‹ La philosophie de Charles Secrétan [microform]Chapitre 63 sur 70 · Summa theologica^ part. I, quœst. x, art · texte numérisé non relu

Summa theologica^ part. I, quœst. x, art

OBSERVATIONS HISTORrQUES ET CRITIQUES 137

ajouter qu'il n'y a pas en elle de parties, pas de succession, pas de distinction de l'avant et de laprès ' D'où 11 suit que dans léternelle connaissance divine coexistent, réellement et également présentes, toutes les choses qui sont dans le temps '-.

Cette opposition essentielle de l'éternité et du temps ne peut, selon nous, résister à la critique. Oue restet-il d'intelligible dans l'idée d'éternité après^qu'on en a ote celle de temps ou de durée successive? Ne l'at-on pas vidée de tout contenu ? Mais la langue ellemême proteste contre la vanité de cette opération métaphysique? Qu'est-ce que c'est que cette éternité qui n'est pas composée de durées successives en qui n'entre pas l'idée de grandeur ou de nombre, qui diirere du temps par essence, parnature, qui n'a rien de commun avec le temps, sinon un mot dépourvu de sens? N'est-il pas évident que c'est avec l'idée de temps, de succession, que nous formons celle d éternité, et qu'à prétendre lélever, en quelque sorte, dans les nuages, au-dessus de notre constitution intellectuelle, on finit par ne plus s'entendre soi-même? N'est-elle pas contradictoire dans les termes mêmes cette éternité où l'on fait coexister les successifs?

On peut s'étonner qu'en cette question de l'éternité divine Secrétan ait suivi Boèce et saint Thomas plutôt que Duns Scot. Le Docteur Subtil s'en tenait à 1 éternité successive. Secrétan veut que Dieu soit eleve au-dessus du temps, soustrait à la loi du temps : U faut que l'éternité divine soit de telle nature que le

). Swmna Iheologica, part. I, quœst. x, art. 4. - tbid., part. I, quœst. xiv, art. 13.

monde n y puisse prétendre; il faut donc qu'elle soit intemporelle. (( La notion du temps est une abstraction de l'imagination, comme Kant l'a fort bien aperçu. Mais, sans se débarrasser tout à fait de 1 imagination, la raison en triomphe, ou du moins la contredit, elle a reconnu de bonne heure que Dieu ne saurait être soumis au temps.... Son existence n'est pas successive, mais simultanée, comme son intelhgence. 11 est à la fois tout ce qu'il est '. »

Secrétan ne se borne pas à aftirmer l'éternité simultanée et intemporelle; il s'efforce de l'expliquer par la nature de lesprit. Elle caractériserait, selon lui, l'absolue perfection mentale; la distinction, en la pensée, en la connaissance, du passé, du présent et de l'avenir résulterait de l'imperfection des esprits créés; il y aurait antagonisme entre l'esprit et^ le temps. « L'esprit que nous connaissons, dit-il, n'est pas lesprit véritable, dans la plénitude de sa réalité... Rien ne s'effacerait dans une mémoire sans ^oubli, dans une mémoire qui serait la mémoire. L'esprit prévoit : pour l'esprit conforme à son idéal, la prévision serait sans erreur et sans borne. Pour un tel esprit il n'y aurait pas de succession «. »

Dans un ouvrage publié longtemps après son Cours de Lausanne, il déclare que Ton ne peut (c soumettre l'esprit absolu à la loi du temps, après avoir constaté dans le relatif et dans le fini que les notions de temps et d'esprit sont antagonistes ». « L'esprit, dit-il, est mémoire, et l'essence de la mémoire, c'est la négation du temps. Concevez sans

1. La Philosophie de la liberté, T édit., t. II, leçon v, p. 124.

2. La Philosophie de la liberté, 2« édit., t. 1, leçon xvii, p. 402.

restriction les facultés mentales dont l'expérience vous suggère l'idée restreinte et contredite, par là même vous faites évanouir le temps, et, avec le temps, la succession et le nombre K »

Enfin, dans une iVo^e sur le néo-cviticisme, qui est peut-être, le dernier de ses écrits, il revient encore sur le sujet, alléguant en faveur de Téternité simultanée l'idée d^un esprit parfait où est nécessairement comprise celle d'une mémoire et d'une prévision parfaites. (( Il se peut, dit-il, qu'on ait tiré du temps la notion de l'éternité; pour notre compte nous voudrions nous y élever par la considération de l'esprit Une mémoire sans oubli, une prévision claire, certaine, complète, ne serait-ce pas la duratio totasimul? Et n'est-ce pas le propre de la métaphysique de prendre les mots dans la plénitude et dans la pureté de l'idée qu'ils expriment, sans les restrictions, sans les négations de l'expérience concrète, sans les contradictions du fini -? »

Cet essai d'explication n'est vraiment pas heureux. iSous ne comprenons pas que Secrétan ait pu en être satisfait. Est-il possible d'énoncer cette proposition : La mémoire est la négation du temps, sans y voir aussitôt une contradiction? Est-ce que la mémoire n'implique pas l'idée du passé, par conséquent celle de différence de temps, par conséquent celle du temps? Écoutons Aristote : « La mémoire ne s'applique pas à l'avenir : c'est l'objet de la divi-

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