LA PHYSIQUE CHRÉTIENNE ET LE BUT DE LA. CRÉATION
exhumée au bruit assourdissant de leurs trompettes, qu'un jeu de mots qui ne dit rien sur le fond de la chose , et ne s'y sont arrêtés que pour la réfuter.
Vrais rationalistes dans les matières de l'ordre de la raison, ne pouvant se résoudre à rien admettre qui ne leur fût prouvé par de bonnes raisons et par des démonstrations rigoureuses, ne laissant rien à désirer à la raison, ils n'ont attaché qu'une médiocre importance à l'attraction d'affinité, parce qu'elle ne rend compte, tout au plus, que de la prédilection ou de Tantipathie d'une substance pour une autre, et des différents degrés de la force de cohésion des molécules, si grande dans les corps durs, si souple dans les mous et si mobile dans les fluides, mais qu'elle n'explique et ne peut expliquer le fait évident des transsubstantiations naturelles.
En étudiant sérieusement ce mystère, dans ses profondeurs impénétrables à l'œil du corps, et sondables seulement par l'œil de l'esprit, ils se sont aperçus que, tout en se présentant toujours sous une forme substantielle, la matière n'en demeure pas moins en puissance à toutes les formes substantielles: car, sous l'action de la nature, elle passe, avec une étonnante facilité, par un grand nombre de ces formes, et que nulle substance ne change sa nature qu'en tant qu'elle se rencontre avec une substance d'un force supérieure, ils en ont conclu qu'outre ce qui s'y voit, il existe dans les substances un principe qui ne s'y voit pas, par lequel chaque substance non-seulement est ce qu'elle est , mais aussi change, en ce qu'est elle-même, les substances d'une force inférieure; et ils ont appelé Formr ce |)rincipc; et forme substantielle, parce que les changements qu'il produit sont des changements dans le genre de la substance, et non dans le genre des accidents. C'est par ce procédé qu'ils sont parvenus à former cette profonde et magnifique théorie de la matière et de la forme, comme étant les vrais éléments généraux de tout Composé naturel, de tout corps. Quoi donc de plus juste et de plus raisonnable? Et si philosopher n'est que chercher à saisir la raison des choses, n'était-ce pas là vraiment philosopher, et philosopher par l'intellect et non par 1 imagination ; philosopher par la raison et non par le caprice; philosopher pour faire de la science, et non pour faire de la poésie et du roman?
110 § 72. LAME. PKliLI.MINAlKES PHYSIQUES.
On a accusé les philosophes chrétiens d'avoir, par leur théorie sur la forme substantielle, restauré la doctrine des qualités occultes (les péripatéticiens.'Mms ces qualités, qui scandalisent tant la susceptibilité de la raison moderne, n'ont rien à faire ici. Le principe de la forme substantielle est bien une qualité occulte aux yeux du corps , mais il ne l'est pas aux yeux de l'esprit. Et, s'il fallait le nier, parce qu'on ne le voit pas, ne faudraitil pas nieraussi le principe de l'attraction d'affinité, qu'on ne voit pas davantage ? Voilà donc une vraie qualité occulte, qu'on ne voit pas et que personne n'ose nier.
Invoquera-t-on, en sa faveur, l'évidence sensible des phénomènes de la Précipitation et de la Cristallisation? Mais ces phénomènes ne prouvent que l'existence de ce principe et son action, mais il ne le découvrent pas; ils nous obligent à le supposer, à le déduire de ce que nous voyons, mais ils rie nous le font pas voir. Or, les transsubstantiations naturelles , ou les phénomènes de l'action de la Forme substantielle, ne sont-ils pas aussi certains que les élections naturelles ou les phénomènes de lattraction d'affinité'/ Voilà donc, dans la forme substantielle des scolastiques et dans Vattraction d'affinité des modernes, deux principes également cachés, également occultes, également insaisissables par le sens, et dont cependant l'action et les résultats sont également évidents et également incontestables. Pourquoi donc les scolastiques auraient-ils tort d'admettre le prhicipe invisible de la forme, et les modernes auraient-ils raison d'admettre le principe non moins invisible de l'aftlnité? Est-ce être juste, conséquent, logique? Est-ce là philosopher?
Enfin, la théorie de la philosophie chrétienne sur la composition des corps, éclaircit encore plus bien des doctrines de la vraie théologie; et, en expliquant la nature, elle a répandu une grande lumière sur les desseinsde son Auteur; et, par la connaissance plus vraie et plus complète de la créature, elle a fait de la science un hymne de gloire au Créateur ; et elle n'est et ne sera toujours, pour les hommes sérieux en état de la comprendre, qu'une des plus étonnantes créations, une des plus précieuses conquêtes de l'esprit humain.
Où trouver donc des termes assez énergiques, pour tlétrir, comme on devrait le faire, l'étourderie, l'aveuglement, l'inso-