‹ La philosophie de Charles Secrétan [microform]Chapitre 29 sur 70 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

la raison consiste dans cette obligation même. La raison nous apprend encore que, pour découvrir l'art de la vie, il faut savoir ce qu'est la vie; la raison nous impose donc le devoir d'en acquérir la connaissance. En un mot la raison nous dit que notre conception du devoir est solidaire de notre conception

du monde ^ »

Ainsi le principe de la morale doit comprendre, avec ridée pure du devoir que donne la raison, un élément expérimental auquel s'applique l'idée du devoir. Le philosophe fait ici entendre en quelques mots, ce qu'il explique ailleurs, que ce devoir vide, volonté pure, antérieure à l'expérience, état initial et fond de l'esprit, révèle la création du monde, la divinité de notre nature et de notre origine. Il ne peut admettre que l'on s'arrête à l'impératif sans chercher à s'en rendre compte. (( Je dois, c'est je veux par opposition à je désire; c'est le je veux de la liberté. Que si donc on est curieux d'informations sur notre nature et sur notre origine, on fera bien de sonder les terrains tertiaires et de mesurer les crânes de Néanderthal; mais il ne faudra pas négliger non plus d'interroger cet universel préjugé du devoir. » — Il s'agit de comprendre le sens divin de cette mystérieuse volonté qui est le devoir comme opposé au désir. — « Les penseurs qui, dans le dessein louable d'échapper à la contradiction, font sortir du néant sine causa le monde phénoménal, pourraient bien contester en paroles le devoir, qu'ils respectent dans la pratique; mais si, voulant le laisser

à sa place, ils essaient de l'expliquer, ils trouveront

MORALE

la tâche assez difficile *. » Devoir, c'est volonté; volonté, c'est Dieu; si le monde ne procède pas d'une cause-volonté, le devoir est inintelligible.

Indispensable à toute morale quelconque, la croyance à la réalité de l'obligation ne se démontre pas, mais s'impose moralement; d'où cette belle formule : Je dois croire au devoir, a Je trouve en moi le sentiment de l'obligation; je rougirais d'en suspecter l'autorité. Ce sentiment est universel dans l'espèce, il est indispensable à l'établissement d'un art de la vie. Tout cela ne démontre pas que l'obligation soit réelle. On médit que, pour me savoir obligé de faire une chose, il faut que j'en aie constaté préalablement la possibilité. Je tiens au contraire que l'obhgation étant parfaitement certaine, c'est cette certitude de Tobligation qui me prouve la possibilité (essentielle) de m'y conformer. Qui clora ce débat? Personne. Non, je ne suis pas logiquement obligé de croire au devoir; mais j'y suis tenu moralement. Je l'alfirme et je passe ^ »

Secrétan attachait la plus grande importance à celte vue : que la croyance au devoir n'est pas une évidence logique, une nécessité intellectuelle, mais un devoir, donc un acte de libre choix; un acte libre, parce qu'il est obligatoire, mais obligatoire d'abord, non un simple acte de pari à motif arbitraire. Quoiqu'il ne l'ait pas, comme il l'aurait pu, fortifiée par l'analyse psychologique, en la rattachant à une théorie générale de la croyance, en montrant le rôle de la volonté dans le jugement, il convient, semble-t-il, de

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