EST LV VBAIE PHILOSOPHIE. CONCLUSION
gens de quinze ans que la foi, quelle qu'elle soit, ne donne ni la vérité ni la certitude ; qu'on ne sait rien, qu'on n'est certain de rien que par l'évidence individuelle et par le raisonnement, et qu'on ne doit admettre comme vrai que ce qui à chacun paraît vrai. C'est enfin introduire le protestantisme pur en philosophie, et donner à la philosophie le pur rationalisme pour base. C'est ainsi que la première leçon de la philosophie moderne est purement et simplement une leçon d'incrédulité.
Les conséquences de cet enseignement se trouvent amplement développées, au cinquante-huitième paragraphe, depuis la page 426 jusqu'à la page 440 de notre Tradition, et personne, parmi nos adversaires , n'a même essayé jusqu'ici de les réfuter.
Nous avons indiqué, au même endroit, quatre faits tout opposés, et de la plus haute portée, qu'en suivant saint Thomas, la philosophie clirétienne commence par établir dans l'esprit de ses élèves; nous avons prouvé que, seul, cet enseignement peut former la jeunesse chrétienne à la vraie science et la confirmer toujours davantage dans la croyance de la vraie religion. Nous renvoyons notre lecteur à ce paragraphe, qu'amis et ennemis ont signalé comme le plus important de tout l'ouvrage, parce qu'on y voit les deux méthodes, la méthode païenne et la méthode chrétienne, mises en présence l'une de l'autre, et qu'on peut d'un seul regard les juger pour ce qu'elles sont par leurs principes, et pour ce qu'elles valent par leurs conséquences.
§ 149. Résumé des doctrines de la méthode de la philosophie chrétienne. — Fidèle au précepte de V Évangile, de chercher., avant tout, la foi, cette philosophie en a obtenu la récompense promise, d'arriver à la science. .4 ce trait il est impossible de ne pas la reconnaître pour fa vraie philosophie.
Nous voici donc arrivé à la fin de notre travail sur la philosophie chrétieime des âges de foi, comparée à la philosophie païenne de ces derniers temps d'incrédulité. On vient de voir k l'œuvre ces deux philosophies au sujet des trois principales parties de toute philosophie, I'Idéologie, la Ps\chologie et la Pédagogie, ou la méthode. On vient de les surprendre sur le fait, et l'on vient d'en connaître , de manière à ne pouvoir plus s'y
tromper, l'origine, la nature, les caractères, les forces, l'influence, la portée sur l'esprit de l'homme et sur la destinée de l'humanité.
Car, pour quiconqiie aurait bien voulu suivre attentivement et impartialement l'examen , contenu dans cet ouvrage , des doctrines des deux philosophies, examen, nous osons le dire, consciencieux, approfondi et rigoureusement logique , la philosophie païenne, fondée par Platon, chez les anciens, et restaurée par Descaries, chez les modernes, n'aurait rien compris, rien expliqué, rien dit de raisonnable, de solide, de certain. Elle aurait complètement ignoré la nature et son Auteur, le monde et son origine, sa constitution et sa fin ; les différentes espèces des êtres et leur hiérarchie ; la matière et l'esprit; l'âme et le corps; l'homme et Dieu , et leurs rapports dans le temps et dans l'éternité; les lois physiques et leurs contingences; les lois morales et leurs raisons, leur principe, leur sanction et leurs harmonies. Et, semblable à une courtisane , extrêmement pauvre , qui ne tire vanité que d'ornements mal acquis, cette philosophie n'a fait parade que de quelques vérités, empruntées aux croyances universelles des peuples, ou aux révélations déposées dans la synagogue ou dans l'Église.
Du reste, après plusieurs siècles de recherches, de disputes, de divisions, de combats , loin d'avoir résolu aucun problème scientifique, elle n'a fait que cJianger en problèmes insolubles ce qu'il y a de plus simple et de plus clair dans la science. Loin d'avoir décidé aucune question, elle n'a fait que mettre en question tout ce qui était universellement admis. Loin d'avoir créé aucune certitude , elle n'a fait que révoquer en doute ce qu'il y avait de plus certain; et, impuissante à rien édifier, et seulement puissante pour tout détruire, loin d'avoir élevé le temple de la vérité, là où il n'existait pas, elle n'a fait que le renverser là où il existait, et le remplacer par la confusion de toutes les idées et de tous les principes, par la tour de Babel, en un mot, par l'erreur.
On ne peut citer une seule vérité ignorée, qu'elle ait découverte, tandis qu'on peut indiquer toutes les vérités connues déjà depuis l'origine du monde, qu'elle aurait ptiur la première fois obscurcies et cachées. Au lieu d'avoir rien donné de vrai à l'homme, elle n'a travaillé qu'à arracher de son cœur le peu de