Gass
3. <( £t cei'te captum omnem fugit, ut quidpiam, quantumvis sit alleri ^^«esens conjunctumque, ipsum moveat, si in ipso immotum maneat, ^^pectetque donec ad iUius motum moveatur. » (Gass., I, p. 337.)
il existe dans cet enfant une force qui le pousse vers elle. « Il est donc plus naturel de dire que, dans chaque chose, le principe de l'action et du mouvement étant la partie la plus active et la plus mobile, la fleur en quelque sorte de la matière, partie qu'on désigne ordinairement sous le nom de forme et qu'on peut concevoir comme une contexture très déliée d'atomes très subtils et très ténus, il est plus naturel de reconnaître que la première cause motrice, dans les choses physiques, réside dans les atomes. En effet, lorsqu'ils se meuvent eux-mêmes en vertu de la force qu'ils ont dès l'origine reçue de leur auteur, ils donnent le mouvement à toutes choses et sont ainsi la source, le principe et la cause de tous les mouvements qui sont dans la nature *. »
Toute la force motrice qui se trouve dans les choses concrètes venant ainsi des atomes, dont l'activité est inamissible, nous pouvons en conclure en outre que, quand ces choses sont en repos, la force ne périt pas, mais est simplement enchaînée; quand elles se mettent en mouvement, la force n'est pas créée, mais recouvre simplement sa liberté; de sorte que la quantité de force vive dans l'univers reste toujours égale à ce qu'elle était à l'origine, l'action et la réaction demeurant en définitive les mêmes. Il en résulte encore qu'il n'y a pas, à proprement parler, de repos absolu, car l'effort est, pour ainsi dire, permanent et l'agitation continuelle, bien qu'intestine et insensible ^
II. — Si maintenant nous considérons le mouvement non plus en lui-même et dans sa cause, mais bien en tant qu'il prend telle ou telle direction, il devient plus difficile à expliquer. Pour mieux nous en rendre compte, considérons la pesanteur, qui ne semble pas être un mouvement naturel, mais bien un mouvement violent des corps, puisque souvent elle tend à leur destruction.
1. « Planius ergo dici videtur, cum in unaquaque re principium actionis et motus sit pars illa mobilissima actuosissimaque et quasi flos totius materiœ, quœ et ipsa sit, quam formam soient dicere, et haberi possit quasi tenuissima contextnra subtilissimarum mobilissimarumque atomorum; ideo primam causam moyentem in physicis rébus esse atomds; quod dum ipsœ per se, et juxta vim a suo authore ab initie usque acceptam nioventiir, motum omnibus rébus prœbeant; suntque adeo omnium, quœ in natura sunt motuum origo, principium et causa. » (I, p. 337.)
2. « Jdeo dici posse juxta ante supposita, tantum impetus perseverare constanter in rébus, quantum ab usque initio fuit. » (I, 343.)
— Gomment se fait-il que, par suite de cette propriété, les graves tendent vers le centre de la terre? Deux hypothèses sont possibles : ou bien la pesanteur est une propriété inhérente à la pierre ou à tout autre objet, qui le porte vers un lieu déterminé, quelque soit d'ailleurs le corps qui Toccupe; ou bien c*est une propriété qui le porte, au contraire, vers certains corps situés dans un lieu, abstraction faite de la position de ce lieu dans Tespace.
