‹ La philosophie chrétienneChapitre 249 sur 249 · EST LA VUAIE PHILOSOPHIE. CONCLUSION · texte numérisé non relu

EST LA VUAIE PHILOSOPHIE. CONCLUSION

vrai que la superstition et l'idolâtrie y avaient laissé. Au lieu de créer le jour, elle n'a fait qu'enfanter la nuit; au lieu d'éclairer les peuples, de les instruire et de les bien guider, elle n'a fait que rendre leurs ténèbres plus épaisses, les tromper, les corrompre, les égarer. Au lieu de les éloi^er du culte des idoles, elles les y a confirmés par ses enseignements et par ses exemples; car, d'après saint Paul, les anciens philosophes ont été les plus superstitieux, les plus idolâtres et les plus corrompus des hommes, et les modernes ne valent pas mieux que leurs pères. Et, comme il arrive lorsque des aveugles guident des aveugles, philosophes et peuples sont tous tombés et ont disparu dans la même fosse; en sorte que, si le même Dieu qui veille à la conservation de l'ordre physique qu'il a créé ne veillait pas à la conservation de l'ordre intellectuel et moral qu'il a établi ; si le même Dieu qui fait depuis six mille ans resplendir le soleil pour éclairer la nature matérielle n'eût toujours et partout fait rayonner la vérité pour éclairer la nature spirituelle ; si le même Dieu qui perpétue la transmission de la vie des corps par la génération n'eût perpétué la transmission de la vie des âmes, la vie de la foi, par la tradition, et n'eût maintenu, par son intervention toute-puissante, les croyances de l'humanité et les croyances de l'Église, il y a longtemps que toute vérité naturelle, détruite par les philosophes, et toute vérité révélée, renversée par les hérétiques, auraient quitté le monde, et que le genre humain aurait péri dans le doute et le désespoir de toute vérité. Rien n'est donc plus rigoureusement vrai que la sentence de saint Paul : Que la philosophie païenne est moins de la science et de la sagesse que de la sottise, de la démence et du délire : Grseci... sapientiam quœnint... dicentes se esse sapienies stulti facti sunt.

11 en est tout autrement de la philosophie chrétienne, dont saint Denis l'Aréopagite a jeté les bases, que saint Athanase a appliquée le premier, que saint Augustin a développée , que saint Thomas a définitivement formulée, et dont ses ouvrages sont la plus complète et la plus parfaite expression.

On ne sait qu'admirer le phis dans cette philosophie, ou la sublimité de ses pensées, la largeur de ses vues, la profondeur de ses aperçus, ou la simplicité de ses procédés. Loin de contrarier l'humanité dans ses jugements et dans ses croyances, elle l'a

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prise pour son gnide et a constamment marché à ses côtés. Tout en reconnaissant à chaque individu le privilège d'obtenir, par le témoignage de l'intellect et des sens, la certitude de ses perceptions (/n/eZ/ér/w.»!, simpJicUer percipiens, semper est verns. Sensus, circa sensibi/e proprntm, semper est vents), elle n'a admis, pour dernier juge de la certitude de ses démonstrations, que le consentement ou le sens commun du genre humain pour les vérités de l'ordre naturel, et le sens commun de l'Église pour les vérités de l'ordre surnaturel. A l'aide de cette double lumière, elle a pénétré dans les dernières profondeurs de la nature, et l'a obligée à lui livrer Ions ses secrets ; en sorte que, pour les esprits formés à son école, il n'y a presque plus de mystères dans la nature.

L'origine et la formation des idées, les phénomènes de la sensation et de la génération, la vie de la plante, de la brute, de l'homme; les causes secondes n'agissant que par la vertu de la Cause première, sans en partager la naturelles lois de toutes les forces et la force et l'économie de toutes les lois : ces graves et importants sujets sur lesquels la philosophie païenne a épuisé en vain toute son activité, d'après les explications qu'en adonnées la philosophie chrétienne, ne sont plus d'impénétrables énigmes, mais des connaissances claires et simples à la portée de tout le monde. On connaît tels qu'ils sont tous les êtres inanimés, depuis le grain de sable jusqu'au soleil , et tous les êtres vivants, depuisje plus chétitinsecte jusqu'à l'ange, jusqu'à Dieu. On connaît le simple et le composé, le matériel et l'immatériel, les corps et leur essence, les âmes et leurs différents degrés de perfection, l'âme humaine en particulier, et son origine, ses facultés, ses grandeurs, ses prérogatives et sa destinée. On connaît Dieu et ses attributs; la Providence et ses desseins dans la formation de l'univers; les liens par lesquels tous les êtres se tiennent, se rapportent mutuellement et forment cette échelle mystérieuse, par laquelle on peut monter de la nature la plus près du néant jusqu'à l'Être des êtres, à lÊtre parfait, à l'Être infini. On connaît les rapports du monde des corps avec le monde des esprits, des lois physiques avec les lois morales, de la raison avec la foi, de la science avec la religion. Par la simple intelligence des mystères de l'homme, on voit plus clair et on comprend mieux les mystères de Dieu. A la lumière de l'âme, une dans son es-

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sence et trine dans ses facultés, on peut se rendre compte de Dieu, un dans sa nature et trine dans ses personnes. La doctrine de la génération humaine ajoute une clarté toute nouvelle à la révélation de la génération du Verbe divin; et, après qu'on s'est expliqué le mystère de l'union substantielle de l'âme avec le corps dans l'homme, on est en état de s'expliquer encore mieux le mystère de l'union substantielle de la divinité et de l'humanité en Jésus-Christ. En sorte qu'à l'école de la philosophie chrétienne, on devient théologien en même temps que philosophe, à peu de frais.

