus philosophe que Tertullien, a fait usage du même argument dans ces termes : « L'économie entière de ce monde n'est qu'un témoignage permanent de la résurrection future de l'homme. Car nous voyons qu'à l'approche et dans la saison de l'hiver, les arbres sont dépouillés de leurs fruits , et leurs branches de leurs feuilles. Mais nous les voyons, ces mêmes plantes, reprendre au printemps l'habillement de leurs feuilles, devenir grosses de leurs bourgeons, s'orner de fleurs, et enfin déployer la richesse de leurs fruits; et par là nous représenter le tableau de la résurrection, après nous avoir offert

(1) « Totus igitur hic ordo revolubilis rerum, tesfatio est resurrectionis mor- « tuorum. Operibus cam preescripsit Deus , antequam liUeris ; viribus pi œdica- « vit, antequam vocibiis ; praeraisit libi naturam niagistram , submissurus pro- « phetiain; qiio facilius credas pioplietiae, discipulus naturœ; quo stalim ad- « miltas, cum audieris, quod ubiqiie jam videris ; nec dubites Deum carnis « esse lesuscitatoreni, quem nosti omnium rrstilulorem (/)e Res. cam., xii). »

(2) «Plane incredibile, si nec prsedicatum divinitus fueriti Nisi quod etsi a praedicatum id a Deo non fuisset, ultro praesumi debuisset -. utpropterea non '< praedicatum, quia toi auctoritatibus praejudir atum . At cum divinis quoque vocin bus persouet ; tanto abest ut aliter inteliigatur quam desiderant illa a quibus, « etiam sine diviais vocibus, persuadetur [Ibïd., xvui). »

^5G § MO AHOLMl-NT MÉTAPHYSIQUE EN FAVEL'B

l'image de la mort. Or je te le demande, ô homme infidèle, qui doutes encore de ta résurrection future, où , avant de se reproduire, étaient cachées toutes ces choses, qui se présentent à nous au temps que Dieu leur a fixé pour reparaître? On n'en voit de trace nulle part. C'est donc le même Dieu tout-puissant, qui a tout créé du néant, qui les fait naître par sa vertu secrète. Or, de même que les herbes qui meurent après avoir vécu, renaissent de leur semence, de même notre corps reprendra une vie nouvelle de ses cendres (1). »

§ 140. Deuxième argument en faveur du dogme de la résurrection. Cet argument est tout métaphysique et déduit de l'essence même et de la nature humaine. — Il est contre la nature que l'dme demeure à jamais privée du corps dont elle a été forme substantielle.

Le second argument par lequel la philosophie chrétienne a prouvé la vérité du dogme de la résurrection des corps est tout métaphysique, et tiré de la nature et des qualités essentielles de l'âme humaine. Mais, afin de faire mieux sentir la force de cet argument, il faut rappeler ici la vraie doctrine que la philosophie naturelle de l'humanité a toujours suivie, touchant l'essence de l'homme en général , et que saint Thomas a précisée dans ces termes :

« Il y a eu des philosophes qui ont affirmé que, seule, la forme de l'être composé constitue son espèce, et que sa matière n'c.-.t qu'une partie du même composé, qui V individualise, mais qui ne le spécifie pas. Cela ne peut être nullement vrai; car tout ce qui

(1) « Tola liujusmodi administratio testinionium est resurrectioiii» fulurae. Vi- « demus cerle, liiemis lempore, vel ad\ enlii, arbores spoliari poiiiis, nr.iiari foliis, « sed eas etiain, veriio teinpore, specie>n resurrectioiiis exprimere. Quœ primo « qiiidem incipiunt turgere in genimis; tuisc ornari iu llorihus, vestiri et foliis ; « et postmodum pomis gravari. Inlenogo te, infidelis homo, qui de resurre- « ctione dubitas : Ubi hunt ista qua^ lempore, quo Deus disposait, proJucun- «> tur? Die niihi ubi liabilant, antequam producantur? Quœ nusquarn quidern « videiitur ; sed taineii Deus, qui oii,i)ipolcns est, et cuncta ex nibilo conditiit, « sécréta sua virtute producit. Herba quae ante vixit et morilur, rursus revi- « viscit ex seiniue, sic etiam el uostrum corpus reviviscit ex pul\ erc [De Ver bis « Apost., serm. 3'»). «

DU DOGME DE LA. RESURRECTION DES CORPS. 5o/

entre dans la définition d'une chose sert non à individualiser, mais à spécifier la chose. Or la définition de tout composé naturel ne comprend pas la forme seule, mais la forme et la matière à la fois; donc la matière du composé naturel sert, aussi bien que la forme, à le constituer dans son espèce. Il est vrai que la matière aide à individualiser le composé ; mais la matière qui joue ce rôle n'est que la matière déterminée , n'est que cette matière; parce qu'en effet la matière déterminée est, aussi bien que la forme déterminée, le principe de V individualisation. Lorsqu'on dit donc que la matière spécifie et n'individualise pas le composé, on entend parler de la matière commune ou indéterminée, et non de cette matière particulière, déterminée. Or la matière commune, la matière en général, est une partie aussi essentielle à l'espèce que la forme, pour spécifier le composé. Par conséquent, comme il est de l'essence de tel homme d'avoir telle âme, telle chair et tels os; de même il est de l'essence de l'homme, en général , d'être un composé d'wne âme intelfigente et de chair et f/'os. Car il est de toute nécessité que ce qui, d'une manière déterminée, est de l'essence de chaque individu, soit, d'une manière indéterminée, de l'essence de son espèce (1). Ainsi donc il est autant de l'essence de l'homme d'avoir un corps organique que d'avoir une âme intellective.

« On peut, poursuit saint Thomas, prouver encore de cette manière la même thèse. Une chose n'est que le Tout qui accomplit les opérations de la même chose. L'homme n'est donc que ce qui accomplit les opérations de l'homme. Or il a été démontré déjà que sentir n'est pas l'opération de l'âme seule, mais de

(1) «Quidam posuerunt solam formain esse de ratione speciei; materiam « vero esse parteni individu! et non speciei. Quod quideni non pctf^st esse ve- « rum; nani, ad naturam speciei pertinet id quod signilicat detinilio. Definitio « auleni, in rébus naturalibus, non significat formani tantum; sed formain et « materiam; unde materia est pars speciei in rébus naturalibus. ]Son quidem « materia signala, quae est priiicipium iudividualionis, sed materia communis. « Sicul eiiim de ratione hujits hominis est, quod sit ex hac anima et fus tarni- « bus, et hls ossibus; ita de ratione hominis est, quod sit ex anima, et car- «nibus, et ossibus. Oportct enim de substantia speciei esse, quidquid est « comnnmiter de substantia omnium individuorum una specie conlentorum « (I p.,q. 75, art. 4). «

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