La première de ces deux hypothèses est évidemment inadmissible. En effet, tous les lieux, en tant que parties de Tespace, se ressemblent et se valent, et il n'y a pas de raison pour que la pierre se dirige vers l'un plutôt que vers l'autre. Supposons un instant qu'elle existe seule et que tout, autour d'elle, soit anéanti ; logiquement elle devra rester immobile; elle devrait rester immobile également si les autres corps dont elle est séparée, n'exerçaient aucune action sur elle ou si elle n'avait aucune préférence pour l'un d'entre eux. Si cependant, contrairement à cela, elle se meut et tend vers la terre plutôt que vers le ciel, c'est, sans nul doute, que dans la terre réside la cause de la direction qu'elle prend. Qu'il en soit réellement ainsi, c'est ce qu'établissent les faits eux-mêmes. Pourquoi le fer se porte-t-il vers l'aimant, quel que soit l'endroit où on le place? Pourquoi nous paraît-il beaucoup plus lourd, lorsqu'un aimant est situé 80U8 notre main, sinon parce qu'il est porté non vers tel lieu, mais vers l'aimant qui l'attire? Or, la terre peut être considérée, précisément, comme un aimant plus considérable et plus puissant qui exerce sur tous les corps pareil attrait et qui, par ^K rend les choses lourdes et pesantes. La cause du mouvement, dans ce cas, est donc extérieure : quant à la pesanteur, elle '^ste bien une tendance innée et primitive, une force naturelle ^^ propre aux atomes, en ce sens qu'ils sont d'eux-mêmes portés * ''action; mais, d'autre part, en tant qu'elle est un mouvement déterminé, dans une direction particulière, elle peut être considérée comme ayant sinon sa cause directe, du moins sa cause "^^îrecte ou occasionnelle en dehors d'elle *. Ce que nous disons
*^ * « Àdnoto principium motus esse externum et gravitatem esse non
l^^%e qualitatem ipsi lapidi inditam ad quœrendum locum prsecise, seu
^ocus est, etenim lapis, ubicumque sit, locum habet, et neque amplio-
^*^ neque angustiorem occupaturus alias usquam est... Videtur gravitas
ici de la pesanteur peut s'appliquer également à tous les phénc^ mènes d'attraction qui se produisent dans Tunivers. Toutefois placer, comme nous venons de le faire, la cause de TattracticK: non dans Tobjet qui se meut, mais hors de lui, c'est simplemeai constater un fait, ce n'est pas l'expliquer, car nous nous trottvons en présence de celte nouvelle difficulté : « Comment se faitil que la terre puisse attirer à elle l'objet dont elle est éloignée? * m Cette difficulté est d'autant plus sérieuse aux yeux d'Épicure et aux yeux de Gassendi, qu'ils admettent comme axiomes indiscutables que nulle chose ne peut agir sur une autre à distance {nihil agere in rem dhtantem) et qu'il ne peut y avoir attractioa ou répulsion sans contact. Si, autour d'un corps, on pouvait faire le vide absolu et intercepter entre lui et les autres corps toute communication, il ne tendrait certainement pas vers un lieu plutôt que vers un autre. C est une conséquence de tout ce qui précède. Il n'y a donc qu'une seule explication possible de l'attraction, c'est d'admettre que des corps émanent des particules solides qui vont des uns aux autres, provoquant des mou* vements dans des directions différentes.
Comment agissent maintenant ces corpuscules? — Gassendi ne pense pas qu'il soit possible de répondre à cette question nouvelle d'une manière catégorique et définitive. C'est qu'on ne conçoit qu'avec peine comment les atomes, qui sont émis et qui sont extrêmement ténus, imperceptibles, peuvent provoquer les phénomènes de l'attraction; nous en sommes réduits aux conjectures.
Il est possible que ces atomes qui sont rameux forment comme autant de petits chaînons solides et continus qui, par suite de réfractions différentes, enveloppent l'objet attiré et, pressant sur toutes ses parties, l'amènent vers le corps d'où ils se sont envolés. Ainsi une bille pressée par les deux côtés d'un angle qui se resserre tend à s'éloigner de plus en plus du sommet de cet angle. On peut faire encore bien des suppositions analogues, mais qui n'ont guère plus de valeur.
Peut-être cependant est-il permis de se représenter l'attraction
lapidi polius indita, ut rem quœrat, in loco versus quem tendit, existentem » (p. 346). — « Solemus gravita tem dicere qualitalem non ab intrinseco peilentem, sed ab extrinseco trahentem. » (Gass., I, p. 346.) -I. Gass., I, 345 et sq.
d'une tout autre manière. Cette dernière hypothèse que présente ici Gassendi mérite d'autant plus l'examen qu'elle prépare et explique plusieurs autres hypothèses que nous rencontrerons dans la suite et qui, pour n'être pas longuement développées, n'en traduisent pas moins, à ce qu'il nous semble, sa véritable pensée, Topinion qui lui paraît la plus probable. « Concevez, nous dit-il, en reprenant un exemple que nous avons cité déjà, que Dieu ait créé et mis au delà des extrémités du monde une pierre, avant que le monde fût créé. Pensez-vous que le monde, une fois créé, la pierre aurait été portée aussitôt vers la terre? Si vous le pensez, n'est-ce pas parce que vous reconnaissez qu'il y a, en elle, comme un sentiment y par lequel elle pressent, en quelque sorte, que la terre est? * » Quel est alors le rôle des atomes, des effluves émis par la terre? — De réveiller précisément ce sentiment endormi, de faire passer, comme dirait Arislole, un mouvement déterminé de la puissance à Tacte *.
