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QUATRIÈME CHAPITRE

DES ETRES VIVANTS, DE LEURS AMES, ET DES ACTES SPÉCIFIQUES DES DIFFÉRENTES ESPÈCES d'aMES.

§ 73. Le Principe intrinsèque du mouvement et Vorganisme sont les deux co7istilutifs essentiels de la vie. — Les Composés vivnnls et les Composés non vivants. — Nul Composé, ne vit, excepté Clionimc, la brute et la plante. — Preuves que les brutes et les plantes partagent le principe de la vie.

JLeS composés naturels se divisent en deux grandes catégories : celle des vivants et celle des non vivants. Ceux-là ont l'être avec la vie; ceux-ci ont l'être sans la vie.

Le mot VIE se comprend en tcois sens différents dans le lan-

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gage humain. Le plus souvent il signifie Vétnt, les actes et les conditions de la durée de l'être vivant. C'est dans ce sens qu'on dit : « Honne vie, et mauvaise vie; vie calme, et vie orageuse ; vie oisive, et vie occupée ; vie active, et vie contemplative ; vie longue, et vie courte ; vie heureuse, et vie de douleurs. »

D'autres fois le même mot se prend pour le principe et la réelle des opérations vitales de toi ou tel autre être vivant en particulier. C'est le sens de ces expressions : L'âme est la vie du corps; Dieu est la vie de l'âme; la parole de Dieu est esprit et vie ; vous êtes ma vie ; cela donne, conserve la vie , mendier sa vie.

Enfin , on appelle rie le premier des constitutifs essentiels et les signes caractéristiques de l'être vivant. Dans ce dernier sens la vie , dit saint Thomas , n'est que « la possession du principe d'un mouvement quelconque par lequel tout être vivant se meut par lui-même; Ida proprie sunt viventia, qux secundumaliquam speciein motus movent scipsa ; parce que la vie ne se manifeste que par cette espèce de mouvement, et ne cesse de paraître qu'à sa cessation : Hoc est enim in quo pri)no mnnifesfntur vifa, et in qiio vltiino rernunet.

Ainsi donc, ajoute le même docteur, on ne regarde l'animal comme vivant, que quand il commence à avoir le mouvement par soi, et tant qu'il paraît conserver ce mouvement. Lorsqu'il ne faitpUislc moindre mouvement /?ar soi, maisqu'il a besoin, pour changer de lieu, qu'un autre le meuve, on le dit mort, on dit qu'il a perdu la vie; Primo dicimus animal vivere, quando incipit PEU SE motum habere ; et tamditi judicatvr animal vivere, quamdiu talis motus in eo apparet. Quando vero non habet ex SE aliquem motum, sed movetur tantum ab alio, tU7ic dicitur morlunm, per defectum vitœ. (I p.. q. 18, art. 1.)

Ainsi le mot vie, poursuit saint Thomas, n'est employé que pour indiquer la substance à la(|uelle il convient, selon sa nature, de se mouvoir elle-même , et de se pousser elle-même à une opération (pielconque. Seulement ce mot « vie » n'est que l'abstrait de la condition de vivre, comme le mot « cours » est l'abstrait du mouvement de courir. (Ibid.)

« i:n effet, dit toujours saint Thomas, on n'appelle vivant que « le composé qui montre à leStérieur qn'W se meut par lui-

LA PLAINTE. LA BRIITK, l'hOMME. 113

« même ; Vitœ noiiien sumitur ex quodam exterim apparente , « quodest movere seipsum. [Loc cit., art. 2.)

« Quant aux choses qui n'ont pas, dans leur nature, la faculté « de se déterminer par elles-mêmes au mouvement et à l'opéra- « tion, on ne peut les dire vivantes que par comparaison et par « figure : Ea vero, in quorum natura non est ut se agant ad ali- « quem moiim vel operationem, viventia dici non possunt, nisi a per aliquam simiUludinem. » (l p., qu. 19, art. 2.)

a C'est pourquoi, conclut le Docteur angélique, on n'appelle « œuvres vitales » ou « œuvres de vie » que celles dont les prince eipes résident dans les agents mêmes , de manière à ce qu'ils « n'opèrent que par eux-mêmes : Opcra vitx dicuntur quorum « principia sunt in operaniibus, ut seipsos inducant in talcm opc- « rationem. [Loc. cit., art. 2.) »

Nul corps ne peut se nourrir, grandir et se reproduire par luimême , à moins qu'il ne possède le principe du mouvement en lui-même. Tous les composés donc qui se nourrissent , grandissent ou décroissent, et se reproduisent par eux-mêmes, ont en eux-mêmes le principe du mouvement, et sont par conséquent des corps vivants.

