Diiilûjiiei et frtgmtnlt philoiophtjnet, pp. 155-1TJ
faces submergées, la nature des sous-sols destinés à chaque race; et qui ont eu une influence si capitale sur la destinée de chacune d'elles. L'astronomie nous fait à son tour dépasser toute conception planétaire et arrive à un point de vue où la terre n'est qu'un individu dans un ensemble plus vaste; elle parle de l'époque où la terre n'avait pas son existence distincte, où elle était confondue avec le soleil, dont elle reçoit aujourd'hui toute sa vie. Et nous savons que le soleil n'est pas seul de son espèce, qu'il y a d'autres soleils, sans doute de même nature et assujettis aux mêmes lois que celui que nous connaissons. La chimie du soleil est la même que celle de la terre ; et l'analogie des étoiles fixes avec le soleil nous fait croire que la chimie que nous connaissons s'y applique également. La chimie nous fait donc atteindre une époque de l'histoire où la distinction des systèmes du monde n existait pas, au moins dans certaines régions de l'espace; elle est l'histoire de la fondation de la première molécule. La physique mécanique va encore au delà de la chimie ; elle nous transporte dans un monde composé d'atomes purs, ou, pour mieux dire, de forces dénuées de toute qualité
SO LA PHILOSOPHIE D'EriNEST RENAN
chimique; la gravitation a dû être quelque chose d'antérieur aux réactions chimiques. Nous arrivons ainsi au point où notre raison s'abîme, où toute science s'arrête, où les analogies se taisent, où les antinomies de Kant se dressent en barrières infranchissables.
Relisez ce tableau des sciences en commençant par la physique mécanique ; le spectacle auquel vous assistez est bien celui qu'annonçait F Avenir de la Science : une différenciation toujours plus grande d'un principe d'abord homogène. Celte évolution, voilà ce qui est. N'est-elle pas la manifestation d'un nisus intime, d'un effort vers le mieux, vers la vie toujours plus développée? Qu'on appelle comme on voudra ce principe immanent, il devient toujours plus conscient et plus réel. — « De qui donc est cotte phrase » : « Dieu est immanent, non seu- » lemenl dans l'ensemble de l'univers, mais dans » chacun des êtres qui le composent, seulement » il ne se connaît pas également dans tous. Il se » connatl plus dans la plante que dans le rocher, » dans l'animal que dans la plante, dans l'homme ■ que dans l'animal, dans l'homme intelligent que
il. m-, l'homme borné, dans l'homme de génie .- que dans l'homme intelligent, dans Socrate que
VUES MÉTAPHYSIQUES Si
» dans l'homme de génie, dans Bouddha que dans » Sociale, dans le Christ que dans Bouddha? » Voilà la thèse fondamentale de toute notre théologie. Si c'est bien là ce qu'a voulu dire Hegel, soyons hégéliens1. » La perfection de Dieu sera donc au terme de l'évolution, quand la conscience aura tout pénétré : « Dieu alors sera complet, si l'on fait du mot Dieu le synonyme de la totale existence. En ce sens, Dieu sera plutôt qu'il n'est; il est in ficri, il est en voie de se faire*. » Si l'histoire nous montre uniquement une différenciation progressive des ôtres, elle doit faire sortir les réalités les unes des autres, supprimer les solutions de continuité, en particulier la plus grave, celle qui créerait un abîme entre la matière et la pensée. L'Avenir de la Science contient déjà cette conception. Celle-ci est essentielle à Renan ; si elle prend souvent une forme spinoziste, c'est que cette forme lui convient mieux qu'une autre, sans être cependant une conclusion obtenue selon la méthode de Spinoza : « L'ancienne hypothèse de deux substances accolées pour former l'homme, hypothèse qui doit être maintenue pour la commo-