‹ La Philosophie de Charles SecrétanChapitre 30 sur 90 · La Raison et le Christianisme, p · texte numérisé non relu

La Raison et le Christianisme, p

pas même difficile et nous aurions peine à compter les habiles gens qui s'en sont avisés. Chacun peut, s'il lui plaît, dire et croire que le devoir est une chimère. Non, ce qui fait la certitude supérieure, originale, du devoir et le vrai fondement de toute certitude, c'est simplement qu'il est le devoir. On peut le mettre en question, mais on ne doit pas le faire, voilà tout le secret '. »

« Le doute sur l'autorité de la loi morale est condamné par la loi morale elle-même-. »

Si c'est un devoir de croire au devoir, c'en est un également de croire atout ce qui se déduit ou s'induit du devoir. A coté de l'obligation se place la liberté, comme objet de croyance obligatoire. Secrétan ne manque pas de l'y joindre. Sil vote librement comme il dit, pour la liberté, cette option n'est pas, à ses yeux, une préférence d'attrait ou d'intérêt; il la juge libre, parce qu'elle lui paraît obligatoire, «i Nous sommes moralement tenus de croire au libre arbitre, ou du moins, pour nous borner au strict nécessaire, nous sommes tenus de nous diriger d'après la croyance au libre arbitre dans la conduite de la vie, ce qui n'oblige pas absolument à l'affirmer comme thèse métaphysique, mais ce qui en interdit la négation ^. »

Et ce n'est pas seulement la croyance au libre arbitre qui, d'après ce raisonnement, est obligatoire ; ce sont encore toutes les convictions suis lesquelles nous ne pouvons nous expliquer le fait de la con-

1. La Philosophie de Victor Cousin, p. 21. ■2. Précis élémentaire de philosophie , p. 128. 3. Le Principe de la morale, p. 131.

science morale, en lui conservant sa valeur propre. On viole la loi morale, et en consentant à des théories avec lesquelles elle est incompatible, et en rejetant des croyances qu'elle postule. « Le caractère d'autorité inhérent à la loi morale appartient également à toutes les convictions pratiquement liées à cette loi et qui ont pris pour nous une valeur morale : sans prétendre qu'il ne puisse s'y mêler aucune erreur, nous sentons l'obligation de les maintenir, de nous en pénétrer, d'y croire; et nous y croyons réellement, du moins dans la mesure où notre conviction se réfléchit dans notre vie '. );

Ainsi les postulats de la loi morale deviennent, comme celte loi, objets de croyance obligatoire. C'est un caractère que ni Kant ni Fichte ne leur avaient donné. Et au nombre des postulats il faut mettre, comme l'a fait l'auteur de la Deslinatxon de l'homme, la réalité du monde extérieur. Si le devoir est réel, a dit Fichte, il faut qu'il y ait d'autres êtres que moi. Donc, ajoute Secrétan, c'est un devoir de croire à l'existence de ces êtres, à l'existence du monde, si c'est un devoir de croire à la réalité du devoir. L'idéalisme égoïste est immoral, a La loi morale implique la réalité du monde, puisque si le monde, si la pluralité des êtres hors de nous était notre création, notre activité dans ce monde serait elle-même imaginaire. C'est donc l'obligation morale qui légitime en dernier ressort notre confiance indestructible, mais inexplicable, dans l'objectivité du phénomène sensible... Si le doute sur la réalité des objets de la perception sensible était possible, il serait condamné par la loi du

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