‹ La philosophie d'Ernest RenanChapitre 55 sur 127 · Essais de Morale et de Critique, p · texte numérisé non relu

Essais de Morale et de Critique, p

2. Ibid., p. x. — On a attribué aux événements de 1S71 une actiOD énorme sur l'esprit de Renan. Cette action a été réelle. Elle nous a valu plus d'une page du livre de L' Antéchrist : l'historien a écrit le récit des derniers jours de Jérusalem sous l'obsession de ce qu'il a vu pendant lus deux sièges de Paris. Elle explique ce qu'il y a souvent de brutal dans les rêves de théocratie scientifique que développent les Dialogues. Elle a sans doute rendu défi-

Ces Lignes de 1859 condensent tous les reproches que Renan no cessera d'adresser à la Révolution. « Les immortels principes » ne pouvaient point ne pas engendrer de funestes conséquences, car ils méconnaissent la primauté uV l'esprit et rendent la société impossible en poussant à la rigueur les idées de justice distributive à l'égard des individus. Renan reviendra jusqu'à satiété sur cette idée : « La vie humaine deviendrait impossible, si l'homme ne se donnait le droit de subordonner ranimai a ses besoins ; elle ne sérail guère plus possible, si l'on s'en tenait à cette conception abstraite qui fait envisager tous 1rs hommes comme apportant <mi naissant un même droit a la fortune et aux rangs sociaux. Un tel état de choses, juste en apparence, sérail la fin de toute vertu '. •• tyant renoncé, en morale, à l'impératif catégorique, le penseur rompt, en politique, avec l'idée du droit La vertu, quand elle existe, se réduit à l'altruisme

nllifs l'écroulement de quelques rém I celui

d idéalisme moral. Mali Renan n'a pas attendu ii Commune pour rompre i\> c l'esprit de la Ri rolutl n. Lespagei de la Réformé inlellet tuellê et morale qui ronl êti e citéi ■ a»al< nt p uru, dèi il m» la Revue de» Deux-Monde», ions ce Litre la Monarchie cônetilutionnelle ■ •■.

1 / /• rme intellectuelle rt vwrale de la France, p.

et la pratique du bien consiste à penser, à agir, à souffrir au besoin pour les autres. Il faut donc admettre la diversité des dévouements et par suite des destinées : il y a des hommes qui sont faits pour l'exaltation des autres, tout au moins pour la perfection de l'œuvre commune. Notre suprême désir, si nous sommes raisonnables, c'est que L'esprit soit ; il s'épanouit dans les grands hommes, une conclusion est donc forcée : « La fin de l'humanité, c'est de produire les grands hommes. » Or l'observation montre que celle merveille de la création n'apparaît qu'à certaines conditions : « Un savant est le fruit de l'abnégation, du sérieux, des sacrifices de deux ou trois générations; il représente une immense économie de vie et de force. Il faut un terreau d'où il sorte. . . L'essentiel est moins de produire des masses éclairées, que de produire de grands génies et un public capable de les comprendre. Si l'ignorance des masses est nécessaire pour cela, tant pis1, o La nature est aristocratique; la philosophie doit l'être comme elle. La démocratie est en un mot l'antipode des voies de Dieu, puisque le but poursuivi parle monde, loin d'être l'aplatissement des sommets,

!. Di>i!ojues philosophiques, p. 1 0-2 et 103.

doit être au contraire de créer des dieux, dos êtres supérieurs, que le reste des êtres conscients adorera et servira, heureux de les servir : « Il esl à craindre que la population qui aura reçu l'instruction primaire, pleine de sotte vanité, ne veuille pas contribuer à entretenir une culture supérieure à la sienne '. »

Renan juge donc la proclamation des droits contraire aux intérêts sacrés de l'esprit. ■ Mettez tous les individus sur le même rang, avec des droits égaux, sans lien de subordination à une œuvre commune; vous avez égoïsme, médiocrité, isolement, sécheresse, impossibilité de vivre*. » Les droits positifs existent bien, si l'on veut ; mais ils sont déterminés par la lin de chaque individu et celle-ci Test à son tour par la place Bociale qu'occupe chacun et par le rôle qu'il joue. La vertu consiste à accepter sans murmure la situation qui nous est faite et, lu, à nous sacrifier à L'ensemble; le mal consiste en des protestations injustes: «Le démocrate traite de dupe le paysan d'ancien régime qui travaille pour ses nobles, les aime et jouit do la haute existence que d'autres mènent avec ses

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