‹ La philosophie d'Ernest RenanChapitre 56 sur 127 · Dialogues philosophiques, pp · texte numérisé non relu

Dialogues philosophiques, pp

2. La Réforme intellectuelle et m< raie Je la France, p. 217.

sueurs... Dans l'état actuel de la société, les avantages qu'un homme a sur un autre sont devenus choses personnelles et exclusives : jouir du plaisir ou de la noblesse d 'autrui paraît une extravagance, mais il n'en a pas toujours été" ainsi. Quand Guhbio ou Assise voyait passer en cavalcade la noce de son jeune seigneur, nul n'était jaloux. Tous alors participaient de la vie de tous : le pauvre jouissait de la richesse du riche, le moine des joies du mondain, le mondain des prières du moine ; pour tous, il y avait l'art, la poésie, la religion. Les froides considérations de l'économiste sauront -elles remplacer tout cela • ? »

La civilisation consiste à faire émerger du terreau humain des fleurs exquises. Elle est donc l'œuvre d'une minorité, nobles et prêtres, qui l'ont imposée par ce que les démocrates appellent force et imposture ; la conserver est aussi une œuvre aristocratique. «Patrie, honneui , devoir, sont choses créées et maintenues par un tout petit nombre au sein d'une foule qui, abandonnée a elle-même, les laisse tomber... L'àme d'une na-

i. La Réforme inte'.lectttflle et murale de la France, p. 24G.

tinn ne se conserve pas sans un collège officiellement chargé de la garder'. » Comment concevoir, en France, la reconstitulion d'une oligarchie et son règne? Tantôt Renan rêve devant L'histoire, il se figure une de nos dynasties, il ne sait laquelle, en possession de son autorité, les classes «lirigeantes de nouveau dignes de ce nom, la foule disposée à acclamer ses chefs temporels e1 spirituels. Tantôt il imagine les officiers de notre armée territoriale devenant «les hobereaux de village et fondant une noblesse nouvelle*. D'autres lois il rejette les semelles de plomb qui le re-

tic nt sur le sol de la réalité. Il se représente

l'élite des êtres intelligents, maîtresse des plus importants secrets, dominant le monde el j faisant régner par la terreur le plus de raison possible. Ces oligarques auront a leur disposition des engins (pii. en dehors des mains savantes, seronl de nulle efficacité. Us posséderont les pouvoirs que l'imagination populaire prêtait autrefois aui sorciers, que les Hindous attribuaient aux brahmanes. Ils rétabliront, a leur usage, « l'enfer, mm pas un enfer chimérique, de L'existence duquel on n'a pas

1. /. i Réformt ii'dlfluelle et moral» Je la France, \> '2 Ibii , pp. '■-. 76,

de preuves, mais un enfer réel1.» Jeu d'imagination, évidemment. Mais ces amusements de philosophe sont Instructifs ; ils révèlent un état d'âme el ils ne sont pas sans conséquences pratiques. On commencera par abandonner la multitude à ceux qui la maintiennent dans l'ignorance :« Ne vous mêlez pas de ce que nous enseignons, de ce que nous écrivons, dit Renan à l'Église, et nous ne vous disputerons pas le peuple ; ne nous conteste/ pas notre place à l'Université, à l'Académie, et nous vous abandonnerons sans partage l'école de campagne *. » On comprendra ensuite qu'il ne faut pas s'occuper outre mesure de la moralisation des humbles : « La vertu rigoureusement correcte est une aristocratie ; tout le monde n'y est pas également tenu. Il faut que les masses s'amusent3. » Prospero l'avait déjà dit* et Métius le répète : « Chacun n'est obligé que dans la mesure de lumière qui lui a été octroyée. Le noble seul est tenu à l'intelligence et à la vertu. Le peuple a le droit d'être immoral. Je dis plus : la garantie:

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