Ibid., p. 3'jj
116 LA PÏ1IL0S0PHIE D'ERNEST RENAN
Aussi ne dure-t-il pas longtemps. Rouan écrit Y Avenir de la Science pendant les deux derniers mois de 1848 et les quatre ou cinq premiers mois de 1849. Presque aussitôt après, il est chargé d'une mission en Italie : « Ce voyage, qui dura huit mois, eut sur mon esprit la plus grande influence. Le côté de l'art, jusque-là presque fermé pour moi, m'apparut comme radieux et consolateur... Presque toutes mes illusions de 1848 tombèrent, comme impossibles. Je vis les fatales nécessités de la société humaine ; je me résignai a un état de la création où heaucoup de mal sert de condition à un peu de bien, où une imperceptihle quantité d'arôme s'extrait d'un énorme caput mortuum de matière gâchée. » Puis vient le coup d'Etat, Renan voit le peuple « accueillir d'un air narquois les signes de deuil des bons citoyens ». C'en est fait de cet optimisme qui l'a porté à croire que les foules peuvent avoir accès à la raison et k la conscience. Enfin, peu à pou il s'aperçoit que « la culture intensive, augmentant sans cesse le capital des connaissances de l'esprit humain, n'est pas la même chose que la culture extensive, répandant de plus en plus ces connaissances * ». L'universalisme démocratique n'aboutit donc pas nécessairement à une manifesta* tion plus grande de L'esprit.