Le second constitutif essentiel, le second signe caractéristique du composé vivant, c'est I'okganisme, ou la possession d'un ensemble de parties différemment organisées, par lesquelles le composé vivant remplit les fondions nécessaires ou utiles à la vie, et qui s'appellent organes.

Les fonctions corporelles de la vie (tout composé vivant a un corps) étant multiples et variées, ne peuvent être exercées par une seule et même partie du corps. Une seule et même partie corporelle n'a qu'un flf/f, une opération, et ne peuten avoir [)lusieurs. La multiplicité et la variété des fonctions de la vie exigent doncdes organes multiples et variés, ayant des formes extérieures, des vertus, des capacités toutes particulières. C'est pourquoi tout composé vivant a une organisation qui lui est propre, et a des organes : le composé naturel, qui n'a pas d'organes, n'a pas de vie et ne peut en avoir; et même le composé qui a Aes, organes , mais dont les organes ont ccs-é de jouer, n'a plus de vie. Il n'y a donc de vie que dans le composé organique; là seulement où se trou- II. S

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vent des organes, fonctionnant dans ce qui est de leur ressort, se rencontre la vie.

Or ces deux conditions essentielles de la vie, et qui, en la constituant, rannoncent : l'une intérieure, la faculté de se mouvoir par soi; Tautre extérieure, l'organisme, ne se trouvent que dans rhomme, dans la brute et dans la plante: l'homme donc, la brute et la plante sont les seuls composés naturels vivants de la création. Car quoique, dit saint Denis l'Aréopagite , cité par saint Thomas, «Quoique reléguée dans l'infime classe des vivants, la plante, tant qu'elle conserve le principe de la végétation, à la rigueur du mot, participe à la vie ; Plantée, sccundum. uUimum resonantiam vilx, hubent vivfre{lp., q. 18,, art. 1). Et lorsque, en perdant sa forme, elle se dessèche, on la dit marie, au même titre et avec autant de vérité qu'on dit morl le corps de l'homme, séparé de son âme.

Tous les autres composés naturels forment la catégorie des non-vivants. Ainsi les corps graves et les corps légers, les minéraux, les fluides, ont l'être, puisqu'ils ont une forme; ils donnent même un autre être aux êtres qu'ils transforment en leur propre substance , mais ils n'ont pas de vie ; car, conmie il avait été remarqué par Aristote et démontré par saint Thomas, c'est une loi de tous les corps graves ou légers d'avoir en eux-mêmes le principe passif et non le principe actif du mouvement naturel : In yravibus et levibus est principium passivum et non activum motus naturalis.

Les soixante et une substances elles-mêmes, que la science appelle « les éléments des corps, » qui cependant, étant des êtres en acte^ ont une forme (car rien n'est en acte que par sa forme), et qui, par conséquent, sont de vrais composés naturels de matière et de forme, ces prétendus éléments des corps, qui sont de vrais corps eux-mêmes, sont, mais ils ne rirent pas.

Enfin,même If soleil, ce corps si étonnant par sa grandeur, par sa lumière et par sa beauté, et qui, par sa chaleur, concourt si puissamment à viviJi''rtoute\a nature corporelle, ne y/7 paslni-même, car s'il avait le sens de son être, il changerait volontiers samagniticence et ses splendeurs contre la petitesse et l'obscurité du plus chétif arjjrisseau. Car, ajoute saint Thomas, en tantquil partage le grand privilège de la vie, que le soleil iie partage pas, cet ar-

LA PLANTE, LA BKUTK, l'hOMMK. 115

brisseau est plus noble que lui : Corpom inanimafa sunt infra plant os (loc, cit.).

Mais, comment sait-on que les astres ne vivent pas ; et que, malgré leur immensité, leur richesse, leur force et leur importance, dans la création corporelle, ils pourraient envier à la plante la vie qu'ils n'ont pas ? C'est d'abord parce qu'ils sont d'un seul bloc, et que, comme tous les minéraux et les fluides, ils n'ont pas d'organes; tandis que la plante en a, et que son organisation est aussi merveilleuse que celles de la brute et même de l'homme. Caria science vient de découvrir que la plante a des veines et d(^s artères, par lesquelles sa sève fait sa circulation périodique, depuis la racine jusqu'aux plus petits rameaux ; qu'i^lle a des membranes qui l'enveloppent, une peau qui la couvre; qu'elle a les organes nécessaires pour digérer, pour se nourrir, pour se reproduire et même pour respirer à sa manière.

