‹ La philosophie de Charles Secrétan [microform]Chapitre 32 sur 70 · Le Principe de la morale, p. 13i · texte numérisé non relu

Le Principe de la morale, p. 13i

science morale, en lui conservant sa valeur propre. On viole la loi morale, et en consentant à des théories avec lesquelles elle est incompatible, et en rejetant des croyances qu'elle postule. « Le caractère d'autorité inhérent à la loi morale appartient également à toutes les convictions pratiquement liées à cette loi et qui ont pris pour nous une valeur morale : sans prétendre qu'il ne puisse s'y mêler aucune erreur, nous sentons l'obligation de les maintenir, de nous en pénétrer, d'y croire; et nous y croyons réellement, du moins dans la mesure où notre conviction se réfléchit dans notre vie *. »

Ainsi les postulats de la loi morale deviennent, comme cette loi, objets de croyance obligatoire. C'est un caractère que ni Kant ni Fichte ne leur avaient donné. Et au nombre des postulats il faut mettre, comme l'a fait l'auteur de la Destination de l homme, la réalité du monde extérieur. Si le devoir est réel, a dit Fichte, il faut qu'il y ait d'autres êtres que moi. Donc, ajoute Secrétan, c'est un devoir de croire à l'existence de ces êtres, à l'existence du monde, si c'est un devoir de croire à la réalité du devoir. L'idéahsme égoïste est immoral. «;( La loi morale implique la réalité du monde, puisque si le monde, si la pluralité des êtres hors de nous était notre création, notre activité dans ce monde serait elle-même imaginaire. C'est donc l'obligation morale qui légitime en dernier ressort notre confiance indestructible, mais inexplicable, dans l'objectivité du phénomène sensible... Si le doute sur la réalité des objets de la perception sensible était possible, il serait condamné par la loi du

i. Recherches de la méthode^ p. 16.

MORALE

devoir. Les dernières raisons de la logique ne se trouvent que dans la morale \ »

On voit si nous étions fondé à dire que toute la philosophie de Secrétan se rapporte à l'éthique. Elle ne forme, en réalité, qu'un seul et même édifice dont la base est le sentiment de l'obligation ; où l'on s'élève des principes moraux aux principes métaphysiques sous la direction de la conscience morale ; où les principes métaphysiques participent à l'autorité des principes moraux et prennent eux-mêmes indirectement le caractère d'impératifs. En d'autres termes, la morale de Secrétan s'élargit ou tend à s'élargir au point de comprendre sa métaphysique entière sous forme d'articles de foi obligatoire.

Le philosophe va maintenant nous dire comment on passe de l'élément rationnel à l'élément empirique de la morale. Par cela même qu'elle prescrit de croire au devoir, la raison prescrit d'en rechercher la matière. Si je dois croire qu'une règle s'impose à mon activité, je dois m'efCorcer de savoir en quoi consiste cette règle. Et c'est encore la raison qui dirige ma recherche.

ù devoir prouve à la fois le moi et le non-moi. Je dois, donc j'existe; je dois agir, donc il existe un objet d'action. Pour savoir comment je dois agir, il faut que je connaisse sujet agissant et objet d'action, ma nature et celle du monde.

« Je dois agir et je ne sais pas ce que je dois faire;

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