‹ La philosophie de Charles RenouvierChapitre 38 sur 182 · Premier Essai, t. I, p · texte numérisé non relu

Premier Essai, t. I, p

LES CATi:r,OUIES 91

la relation n'est pas accidentelle, tonte contingente et provisoire, c'est (le définir les lois premières de la représentation. « Construire le système des rapports générai x des phénomènes, élever un édifice dont ces rapports déterminent les lignes principales, si bien que les faits connus ou à connaître y aient tous leur place marquée on supposée, c'est le problème général de la science (critique). Les rapports et les lois sont les seuls objets de la connaissance; ils ne sont donnés que dans la représentation ; la représentation elle-même, en tant qu'expérience, se règle par des lois que, en tant qu'expérience, elle vérifie et ne donne pas ; dans les lois générales de la représentation sont les premiers éléments que l'architecte de la science ait à mettre en œuvre, et le plan de l'édifice demandé résulterait de l'ensemble coordonné de ces rapports généraux que nous appelons des catégories. »

Comment Renouvier va-t-il procéder pour dresser cette table des catégories, qui est la pièce maîtresse d'une philosophie critique? Kant voulait un tableau vraiment systématique ; dédaigneux d'un empirisme qui ne permet jamais de se prononcer définitivement sur la valeur des résultats obtenus, il exigeait du philosophe une classification des lois premières de la pensée fondée sur un principe qui en permet la vérification et en établit le bien fondé. Renouvier reproche à Kant cet effort pour faire la preuve directe de son tableau des catégories et pour l'imposer par une sorte de nécessité logique. Selon lui, les catégories sont dans l'expérience comme dans une synthèse confuse, il n'y a pas à les rattacher à une nécessité intellectuelle, on ne peut que les dégager par l'analyse et par la rétlexion. L'œuvre se fera en quelque sorte par tâtonnement, elle trouvera sa garantie dans la sincérité du philosophe, dans la confirmation de l'expérience, elle se jugera par ses résultats. Pour nous aider dans ce travail d'analyse, nous n'avons qu'un critérium de distinction des catégories : « On reconnaîtra que deux catégories sont

irréductibles l'une à l'autre à ce signe que tout sujet de l'une, pour être affirmé du sujet de l'autre, exige un jugement synthétique intermédiaire. » Soit le nombre et l'étendue : l'analyse de l'étendue ne saurait donner sa mesure numérique ; cette opération requiert un jugement synthétique par lequel nous ajoutons le prédicat nombre au sujet étendu ; nous distinguerons donc la catégorie du nombre de la catégorie de l'étendue. Quelle sera enfin la preuve qu'on ne s'est pas trompé ? Quelle sera la garantie de vérité? Le succès même, l'aveu des autres hommes qui reconnaîtront leur propre pensée dans ce tableau de la pensée. « Au philosophe qui présente un système de catégories il ne faut pas demander des démonstrations à proprement parler. Son œuvre est-elle un tableau de l'esprit humain ou le produit d'une fantaisie individuelle ? Que le juge intruise, délibère, prononce. Tout homme est juge, tout fait bien constaté est juge. Les vérités de l'ordre le plus général ne se prouvent pas, elles se vérifient. » Ainsi ce qui juge le système des catégories, c'est l'absence d'objection à lui faire, c'est son accord avec l'expérience dont la réflexion l'a dégagé. « Je n'attache à l'ordre des lois de la représentation qu'une valeur empirique et j'ignore comment je pourrais faire autrement. On aura donc à se demander si cet ordre est satisfaisant de lui même et si le contenu de la représentation y est vraiment épuisé. A une telle question le fait seul peut répondre. » En un mot c'est à la conscience individuelle que Renouvier laisse le soin de décider par son adhésion ou son refus du succès ou de l'échec de sa tentative.

Par l'analyse réllexive, appliquée à la synthèse confuse de l'expérience, Renouvier en vient à dégager neuf catégories, neuf lois primordiales, irréductibles, neuf lois constitutives de la représentation et par suite du monde qui ne nous est donné qu'en elle. Chacune de ces catégories se pose par thèse, antithèse et synthèse.

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