ARGUMENT METAPHYSIQUE EN FAVEUB
l'âme unie au corps. Puisque donc sentir est une des opérations de l'homme, bien qu'elle ne soit pas son opération propre ou spécifique, il est manifeste que l'homme, par sa nature et par son essence, n'est pas seulement une âme intellective, mais un composé d'âme intellective et d'un corps (1). »
Ainsi donc Platon et Épicure chez les anciens. Descartes et Mirabeau chez les modernes , les idéalistes et les matérialistes, pour lesquels l'homme n'est qu'âme ou corps, sont convaincus d'avoir méconnu l'essence et la nature humaine, d'avoir nié l'homme. Car l'homme n'est pas plus l'âme seule que le corps seul : comme Jésus-Christ, son Original, n'est pas plus le Verbe seul que l'humanité seule. L'homme est l'âme intellective, unie substantiellement au corps, comme Jésus-Christ est la Personne du Verbe, unie hypostatiquement à la nature humaine.
Ces principes posés, voici l'argument métaphysique que la philosophie chrétienne en a tiré en faveur de la Résurrection. Il est dit dans l'Écriture : « Dieu créa I'homme inexterminable... « La mort n'est entrée dans le monde que par la jalousie du « diable : Creavit Deus liominem inexterminabilem. . . Invidia « autem diaboli, mors introivil in orbem terrarum (Sap. 11). » Or, l'Écriture n'ayant pas dit : Dieu créa l'ame humaine inexterminable, mais bien : Dieu créa I'HOMME inexterminable, il est évident, par cette grande et ineffable parole, que Dieu a créé inexterminable tout l'homme, toutes les parties essentielles de l'homme, tout ce qui constitue essentiellement l'homme, le corps aussi bien que l'âme de l'homme, et que la mort, œuvre de la méchanceté de Satan, en frappant notre corps, ne peut l'exterminer entièrement, ne peut renverser pour toujours ce dessein primitif du Créateur : «Que l'homme fût inexterminable, par rapport au corps aussi bien que par rapport à l'âme. » Ainsi donc Thonmie ne tombera sous les coups redouta-
(1) '< Âlio modo, potest ictelligi sic : lllud est unaquaeqne res , quod operatur •t operationes iilius lei. Unde lUud esl homo quod operatur operatioues bominis « Ostensuin est autem , quod sentire non est operatio animse lantum. Cum igi- « tur sentire sit quaedam operatio lioniinis, licet non propria, nianilcstuin est « quod homo non est anima tantuin, Jcd aliquid composiluui, ex anima et cor- « pore (1 p., q. 73, art. 4). »