En second lieu, parmi les composés naturels, il n'y a que l'homme, la brute et la plante, qui possèdent ce mouvement par soi qui est le constitutif intérieur, et Ir premier et le plus essentiel des constitutifs et des signes caractéristiques de la vie. « Re- « marquez, dit saint Thomas, que tous les autres composés, grâce ves ou légers, placés dans le lieu qui leur appartient, y res- « tent en repos : donc le mouvement leur est étranger, et « n'est pas dans les dispositions de leur nature ; tandis que la « plante (et à plus forte raison la brute et l'homme), placée dans « ses conditions naturelles, se meut, en différentes directions. M Donc le mouvement est dans les dispositions de sa nature et « lui est propre : Corporihus grnoibus ef levibus non competit « moveri, nisi sccunduin qwid sunt extra disposiitmem si'X nu- « (iirœ {loc. cit.).

« On appelle eaux vivantes, les eaux courantes; et, eaux mor- « tes, les eaux stagnantes; mais ce n'est que dans un sens figu- « ratif : car, en tant qu'elles sont en uiouvenuîut, les eaux cou- « rantes paraissent avoir une ressemblance de vie. Mais quant à a la vraie raison, au principe de la vie, le mouvement par soi, M elles ne l'ont pas; elles n'ont pas leur mouvement par elles- « mêmes, mais par la cause qui les engendn;. 11 faut en dire de « même du mouvement de tous les autres corps graves ou légers. « Us ne sont mus que par un moteur extérieur, ou par leur prin-

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0 cipe générateur qui leur donne la forme, lis ne se meuvent « donc pas eux-mêmes, comme les autres corps vivants (I). » JMènie ceux de ces corps qui mettent en mouvement d'autres corps ne se meuvent cependant pas eux-mêmes. Attirer ou repousser une chose, c'est la mouvoir, comme, la mouvoir, c'est Tatlirer à soi ou la repousser loin de soi. En attirant le fer, l'aimant le met donc en mouvement ; et cependant l'aimant, luimême, !ie change pas de place, ne se meut pas. La chair vivante, en changeant en chair les substances alimentaires, les meut, elle aussi, et elle-même ne bouge pas.

Les corps, composant les différents systèmes planétaires de l'univers, sont bien dans un état de mouvement perpétuel; mais ce n'est que par la force d'attraction du centre, et la force de répulsion qui les oblige à s'en éloigner; c'est-à-dire en verlu d'une force extérieure. Ils ne se meuvent donc, d'après Newton, que par les impulsions différentes que le grand Artisan de l'univers leur donna, en les créant, et qu'ils conserveront pour tout le temps de leur durée. Ce sont de vraies horloges, dont le fabricant a arrangé le mouvement de manière qu'elles puissent aller toutes seules, pendant un jour, une semaine, un mois et même une aimée. Mais Us ( les corps célestes) ne se meuvent pas, plus que les horloges, par eux-mêmes, et ne sont pas plus qu'elles, des animaux vivants. C'est pour leur avoir attribué la grande prérogative de se mouvoir par eux-mêmes que, comme saint Thomas l'a observé, les sto'iciens ont cru les corps célestes des corps vivants, des grands animaux, et les ont adorés. Ainsi, tous les corps participent bien aux mouvements, sans participer, pour cela, à la vie, qui n'est propre (lu'aux corps se mouvant eux-mêmes.

11 est vrai que la plante ne change pas de lieu, qu'elle n'a pas la faculté de locomol.ioii ; mais il est vrai aussi qu'elle a la faculté d^expansion , qui est un mouvement intrinsèque véritable. En

(1) <> Aquœ î;iu.c dicunliir |)er similitudineiii, in quantum cnini vidcntur se « moverc, tial)ent siinilitudincm vila*. Sod (amen non est in eis vera ratio viUr, " (|lli^ tninc mo'um non lia!)ent e\ se ipsis, sed a causa gcnerdntc cas. Sicut •< accidit (irca molum alioium gravinm d levium... Corpora çravia et levia « moventm- a movcntc extrinseco, \el j^cneiai.tc, qui dat l'ormam. Kt i<leo non <• movcni s<'ip>a, sicut corpora \i\eiptia [Inc. cil.) >•

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