Une telle théorie est grosse de conséquences, car elle tend à nous faire concevoir les corps non seulement comme actifs et comme causes, mais encore comme doués d'une certaine sensibilité ou tout au moins d'une certaine împressionnabilité sourde — pour employer une expression plus moderne — qui ne diffère de la sensibilité dont nous sommes doués que de degré. En d'autres termes, au-dessous de la vie consciente qui se manifeste en nous, dans toute sa plénitude, il y aurait une vie obscure et inconsciente jusque dans les éléments premiers et naturels qui constituent le monde; mais, que telle soit bien la pensée de Gassendi, c'est ce qui paraît ressortir de sa doctrine tout entière. Voyons ce qu'il nous dit d'abord de l'aimant : il ^t incontestable qu'entre l'aimant et l'animal il y a des analogies frappantes. De même que celui-ci se porte vers certains objets, lorsqu'il en a reçu l'image ; de môme le fer se porte vers l*aimant. Dans les deux cas, l'objet qui attire n'agit qu'à une ^ftaine distance. 11 semble donc que, de part et d'autre, il y ait
i* « Àgnosces quemdam quasi sensum in lapide futurum fuisse quo ^fram hic esse fuisset percepturus ? » (T. I, p. 348.)
}' « Et nonne fuisse proinde necesse aliquid ex terra ad ipsum usque dimanare, ut terra in eo faceret exprimeretque sui sensum? » {Id., 348.)
••.. Si lapis, ubicumque fuerit, feratur in terram ; ideo ferri, quod cum ^'ra communicet, transmissis nempe corpusculis, quibus terra in eo sui '^usum faciat, ipsumque pelliciat. » (Id,)
une sorte d'âme capable de sentir et de pressentir et, en même temps, de poursuivre ce qui lui convient. La première hypothèse que nous avons faite en supposant que ce sont les atomes émis par Taimant qui meuvent eux-mêmes le fer, est beaucoup plus difficile à concevoir et à justifier. Mieux vaut donc reconnaître qu'il y a dans le fer « sinon une âme, du moins quelque chose d'analogue à Tâme, quelque chose, dis-je, qui, quoique très ténu et très subtil, puisse en s'élançant avec impétuosité vers Taimant, entraîner après soi toute la masse du fer, pesante et paresseuse ' », une fois excité et pour ainsi dire réveillé par l'espèce que lui a envoyée l'aimant. — Toutes ces remarques relatives à l'aimant, peuvent également s'appliquer à la terre. Ne semble-t-il pas, en effet, que la Terre, comme un être vivant, ait le sentiment de sa conservation et appelle à soi toutes ses parties qui s'en détachent? Que ces parties elles-mêmes aient comme un sentiment vague qui les avertit de la direction qu'elles doivent prendre *? II se produit ici ce que nous voyons se produire lorsqu'un enfant aperçoit un fruit. Pour qu'il le désire et se dirige vers lui, deux choses sont nécessaires : la première, c'est une image qui l'avertisse de la présence du fruit; la seconde, une certaine tendance à le prendre, un pressentiment qu'il est pour lui un bien '.
Gassendi va plus loin encore, ou plutôt il développe la même doctrine avec une précision nouvelle lorsqu'il traite du sentiment en général. — Nous aurons l'occasion de revenir sur ce point, plus tard, et de mettre mieux en relief l'opinion de Gassendi; bornons-nous à la résumer provisoirement en disant qu'il ne lui semble pas logique de refuser à l'aimant ou à la pierre un certain sentiment ni une certaine connaissance, analogues au sentiment et à la connaissance qu'ont les animaux ^.
Peut-être est-ce pour avoir méconnu ces caractères essentiels des atomes, caractères qui nous sont révélés surtout par l'étude du mouvement, que les interprètes de Gassendi se sont montrés
1. « Experientia nos facit certos esse in ferro nisl animam, at aliquid certe analogum animse, quod tamelsi tenuissimum, transferre taiiien reliquam massam, licet valde gravem, ac inertem possit. » (T. II, p. 128.)