SIXIÈME CHAPITRE
DE l'absurdité et DE l'iMPIÉTÉ DES SYSTÈMES INVENTÉS PAR LES PHILOSOPHES ANCIENS ET MODERNES POUR EXPLIQUER LE COMMERCE DE l'aME HUMAINE AVEC LE CORPS.
§ 82. Toute erreur philosophique n'est qu'une protestation contre une croyance universelle de l'humanité — C'est en nuconnaissant la croyance universelle sur l'unité substantielle de l'homme que l'ancienne philosophie fit de l'homme deux êtres et imagina des hypothèses absurdes po^ir s'expliquer leur union. — Comment ces hypothèses ont divisé l'école de Platon en trois sectes, et ont enfanté l'idéalisme, le matérialisme et le scepticisme chez les anciens.
Ij'histoire de l'erreur, pour ceux qui savent la lire, n'est que l'histoire du protestantisme de la raison particulière contre la raison générale. Vrais hérétiques de l'antiquité, les philosophes païens n'ont fait que protester contre les traditions primitives qui formaient la raison générale de l'humanité ; comme, vrais philosophes des temps modernes, les hérétiques qui se sont succédé depuis l'établissement du christianisme, n'ont fait que protester contre les traditions chrétiennes qui forment la raison générale de l'Église. A l'exception près du petit nombre de vérités qu'ils n'ont pas inventées, mais volées aux Juifs, ou qu'ils ont conservées, tout en se mettant en dehors des croyances du genre humain, tout est erreur dans les anciens philosophes; comme, à l'exception près du petit nombre de vérités qu'ils ont emportées en sortant du giron de la société catholique, tout est erreur dans les modernes hérétiques. C'est qu'au lieu de commencer par la foi, afin de parvenir à la science, les uns et les autres ont voulu
170 § 82. SYSTÎÎME SUR L'UNION DE l'AME AVEC LE CORPS.
commencer par une science que l'homme n'a pas en lui-même,
pour arriver à la foi; et, par là, les uns et les autres ont fait naufrage , sous le rapport de la foi , et n'ont pas conservé leur prétendue science : El siulli facti sttnt.
Dédaii^nant de croire , de la njanière dont l'humanité entière les avait toujours crus , les dogmes touchant Dieu et l'homme , l'esprit et la matière, l'âme et le corps, l'ancienne philosophie jeta tout cela au creuset de la raison particulière; et, dès lors, l'impossibilité d'expliquer un seul des mystères de la nature, les erreurs les plus monstrueuses , les contradictions les plus révoltantes et la perte de toute vérité furent les seuls résultats de la témérité sacrilège de ses longs efforts : Setnper discentes, et numquam ad scientiam veritatis pervenientes.
En effet, par toutes ses disputes et ses recherches touchant la question de V Union de fàme avec le corps, elle n'a abouti qu'à se créer elle-même la nuit profonde , les épaisses ténèbres au milieu desquelles, en tâtonnant toujours, elle n'a rien vu , n'a rien compris à ce mystère de l'homme, connue à tout le reste.
Ayant commencé , dans son orgueil , par protester contre le grand principe que l'humanité entière, comme le langage universel l'atteste , a admis : « Que l'homme, âme et corps, est « subdcntieileinent UN , » l'ancienne pliilosophie fut obligée de regarder l'âme et le corps de l'homme comme deux substances complètes, ayant chacune son acte et son être à part. Mais là où il y a pluralité d'êtres, il y a de toute nécessité pluralité de nombre on d'individus. L'âme et le corps ne furent donc , pour cette philosophie, que deux individualités, deux êtres, indépendants l'un de l'autre par leur opération, comme parleur acte premier, par leur être; et l'homme ne fut plus qu'un composé purement accidentel, UN en apparence, mais en réalité et substantiellement DEUX.
Comme il y a dans l'univers de purs esprits ( Dieu, les anges) qui ont la vie intellective sans la vie sensitive , et qu'il y en a d'autres (les brutes) qui ont la vie sensifive sans la vie intellective , il était conforme à la sagesse du Créateur de former une espèce d'êtres dans lesquels ces deux vies se trouvassent réunies dans une individualité complète et parfaite, afin qu'il y eiV tout à la fois gradation et ensemble dans l'œuvre dt» la création.