Le Principe de la morale
l'avouer, quelque dépit que nous en puissions ressentir '. »
Libres et parties d'un tout, il faut que notre devoir exprime ce double aspect de notre nature. D'où l'énoncé final du principe : « Je dois me vouloir moimême, je dois me réaliser, je dois me conduire comme élément libre d'un tout. » Ou autrement : « Je dois chercher ma réalisation, ma vérité, mon bien propre, dans la réalisation, dans la vérité, dans le bien du tout ^ »
Mais Tindividualisme, qui fait de chaque homme un être distinct et complet, une création spéciale, est-il vraiment condamné par l'expérience? Est-il vraiment incompatible avec ce qu'elle nous apprend des liens qui unissent les hommes les uns aux autres : ces liens sont-ils de telle nature qu'ils impliquent la subordination de l'individu à l'espèce humaine, envisagée comme un être réel, dont l'individu n'est qu'une partie?
Oui, certes, répond Secrétan : « Contester la subordination de l'existence individuelle à celle de l'humanité, c'est renier son père et sa mère ; poser l'individu comme un tout complet, c'est efîacer les sexes; en faire une création spéciale, sans se souvenir que cette série de créations forme le développement continu d'une même vie, ce n'est pas seulement statuer le miracle en permanence, c'est fermer les yeux de parti pris sur tous les phénomènes de l'hérédité. Pour rester non pas soutenable, mais seulement intelligible, un tel point de vue exige une séparation