Gass., II, p. 841. Trad. Dernier
que Dieu prévoit ; ce n'est point parce qull prévoit, que Pierre agit ainsi. « En eiSel, toute connaissance est extérieure à la chose connue et une chose n'a pas ce qu'elle est de la connaissance, mais elle Ta de soi ou de sa cause. De même que la neige n'est pas blanche parce qu'elle est connue blanche, mais elle est connue blanche parce qu'elle est blanche *. » Cette réfutation se ramène en définitive à celle du fatalisme logique : de part et d'autre, l'objection à réfuter se réduit à un paralogisme.
Les autres difficultés que l'on tire de la volonté et de la puissance divines ont donné lieu à deux opinions célèbres parmi les théologiens. — Pour tous, sans doute, cette volonté et cette puissance sont immuables; pour tous, inviolables sont leurs décrets : d'où le dogme de la presdestination ; seulement, suivant les uns, Dieu, par pure bonté, aurait destiné à la félicité un certain, nombre d'hommes, sans aucun égard à leur mérite futur, et destiné les autres, en prévision de leurs mauvaises actions, aux peines éternelles. On conçoit quelles conséquences découlent de cette interprétation : si, d'avance et quoi que je fasse, je suis créé pour être heureux, à quoi bon me préoccuper? De là le nom de sophisme paresseux, X^yo; àpyo;, donné à cet argument, « parce que si nous y obéissions, dit Cicéron, nous demeurerions les bras croisés sans rien faire dans la vie ' ».
Suivant d'autres théologiens, au contraire, Dieu nous aurait tous prédestinés soit au bonheur, soit au malheur, mais uniquement en considération de notre mérite ou de notre démérite à venir. — Gassendi pense que, pour sauvegarder la liberté et la concilier avec cette prédestination, on pourrait peut-être répondre comme nous l'avons fait tout à l'heure, en disant que ce sont nos actes qui expliquent la prédestination, non la prédestination qui explique nos actes,... mais il n'est pas dupe de la faiblesse de cette réponse. Aussi, se hâte-t-il d'ajouter que nous touchons ici à un mystère et que les décrets de Dieu sont impénétrables. « altitudo divitiarum sapientiœ et scientiœ Dei^ quam incomprehensibilia sunt judicia ejus^ et investigabiles
1. L'abbé fiesson, qui est celui de tous les orateurs religieux de nos jours qui ont examiné de plus près ces objections, n*ajoute aucun argument nouveau à ceux que donne ici Gassendi.