‹ La Philosophie de Charles SecrétanChapitre 21 sur 90 · Discours laïques, p · texte numérisé non relu

Discours laïques, p

o2 LA PHILOSOPHIE DE SECRÉTAN

ne saurait satisfaire aax besoins de notre nature et n'explique point notre conscience.

Secrétan n'admet pas ce dilemme ; aucune des deux alternatives ne lui parait satisfaisante. L'oliligation morale, dit-il, est tout ensemble un ordre péremptoire et l'expression de notre nature; c'est ce que l'hypothèse de la création fait aisément comprendre en assignant la même volonté pour origine à la loi morale et à notre nature. « Supposez qu'il y ait réellement un Dieu, supposez que vous soyez une créature de Dieu, et voyez comment les choses se présenteront de ce point de vue : Dieu, qui est par supposition l'auteur de la loi morale, est aussi par supposition l'auteur de votre nature primitive, essentielle. Pourquoi différeraient-elles Tune de l'autre, et comment pourraient-elles se contredire?... Demander que la volonté se donne la loi à elle-même est une exigence contradictoire, si Ton entend parler de la volonté individuelle. Le libre arbitre ne saurait prescrire la loi, il ne peut que la suivre: c'est la raison qui dicte des lois à la volonté, et cette raison, c'est la loi de Dieu en nous, cette raison, c'est, en dernière analyse, la volonté de Dieu qui nous constitue... Ainsi la conscience morale manifeste réellement ce qui fait le fond de notre être, précisément parce qu'elle est la voix de Dieu parlant en nous, l'intime révélation de Dieu, que les révélations extérieures, historiques de sa volonté ne sauraient avoir pour objet que de redresser et d'affermir. Piaison pour nous, volonté en Dieu, la loi que la conscience révèle est lacté même de Dieu qui constitue la substance et le fond de notre être... La conscience est à la fois un commandement intime à nous et supérieur à nous, parce que nous

sommes des créatures, et que la créature ne subsiste que par le Créateur et dans le Créateur. Le fait de la création s'atteste en nous par le fait de la conscience, attendu que hors de la création il est impossible d'expliquer le fait de la conscience sans le dénaturer d'une manière ou d'une autre '. »

Notons que Secrétan, qui rapporte, en nous, la loi morale à la raison, qui la juge dictée par la raison à la volonté, ajoute que cette raison est, en nous, la volonté de Dieu. Raison pour nous, volonté en Dieu! Il ne dit pas : Raison pour nous, raison en Dieu. Sur ce point sa pensée n'a pas varié. Il l'exprime dans le Principe de la morale avec la même force que dans les Discours laïques :

« La perception du devoir est un motif d'action, une impulsion qui se produit dans une direction déterminée. Cette impulsion vient d'une force; cette voix intérieure qui commande est l'expression d'une volonté. Kant l'a compris; il appelle autonomie delà volonté ce que d'autres nommeraient, d'un mot peutêtre moins profond, mais plus clair en apparence, autonomie de la raison. Cette volonté qui agit en moi sans être pourtant, je le sais trop bien, ma volonté particulière et personnelle, cette volonté qui pèse sur la mienne et qui prétend lui commander, je crois qu'elle pèse aussi sur mes semblables, une voix pareille à celle que j'entends intérieurement leur parle aussi, et leur tient le même langage. D'où vient cette voix? Une puissance agissant intérieurement, une volonté commune aux divers individus, distincte des individus, supérieure aux individus, qui a le bien

< . Discours laïques, p. 307.

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moral pour objet et dont la portée est universelle, quel nom lui donnerons-nous? La langue n'en fournit pas deux. Aussi bien la critique a beau s'en défendre, Dieu et le devoir sont 1 objet des mêmes antipathies, l'un et l'autre surnaturels aux yeux d'un phénoménisme conséquent en ses visées. Ainsi Tobéissance à Dieu est l'idée même de la morale : toute morale est religieuse, pour nous c'est un point démontré '. »

Secrétan oppose ici morale religieuse à morale indépendante. L'idée de Dieu, que l'on s'en rende ou non compte, entre dans l'idée de devoir et n'en peut être logiquement séparée : voilà ce qu'il veut dire par le mot religieuse; rien de plus. Il n'entend pas sortir du domaine de la philosophie. La morale religieuse qu'il affirme est morale de raison, non d'autorité. Elle ne consiste pas dans l'observation de préceptes extérieurs à nous, consignés dans un document écrit ou formulés par des hommes qui prétendent posséder un titre spécial à cet effet. Une législation pareille ne répondrait pas à nos besoins. « Elle pourrait émaner d'un usurpateur du monde, elle répugne à l'idée d'un Dieu créateur. Non, suivant un théisme intelligent, l'auteur de la loi morale est aussi l'auteur de l'être que nous sommes appelés à réaliser par l'obéissance à cette loi, et la promulgation de la loi se confond naturellement avec la création même, quelle que puisse être la durée du temps requis pour arriver à l'entendre, en d'autres termes, quel que puisse être le temps que l'humanité met à se former. Pour la pensée religieuse, notre nature est l'expression delà volonté qui nous donne l'être. Obéiràl'ordre

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