LA FORME SUPBÈUE ET LE POUVOIR
n'est pour la matière; mais la matière et la forme sont, afin que le composé naturel existe, selon les desseins de TAnteur suprême de l'ordre naturel.
Comme donc il n'y a pas de pouvoir sans sujet, ni de sujet sans pouvoir, et que, soit que le pouvoir manque au sujet, soit que le sujet manque au pouvoir, en dehors de leur accord il n'y a pas de société; de même, il n'y a pas de forme {corporelle) sans matière, ni de matière sans forme : et, soit que la forme fasse défaut à la matière, soit que la matière fasse défaut à la forme, en dehors de leur union il n y a plus de composé.
Le pouvoir manque au peuple, lorsqu'il s'en éloigne, l'abandonne, ou quil périt. Le peuplemanqueau pouvoir, lorsqu'il lui refuse l'obéissance qui lui est due et le place dans l'impossibilité d'ex^ rcer ses fonctions. De même, la forme manque à la matière, lorsqu'elle s'en sépare ou s'éteint ; et la matière manque à ia forme, lorsque, par l'affaiblissement et la lutte des formes subalternes, elle n'est plus apte à subir l'action de la forme suprême.
Il est vrai que, comme, dans le corps social, Men souvent le peuple ne manque au pouvoir, ne se révolte contre le pouvoir, qu'après que le pouvoir a, par les excès de son autorité, indisposé le peuple et s'est révolté lui-même contre le peuple ; de même, dans le composé naturel, bien souvent la matière ne fait défaut à la forme qu'après que la forme , par des excès de son énergie naturelle ou de ses actes (si c'est une forme libre), a usé et porté atteinte à l'organisme de la matière. Mais, toujours est-il que, comme dans une société où, quelle qu'en soit la cause, on n'obéit pas, le pouvoir est impossible ; de même, dans un corps où les formes subalternes, affaiblies ou altérées, ne fonctionnent pas régulièrement, dans le ressort et dans la mesure de leurs opérations, la permanence de la forme n'y est plus possible; et que, si c'est une forme, comme l'âme des brutes et des plantes, qui n'a pas de subsistance par elle-même, elle doit s'y éteindre, et si c'est une forme subsistant par elle-même (comme l'âme humaine), elle doit s'en séparer, et mort doit s'ensuivre. Car nulle forme, unie substantiellement à la matière, ne saurait demeurer dans la matière ou avec la matière, dès l'instant où, par la destruction ou l'inactiondes principaux organes et par la corruption
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des humeurs, la matière n'est plus apte à concourir avec la forme, à servir la forme pour atteindre le but final du composé.
Voilà ce qu'est la doctrine de la matière et de la forme substantielle des scolastiques. N'est-elle pas simple, naturelle, raisonnable? N'est-elle pas le corollaire nécessaire de ce fait éclatant : Que l'ordre naturel n'est que le reflet de l'ordre moral, et l'ordre moral le reflet de Tordre naturel ; que ces différents ordres reposent sur le même principe, suivent les mêmes lois, et que la création n'est qu'une seule et même pensée de Dieu, modifiée, réalisée, représentée sous des formes différentes? Et dès lors, tout l'acharnement, toute la fureur avec laquelle on a combattu celte doctrine, sont-ils, peuvent-ils être le symptôme d'autre maladie que le déraisonnoment, la haine de l'esprit, ou la haine, le déraisonnement du cœur ?
Maintenant, nous allons faire ressortir, d'une manière plus lumineuse encore, la vérité de cette conclusion, de l'examen des systèmes différcDts par lesquels la science moderne a prétendu remplacer la théorie de la philosophie chrétienne que nous venons d'exposer, sur la composition et la nature des corps.