Le Principe de la morale, p
2. Lettre adressée au directeur de la Revue des Deux Mondes et publiée dans la Critique philosophique (T* série, t. XVII, p. 3.j3).
suivre en paix son but, le bien positif par la persuasion, par la libre association religieuse, par l'Église, organisation de pure spontanéité. « Il faut que l'individu soit but dans l'État pour être moyen dans l'Église. » 11 doit être dans l'Église moyen de l'unité religieuse et spirituelle, comme il est, dans la nature, moyen de l'espèce.
Si l'individu n'est un but ni dans la nature ni dans l'Église, c'est qu'il n'est pas en réalité un but pour Dieu. La justice divine s'applique à l'espèce, à l'bumanité, parce que l'bumanité est « l'unité supérieure, le sujet moral par excellence ». On ne la conçoit qu'en transportant à l'humanité le droit ds l'homme individuel. Ainsi se justifie le gouvernement divin; ainsi se concilient le droit et le fait, l'ordre moral et l'ordre naturel.
« La justice du créateur est manifestée dans son ouvrage pour qui comprend à quel sujet s'applique naturellement une telle justice. L'objet de la justice doit être un but pour lui-même. Le seul être compris dans le champ de l'expérience auquel cette détermination semble appartenir, c'est l'humanité. Eh bien, la condition de l'humanité est parfaitement conforme à la justice, attendu qu'elle est son propre ouvrage. La notion dejuslice s'obscurcit en revanche et s'évanouit à nos regards lorsqu'on essaie de l'appliquer aux destinées individuelles; mais, dans l'ordre général du monde, l'individu n'est pas un but. Il a droit à la justice de la part de ses semblables, mais peut-être n'a-t-il pas de compte à demander à Dieu. Dieu ne compte pas avec l'individu; il fait mieux, il lui accorde la faveur de pouvoir se rendre utile. Quand la pratique assidue d'une loi qui constitue
l'intime fond de notre nature nous aura donné l'habitude de regarder toujours à lensemble et jamais à nous pris isolément, du même coup nous aurons délié — ou tranché — le nœud vital de la théodicée. Il défie tout autre procédé, il se rit de tout autre effort. Il faut être dans la vérité pour apercevoir la justice. C'est ainsi que nous entendons la parole des stoïciens suivant laquelle il n'existe plus aucun mal pour celui qui observe la loi naturelle '. »
On voit que l'unité substantielle de l'espèce offrait à Secrélan de précieux avantages. Il y trouvait, avec le principe de la morale concrète, la solution du problème de la théodicée. Elle résolvait ce problème d'une manière très simple, en le supprimant, c'està-dire en niant que, pour Dieu, l'individu fût, comme tel, sujet de droits, c'est-à-dire qu'il y eût entre Dieu et la personne humaine rien de ce que nous appelons rapport de justice.