CHAPITRE III L'idée d'humanité
Il n'y a rien d'absolu en ce monde : tout est relatif , écrivait Comte, dès 1818, à son ami Valat1. En fait, cependant, il existe une réalité suprême à laquelle toutes les autres se subordonnent, et dont l'idée est le principe d'une conception rationnelle du monde. Cette réalité, Comte l'appelle humanité. Au lieu d'être le terme ultime « en soi » de toute pensée et de toute action, elle en est le terme ultime « pour nous. » Mais cette différence signifie simplement que la philosophie nouvelle quitte le point de vue métaphysique pour le point de vue positif. Sous cette réserve, l'idée d'humanité « correspond » à l'ancienne idée d'absolu. Elle en occupe la place, elle en remplit le rôle religieux. Elle est vraiment, si l'on ose dire, un « absolu relatif. »
L'idée d'humanité se présente dans la doctrine de Comte sous plusieurs aspects successifs. Ou, pour mieux dire, le développement de son système a mis en lumière tour à tour différents attributs de ce « Grand-Etre. » Dans sa première carrière, Comte considère de préférence l'humanité comme objet de science ; dans la seconde, elle lui apparaît plutôt comme un objet d'ado-