L'homme, en particulier, n^est plus un mystère incompréhensible pour l'homme môme; et il arrive aisément à cette connaissance de lui-môme, à ce nosce te ipsum que la piiilosophie païenne a poursuivi pendant tant de siècles, sans avoir pu jamais l'atteindre. Il n'y a que l'élève de saint Thoiiias qui puisse dire sans se faire illusion : « Enfin je me connais et je sais ce que je suis; je sais pourquoi je me trouve sur cette terre ; je sais la place que j'occupe dans la hiérarchie des êtres, et les rapports qui me lient à toute la création et à son Auteur. Je me connais tel que je suis sorti de la main créatrice, et dans toute la vérité et la grandeur de mon individualité ; je m'explique toutes les conditions de mon existence, toutes les contradictions de ma nature, tous les phénomènes de mon être. Je comprends la raison de la variété de mes instincts , de la force de mes appétits , du nombre et des fonctions de mes facultés. Je vois clair à l'unité multiple et à la multiplicité une de mes vies, de mes forces; en moi et par moi, monde petit, réunissant toutes les forces, toutes les natures, toutes les vies et toutes les manières différentes d'être de tous les êtres, je comprends le monde grand, l'univers. Je connais la nature et la fin de tous les êtres; j'ai la vraie science, qui n'est que la connaissance des êtres dans leurs causes matérielles, formelles, efficientes et finales, et je puis, sans péché d'orgueil, me croire sage de la vraie sagesse, de la sagesse qui vient de Dieu et mène à Dieu; et je puis me dire « philosophe » sans être fou. »

Enfin la philosophie chrétienne est la seule philosophie qui , par la solidité de ses principes, par l'abondance de ses lumières, par la sûreté de son regard, par l'exactitude de ses définitions.

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par la force de ses raisonnements et la fermeté de ses certitudes, a décidé toutes les questions, résolu tous les problèmes, éclairci toutes les difficultés, fait cesser tous les doutes, démasqué tous les sophismes, terrassé toutes les erreurs, établi, affermi, vengé et mis dans leur plus grand jour toutes les vérités; par conséquent elle est et sera toujours la seule vraie philosophie.

Voilà ce dont on a pu se convaincre par l'analyse des principes, par l'exposition des doctrines, par la différence des résultats des deux philosophies, tels que nous venons de les présenter dans cet ouvrage.

Quant à la philosophie chrétienne en particulier, on s'explique aisément sa grandeur, sa richesse, ses avantages, ses bénédictions et ses gloires. C'est l'accomplissement de cet oracle de la Sagesse incarnée : « Cherchez premièrement le royaume de c( Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné de surcroît ; « Quxrite primum regnuin Dei el justUiam ejus; et hxc omnia a adjicienhir vobis. » [Matth., VI.) Cette grande parole de l'Évangile renferme toute l'économie de la providence de Dieu à l'égard de l'homme, et ne promet tous les biens de la terre qu'à ceux qui cherchent avant tout les biens du ciel.

Ainsi donc, par rapport aux biens de l'intelligence, dont il est question en philosophie, il est certain que l'homme qui cherche, avant tout, que Dieu règne dans son esprit par la foi divine, obtiendra de surcroît les richesses de la science humaine. Car l'Écriture dit aussi que la vraie sagesse n'est que le prix certain de l'esprit qui s'est fait petit par l'humble croyance à la parole de Dieu : Testimonium Domini fidèle, sapienfiam prœsf,nns parvulis. (Psalm., 8.) Ainsi donc, tandis que la pliilosophie païenne, ayant voulu tout connaître avant de rien croire, a fini par perdre toute connaissance et n'a pas atteint la foi ; la philosophie chrétienne, au contraire, ayant commencé par tout croire, avant de rien connaître, a conservé la foi et a conquis la science. Elle seule sait tout , comprend tout , explique tout , parce qu'elle seule croit tout; et la grandeur, l'étendue, l'abondance, la clarté de ses conceptions, même dans la science purement humaine, ne sont que la récompense de son humble foi aux révélations divines.

Instruit par ce fait, si éclatant de la lumière de la certitude et

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de la certitude de la lumière, notre lecteur aura donc compris que le meilleur usage que Ton puisse faire de l'intelligence, c'est de la soumettre, de la consacrer à Celui de qui on l'a reçue ; que, le Seigneur seul étant le Dieu des sciences, toute science qui ne sert pas à l'explication, à la contirmation, à la défense du dogme chrétien, n'a pas de raison d'être, est vaine, frivole, lorsqu'elle n'est pas funeste, et que la pensée de l'homme doit servir de piédestal à la pensée de Dieu : Deiis scientiarnm Dominus est, ipsi prœparantur cogitât iones. En marchant dans cette voie , il s'élèvera aux plus grandes hauteurs de la science en conservant la foi, et sera assez heureux pour apprendre, par sa propre expérience, que la vraie religion est la base, le guide, le soutien, la lumière de la vraie philosophie.

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