‹ La philosophie d'Auguste ComteChapitre 143 sur 161 · I. Cours, VI · texte numérisé non relu

I. Cours, VI

a. Cours, Y, 6o*; PoL pos.t III, 585.

officiel aux sciences et aux beaux-arts, et même les attaques récentes contre l'institution fondamentale de la propriété ont pris leur source dans la métaphysique économique. » Il en a été de cette doctrine comme des autres parties de la philosophie négative. Après avoir accompli son œuvre de destruction, elle a cherché à transformer ses principes critiques en principes orga- i niques, sans s'apercevoir que cela revenait à nier d'avance toute organisation positive.

La fameuse formule : « Laissez faire, laissez passer », n'est pas plus un principe réel en économie politique que la liberté même n'en est un dans la politique proprement dite. Comte combat avec vivacité le dogme de la non-intervention. Pour avoir constaté dans quelques cas particuliers et secondaires «la tendance naturelle des sociétés a un certain ordre nécessaire, l'économie politique en a conclu à l'inutilité de toute institution spéciale. » Mais cet ordre est très imparfait. La connaissance des lois sociologiques nous donnera le pouvoir de l'améliorer, comme nous faisons déjà quand il s'agit des corps vivants. N'admettre que le degré d'ordre qui s'établit spontanément équivaut dans la pratique à une sorte « de démission solennelle à l'égard de chaque difficulté qui apparaît. » Voyez la crise sociale amenée par le développement des machines. Aux justes et urgentes réclamations des ouvriers, brusquement privés de leur gagne-pain, et hors d'état d'en trouver un autre du jour au lendemain, nos économistes ne savent que répéter, « avec une impitoyable pédanterie », leur stérile aphorisme de liberté industrielle absolue. Ils osent répondre à toutes les plaintes que c'est une question de temps. Cette réponse

à des gens qui ont besoin de manger aujourd'hui est dérisoire. « Une telle théorie proclame sa propre impuissance sociale *. »

Aussi bien, ni l'économie politique n'est encore une ■ science, ni les économistes ne sont, jusqu'ici, des savants. Presque tous avocats ou littérateurs d'origine, ils sont étrangers à l'idée d'observation scientifique, à la notion précise de loi naturelle, au sentiment enfin de ce qu'est une démonstration. Exception faite pour Adam Smith etpour quelques autres, comment auraientils appliqué aux analyses les plus difficiles la méthode positive qu'ils ne connaissaient pas ? Destutt de Tracy plaçait l'économie politique entre la logique et la morale. Non sans raison : car elle est plus près de la métaphysique que de la science positive . Les travaux y gardent un caractère personnel, les écoles s'y combattent, les discussions sur les notions élémentaires de valeur, d'utilité, etc. , y rappellent la scolastique. L'idée même d'étudier à parties phénomènes économiques n'est pas scientifique, puisque les diverses « séries sociales » sont solidaires, et que les lois particulières, en sociologie, dépendent des lois plus générales2. Il n'y a d'étude scientifique des faits économiques que si l'on s'est placé d'abord au point de vue de la sociologie. On ne peut pas plus isoler les lois qui régissent l'existence matérielle des sociétés qu'on ne peut représenter l'homme comme un être essentiellement calculateur, et poussé par le seul mobile de l'intérêt personnel.

Les mêmes objections portent, naturellement, contre les adversaires des économistes, puisque les socialistes et

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