‹ La Philosophie de Charles SecrétanChapitre 39 sur 90 · e Principe de hi morale, p · texte numérisé non relu

e Principe de hi morale, p

tout ce que font nos semblables, que l'histoire des générations passées est la nôtre et que nous nous devons à nos successeurs. Celui qui aurait entièrement étouffé ces instincts se dessécherait dans un affreux égoïsme. Celui qui les a conservés, en revanche, celui qui les reconnaît comme des faits, et qui s'entête dans une théorie incapable de leur faire place, un teL esprit, quelque honnête qu'il soit, n'a peut-être pas qualité pour discuter les objets qui nous occupent. Pour isoler l'individu de l'humanité, il faudrait déchirer l'individu lui-même ^ »

C'est la conscience morale qui élève la plus sérieuse objection contre l'unité substantielle de l'espèce. Estce que cette unité est conciliable avec la liberté et la responsabilité des individus? Si les individus sont réellement libres et responsables, ils sont réellement distincts et séparés, et il ne faut pas parler d'unité de substance. Entre l'impératif moral, qui atteste la liberté et la responsabilité des individus, et la raison spéculative, qui ùte à l'individu toute réalité en Fabsorbant dans l'unité de l'espèce, il faut choisir. La raison spéculative, qui ordonne de chercher l'unité de la pensée, et qui ne trouve l'unité de la pensée que dans l'unité de l'être, ne permet de voir que des illusions dans la liberté et la responsabiUté des individus. L'impératif moral, qui nous oblige d'affirmer une pluralité d'individus libres et responsables, ne permet de voir dans la solidarité qu'un phénomène accidentel et passager. Pour qui croit vraiment à l'impératif moral, c'est la solidarité qui est la forme, c'est l'individualité qui est le fond.

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