‹ La philosophie d'Ernest RenanChapitre 8 sur 127 · SratMÎn d'enfance 't de jtuntut, pp. 2T.2-2G · texte numérisé non relu

SratMÎn d'enfance 't de jtuntut, pp. 2T.2-2G

faculté n'a point coutume de s'atrophier, et ce D'est pointant pas elle qui a fait la gloire de Renan. Nous découvrons en revanche dans cette promenade un jeune homme qui possède un incomparable esprit de finesse; il réussit merveilleusement dans ce qu'il appellera plus tard les enfantillages de l'éducation classique ; il a la joie de voir beaucoup de ses devoirs inscrits au cahier d'honneur de sa classe et, chose curieuse, la plupart de ses meilleurs travaux sont de fort jolies pièces de vers latins sur des sujets légers et badins ; il excelle à tourner élégamment de petites fables : le Papillon, l'A brille ou la victime de V envie, la Douairière et le petit Chat. Ce n'est pas lui qui nous a révélé ces succès, mais les cahiers d'honneur ont été conservés au séminaire et ils disent encore ce qu'était l'écolier. Ces triomphes poétiques, remportés dans la classe de seconde, sont significatifs. Renan, non content de n'en point parler, nous raconte qu'en rhétorique il ne laissa qu'un « renom douteux » el qu'il y perdit quelques rangs. Ce n'est point, comme il l'insinue, parce qu'il n'était point fait pour les travaux littéraires. La raison en est qu'il étiiil ;i ce moment sous l'influence du romantisme et que cria paraissait à son professeur contraire

au bon sens el aux traditions d'un goûl sain. « Le maître, raconte un condisciple et ami intime de Renan, nous amusa, en corrigeant un de ses discours. Il réussite blesser son amour-propre, il ne parvint pas à soumettre son jugement. Le révolté se raidit contre maîtres et condisciples...; il tourna tout l'effort de son travail vers l'histoire où, se trouvant en présence d'émulés moins préparés, il obtinl facilement 1»- premier rang. Voilà comment il a laissé un renom douteux en rhétorique '. » A- voir ce qu'il est devenu, nous ne sommes pas surpris par l'anecdote. Or un écolier qui possède un tel espril de Ûnesse doil avoir, par suite, une rare aptitude à tout comprendre d'un seul regard. Qu'il soil fail pour les sciences précises, rien ne le prouve ; mais lui, pourquoi en douterait il. quand il s'assimile avec i prodigieuse facilité lout ce 'i"i lui esl exposé el expliqué? Plus tard il \it dans l'intimité de savants acharnés a la poursuite des l<>i^ phj sico-chimiques mi physiologiques, il assiste a leurs causeries alors que, sortis de leurs laboratoires, ii> se laissent ail t a leur fantaisie ; <'t comme un pocte n'a p ■-

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besoin de longues sollicitations pour prendre son essor, il les suit dans leurs hypothèses aventureuses. Vous voudriez qu'au retour de ces excursions enivrantes il ne s'écrie pas : j'ai manqué ma vocation! Que Renan se soit enchanté de cette pensée et qu'il ait été parfois mordu d'un regret, il faudrait être béotien pour s'en étonner. Mais que l'esprit de finesse puisse remplacer l'esprit géométrique, qu'une intelligence alerte, subtile, apte à tout pénétrer, soit par cela même une intelligence d'expérimentateur méthodique, il est permis d'en douter sans manquer de respect à personne. D'autre part, combien instructive est cette illusion si chère à Renan ! Elle nous le montre sans cesse sollicité par les éludes auxquelles il ue s'est pas consacré, porté à croire, en vertu d'une illusion d'optique, qu'elles sont les études essentielles; et comme il ne les a regardées que d'un peu loin, comme il n'a pu en pénétrer les méthodes rigoureuses, il en ignore les limites ; il ne se répète pas que toute leur -ambition est de classer des faits et d'établir un certain nombre de lois, il leur conférera gratuitement le privilège de découvrir un jour le secrel de l'être; el ce qu'il appellera ses inductions scientifiques ne sera bon qu'à amusi r

les savants dans les heures de loisir où ils se reposent de leurs travaux précis en imaginant capricieusement le roman de la nature.

Tl y a dans une philosophie nuire chose qu'un système d'idées, il y a surfont la traduction d'un tour d'esprit. Nous avons vu quelles études Renan a laites à Saint-Sulpice et ce qu'il en a retiré; nous sommes encore loin (lavoir constaté tout cp ([u il doil à sa première éducation.

Catholique sincère ••! Qdèle, il professail au séminaire la foi en une autorité infaillible. Au lendemain de sa crise, il n'a pas cessé de croire qu'uni' croyance religieuse De saurai! se passer d'une garantie extérieure. Quand il lisait pour la première fois des livres allemands, il leur trouvait, avec un parfait esprit critique, un esprit m hautement religieux <iu'il croyait entrer dans un temple : « J»1 regrettais, par moments, dit-il, de n'être pas protestant, afin de pouvoir être philosophe sans cesser d'être chrétien. Puis je reconnaissais qu'il n \ s que les catholiques qui soient

L'INFLUENCE DE SAINT-SULPICE 2o

conséquents. Une seule erreur prouve qu'une église n*est pas infaillible ; une seule partie faible prouve qu'un livre n'est pas révélé... Je voyais parfaitement que ces messieurs de Saint-Sulpice avaient raison de ne pas faire de concessions, puisqu'un seul aveu d'erreur ruine l'édilice de la vérité absolue et la ravale au rang des autorités humaines, où chacun fait son choix, selon :on goût personnel'. » Peu de temps après sa sortie de Saint-Sulpice, il écrit à M. l'abbé Cognât, son plus intime ami : « Je ne suis pas, mon cher, de ceux qui prêchent sans cesse la tolérance aux orthodoxes ; c'est là pour les esprils superficiels de l'un et de l'autre parti la cause d'innombrables sophismes... Tout ou rien, les néo-catholiques sont les plus sots de tous *. » Il n'insinue même pas en 1882 que le raisonnement de sa jeunesse nVtait peut-être pas rigoureusement exact; alors encore il le croit vrai, et il pose un dilemme : ou la foi aveugle sans tentative d'examen, ou le scepticisme complet si l'examen dévoile une seule lissure. L'autorité est ou n'est pas absolue ; et si elle n'est pas absolue, elle n'est rien. On peut perdre

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