‹ La philosophie chrétienneChapitre 47 sur 249 · LA PLAINTE, LA BRUTK , L HOMME · texte numérisé non relu

LA PLAINTE, LA BRUTK , L HOMME

demeurant au même lieu, elle grossit, grandit et pousse ses racines à une grande profondeur, ses branches à une grande hauteur; elle n'en occupe donc pas mo'ms, successivement, dïiîéreiiis lieux; conséquemment on ne peut lui contester le privilège du mouvement intrinsèque , dans le sens le plus réel du mot.

Les corps étrangers à ce privilège, et qui sont mus par un moteur extérieiu', se meuvent toujours en ligne droite et dans la même direction. Le mouvement des astres lui-même, comme nous venons de le faire remarquer, d'après Newton, n'est que le résultat de deux forces, qui , en agissant en sens contraire, mais toujours m ligne droite, se contre-balancent et produisent de toute nécessité un mouvement de rotation. H en est de même des mouvements si bizarres de la foudre, et , à plus forte raison, du mouvement de tous les autres corps. Ils se meuvent toujours en ligne droite, et leurs déviations de cette ligne ne sont que l'effet de causes purement extérieures. Ou sait que la première loi du mouvement, qui forme la base de la dynamique, est celle-ci : « Tout corps, mis en mouvement, « parcourt la ligne droite, tant qu'il n'en est pas détourné par « des forces extérieures. »

Mais , les corps qui ont le principe de leur mouvement en eux-mêmes suivent toutes les lignes, se meuvent dans tous les sens, et dans toutes les directions, en dépit de la loi commune à tous les corps. Ne dirait-on pas, par exemple, que le cheval, le chien, le chat, l'hirondelle, tiennent à prouver, par leurs mouvements, si excentriques et si variés, qu'ils se moquent de cette loi?

Or, la plante s enfonce en bas par ses racines, s'élance en haut par sa tige, s'épanouit autour d'elle et pousse vers tous les points de sa circonférence ses branches, les fait retomber sur ellemême, et en forme, en quelque sorte, son habillement, sa parure et sa défense. Elle se penche vers l'endroit où elle espère rencontrer un regard du soleil, elle se courbe et se redresse; elle plie à gauche ou à droite. La ligne qu'elle suit n'est que celle qui convient aux intérêts de son développement et à sa conservation. Elle se meut donc, elle aussi, dans tous les sens, dans toutes les directions; elle possède donc, en elle-même, le principe de ses mouvements, ce caractère essentiel de la vie. Par conséquent, elle est réellement vivante.

118 § 74. l'ame. ses composes vivants.

En un mot, tout ce qui accomplit dos œuvres vitales, vit. Mais la plante accomplit, à la lettre, les œuvres vitales : de se nourrir, (l(! yratidir, de se reproduire : donc elle vit; et on ne peut sans injustice l'exclure de la catégorie des êtres vivants.

$ 74. Doctrine de la philosophie chrétienne sur la vie. — Le mouvement propre des esprits. — Différents degrés de la vie des êtres vivants. — La vie de Dieu est le comble et la perfection de la vie. — Beauté et importance de celte doctrine.

Mais gardons-nous bien de conclure de ce qu'on vient de lire que la vie ne convient qu'aux Composés naturels, ayant des organes, et la faculté de se mouvoir par eux-mêmes. Ce serait méconnaître ce grand et sublime caractère, tout propre de la philosophie chrétienne, de ne considérer les différents êtres que dans leurs rapports avec le tout; de di'couvrir la chaîne mystérieuse qui les lie ensemble , et dont le premier anneau est dans le plus petit, le plus chétif des êtres, et le dernier aux pieds de Dieu ; et de ne philosoplier sur la nature que pour s'élever à son Auteur. Voila donc counnent cette philosophie entend la théorie de la Vie.

« Il y a, dit saint Thomas, deux espèces de mouvement, pour « les êtres vivants : le mouvement nal'/rel, et le mouvement vo- « lontaire ; et il est de l'essence de l'un et de l'autre de dériver « d'un principe intrinsèque: Motus duplex : naturalis et voluna tarins ; et de ration e univscujusque est, ut sit a principio in- « irinseco {loc. cit.). Mais, si tout ce qui se meut, par soi, d'un « mouvement naturel, est bien un corps ; tout ce qui se meut « d'un mouvement volon.tairr ne l'est pas : I\on omne quod mu- « velur est corpus, nisi per se, in motu naturoli ;sed non in motu « voluntario [ibid.]. » Ainsi le mouvement par soi convient aussi à l'esprit.

« Quoique le mouvement proprement dit, poursuit le même « Docteur, soit une propriété des corps ; cependant il peut ap- « partenir et appartient aussi aux êtres spirituels, par deux rai- « sons : la première consiste en ce que toute opération, généra- « lement, se dit mouvement. Dans ce sens, h; mouvement est « propK; même à Dieu. Car sa bouté, comme l'a dit saint Denis,

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