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LA PHYSIQUK CHRÉTIENNE ET LE BUT DE LA CBÉATION

autant de portraits d'elle-même , qui , à différents degrés , lui ressemblent tous dans leur manière d'être et dans leur mj*nière d'opérer ; Divina Bonitas sut diffusiva est; et ideo voluit ut omnia similia ei essent, non solum in esse , sed elimn in agere.

Mais cette économie ineffable de la Bonté du Créateur dans la création des êtres ne peut être comprise, ne peut être expliquée, ne peut même être soupçonnée, qu'autant qu'on admet qu'entre le Non-être et l'Être il existe quelque chose d'intermédiaire, VÉtre en puissance; que cet être en puissance n'est que la matière première, toujours prêle, quelle que .loit sa forme actuelle, à recevoir une forme nouvelle, et indifférente à toutes les formes; que l'œuvre de formes existantes, c'est de céder la place h d'autres formes, ou de s'y substituer elles-mêmes; que c'est par le changement des formes qu'arrivent tous les changements de substance et d'être qui se font dans la nature, par la corruption, par l'augmentation, par la végétation , par la nutrition et par la génération.

Mais c'est là la théorie de la philosophie chrétienne sur la matière et la forme, comme étant les seuls vrais principes des corps, leurs seuls vrais éléments, et les seules vraies causes de leurs changements substantiels, de leur formation.

Ainsi donc, tandis que, parmi tous les autres systèmes, qu'on a imaginés sur ce grave sujet, il ne s'en trouve pas un seul qui explique les véritables transsubstantiations dans les êtres matériels, et dont la conséquence nécessaire ne soit la négation des faits les plus éclatants de la nature cor[)orelle ; par la théorie chrétienne, sur le Composé naturel seulement, on peut saisir la mystérieuse économie de ces mômes faits; par cette théorie seulement on peut se rendre compte de ce caractère d'uniformité dans la manière d'être et d'opérer que présentent tous les êtres corporels, malgré la variété infinie deleurs natures et de leurs propriétés ; seulement par cette théorie on voit clair dans le grand et ineffable dessein de Dieu qui a présidé aux œuvres de la création, et l'on comprend quelque chose à l'ordre, à l'ensemble, à la beauté et aux harmonies de l'Univers.

Résumons cette importante discussion .

Deux choses sont d'une vérité incontestable dans la question

J08 § 72. l'AME. PHKLIMlNAir.ES PHYSIQUES.

siu' les corps: 1" que, dans tout ce qui se fait dans la nature par l'augmentation, par la végétation, par la nutrition et par la génération, un changement d'une substance en une autre a vrai ment lieu; et 2" que cette transsubstantiation véritable ne peut Ctre l'œuvre du simple rapprochement des substances et de leur attraction d'affinité.

Les modernes disent ; « Aussitôt qu'une substance est en contact avec une autre siibstance qui lui est sympathique, elle l'attire à elle, else Tassii/ule. » Ce dernier mot est bien trouvé; car, en effet, dans le mécanisme de la digestion, et de la nutrition qui s'ensuit, parvenue au contact d'une substance sympathique, la cjiair, par exemple, la fait ce qu'elle est elle-même, se l'assimile d'une manière si parfaite, que cette substance, survenue du dehors et manipulée dans les entrailles de l'animal, devient de la chair véritable elle-même, et que celte conversion est si intime et si substantielle, qu'il est impossible à la chimie d'y rencontrer, en l'analysant, les anciennes substances dont elle est résultée. Mais, en y réfléchissant bien, le mot assimilation, quelque propre qu'il soit, nous dit seulement ce que tout le monde sait, nous dit seulement que cela arrive; mais il ne nous dit pas pourquoi et comment cela arrive: il nous dit le fait, et nous laisse dans l'ignorance complète de sa cause.

La plupart des savants, dont la crédulité enfantine pour toutes les pensées, les extravagances, les mots vides de sens qui viennent de l'homme, est en raison directe de leur incrédulité pour tout ce qui, de près ou de loin, vient du sens commun, de l'Église, de Dieu ; la plupart, dis-je, de nos savants se déclarent satisfaits du système des parties similaires, qui en se touchant, s'assimilent, et qui ne fait que constater le phénomène sans l'expliquer. Mais les philosophes chrétiens, qui, malgré la crédulité aveugle qu'on leur a reprochée pour les doctrines d'Aristote, ne se payaient cependant pas de mots sonores et ronflants ; qui aimaient à voir clair dans toutes les choses, et en connaître les vraies causes, et reriwi cognoscere causas , et qui étaient aussi difficiles, aussi tiers, aussi inconteiTtables dans les matières de l'ordre de raison, qu'ils étaient simples et dociles dans les matières de l'ordre de foi; les philosophes chrétiens, dis-je, n'ont vu dans l'Homœoniérie d'Anaxagore, que les modernes ont

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