‹ La philosophie de Charles RenouvierChapitre 97 sur 182 · Essai de psychologie, t. II, p · texte numérisé non relu

Essai de psychologie, t. II, p

vérifiées d'une manière parliculière, répétée, indéfinie,

I ^z*''^'''^ jcimais définitive et totale, gardent toujours quelque chose

^ri.^^i/^ d'iîvpotlîélique. « En résumé, l'évidence, pour ne point

^ ^Aexclure un mot qui nous est si naturel, convient au rai-

j/^*^ \ ' ^onnement, non à la raison; à l'application des catégories

^/ jf(^M fonctions de l'entendement, non à la position même

M de ces choses en général ; à la constatation des faits, non

à celle de l'universalité et de la pei'péluité des lois qui les

régissent; à la distinction des individualités sensibles,

non à la détermination de leurs caractères intrinsèques;

aux sensations, non à ce qu'on appelle la perception du

monde extérieur ^ »

Ce qu'on demande à l'évidence c'est la nécessité d'une vérité impersonnelle, irrésistible, qui impose l'accord à tous les esprits. Or si la théorie, à la prendre en ellemême, n'est ni claire, ni conforme à la réalité, est-elle assez démentie, assez niée par les faits ! Renouvier s'étonne que les philosophes puissent à ce point oublier l'histoire de la philosophie qui, à toutes les époques, dans tous les temps, dans tous les lieux, nous montre comme une sorte de loi, la divergence, l'opposition des systèmes-. Peut-on négliger un fait aussi important que le scepticisme? « L'école pyrrhonienne est la preuve vivante du rôle de la volonté dans la certitude'' ». Singulière lumière que celle à laquelle on devient aveugle à son gré ! Oii est cette nécessité à laquelle nul ne résiste '? Qu'on prenne les vérités les plus familières, les plus naturelles, les plus communes, et qu'on en cite une seule qui n'ait point

■1. Essai de psychûlofjie, l. II, p. 247.

2. « Comment peut-on espérer mettre fin au scandale que causent au monde ces écoles toujours les mêmes, se livrant les mêmes combats avec les mêmes arguments, ou des arguments à peine rajeunis, répétant les mêmes assertions d'évidence et de science d'un côté, d'illusion et d'absurdité de l'autre, et qui fait en un mot ressembler le camp de la philosophie à une maison d'aliénés? N'est-ce pas en avouant la liberté, source des grandes dissidences, en la respectant chez les autres, en en faisant le meilleur usage possible, l'usage qu'on estimera le plus rationnel et le plus moral ? » Année philosophkjue, 1867, p. 91.

Z. Essai depsycliologie, t. II. p. 200.

élé mise en doute. « Croyance el possibilité de douter sont des termes concomitanls, comme, de l'autre côté, évidence et impossibilité dedouter'. » Qu'on énumère les principes dont il n'a pas été possible à quelques penseurs de douter, pour que nous définissions les frontières de l'évidence. L'existence du monde extérieur a ses adversaires, les sciences mathématiques ont eu leurs sceptiques; le principe de causalité donne lieu à des interprétations contraires qui en changent complètement le sens et la valeur; il n'est pas jusqu'au principe de contradiction dont la valeur objective n'ait été contestée et dans l'antiquité (Mégariques) et chez les modernes : « la logique objective de Hegel est l'exemple le plus complet de l'étendue de ce qui peut être entrepris contre la croyance^ et, corrélativement, de ce ({vàpeut être demandé à la croijance sous le titre usurpé de l'évidence ou de la certitude' ». Nous cherchons en vain les vérités impersonnelles, nécessaires, les lumières qui n'ont vacillé en aucun esprit. Proclamer sans justification que la certitude naît de l'évidence, que l'évidence est la lumière naturelle qui éclaire tout esprit dès qu'elle le rencontre, c'est se payer de mots, c'est oublier la grande philosophie sceptique, pour laquelle on a été si injuste toujours^; c'est, au milieu des dissensions qui séparent les écoles et les sectes, s'entêter dans l'affirmation d'un accord nécessaire des esprits que l'expérience montre impossible et chimérique^

En fait il n'y a pas de vérité nécessaire, acceptée par tous, qui n'ait trouvé ses négateurs; en droit, il n'est pas de connaissance qu'il ne soit possible, comme Hume l'a fortement établi, de rendre douteuse par la réfiexion appliquée aux opérations de l'esprit qui ont servi à l'acquérir. Toute connaissance qui dépasse le fait immédiat de conscience, implique la perception des sens, la

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