Voy. chap. sur l'Entendement, p
3. « Quod anima autein humana incorporea cum sit et in ipaum tamen snum corpus agat, motumque ipsi imprimai; dicimus suo loco auimam hnmanam, qua est intellectus seu mens atqueadeo incorporea, non elicere actiones nisi intellecluales seu mentales et incorporcas; et qua est sontiens, vegetans, prœditaque vi corporum motrice, atque adeo corporea est, corporeas elicere actiones ac tum corpus proprium, tum ipsius quoque interventu alienum movere. » (Gass., 1, p. 334.)
4. « Fecisse melius ii videntur qui agendi principium fecere corporeum ac censuere adeo materiam non inertem, sed actuosam esse. » (p. 335).
travent plus pu moins les uns les autres : dans les deux cas, on s'explique que tous les mouvements n'aient pas même vitesse, et que certains corps se meuvent pendant que d'autres sont en repos. Mais, ce qu'il faut admettre nécessairement, c'est que, quelle que soit la mobilité naturelle aux atomes, cette mobilité ne change pas, de telle sorte que, si les atomes rencontrent des obstacles à leur mouvement, ils sont toujours dans une espèce à'effort continuel, de tension constante pour recouvrer leur liberté et se mouvoir de nouveau *. Sans cette supposition, il nous est impossible de rendre compte de la durée de certains mouvements et des vicissitudes que nous remarquons dans les choses.
On élève contre cette conception et celte explication de la cause plusieurs objections. On leur reproche, en premier lieu, de confondre deux choses différentes : la matière et l'agent, ce qui modifie et ce qui est modifié; ce qui est, dit-on, aussi absurde que d'identifier l'œuvre et l'ouvrier, l'architecte et la maison *. Gassendi répond que l'absurdité vient ici de ce que l'on compare les choses naturelles aux choses artificielles, quand rien ne justifie cette comparaison. Dans les unes, la matière est extérieure à l'agent et ne saurait évidemment se confondre avec lui; dans les autres, l'agent ou le principe actif est intérieur. Dans les agrégats, on peut dans une certaine mesure admettre que ce principe se distingue de la matière, mais il faut bien entendre dans quel sens : il s'en distingue non en tant qu'il est immatériel, mais en tant qu'il est la partie la plus active et la plus mobile du corps. C'est cette partie qui meut l'autre et la façonne, mais de telle sorte qu'il se mêle à elle et crée une chose dont il est partie intégrante. Dans l'exemple précédent, au contraire, l'artiste reste toujours extérieur à son œuvre. Si l'on veut trouver un terme de comparaison qui rende claire cette explication, il faut le chercher ailleurs et comparer la matière non aux pierres qui forment une maison, mais aux soldats qui composent une armée ; et l'agent, non à un architecte, mais à un général. Le général, en effet, tout en étant partie intégrante
1. « Unum omnino supponere par est; nempe quantacumque fuit atomis mobilitas ingenita, tantam constanler perse verare,adeo ut inhiberi quidem atomi, ne moveantur valeant, at non, ne perpétue quasi connitantur contenturque se expedire, motumque suum instaurare. » (Gassendi, I, 336.)
de rarmée, la dispose et la dirige. — « SupposoQs maintenant qae chaque soldat ait une instruction suffisante, qu'il connaisse le raog qu'il doit occuper et les mouvements qu'il doit accomplir, on comprendra que Tarmée puisse se former d'elle-même, grâce à l'activité propre de chacun de ses membres. Or, nous pouvons concevoir que la génération des êtres vivants s'effectue de la même manière, par suite du mouvement qui a été imprimé aux éléments de la matière, c'est-à-dire, comme nous le montrerons en son lieu, aux parties de la semence ^ »
On objecte, en second lieu, « qu'il est impossible d'admettre qu une même chose soit en même temps ce qui meut et ce qui est mû; que tout ce qui est mû est mû nécessairement par quelque chose et autres axiomes semblables * ♦>. — Toutes ces difficultés ne sont sérieuses que dans la philosophie d'Aristote, elles ne le sont pas pour les stoïciens qui conçoivent, môme la première cause, comme mobile; pour Platon, qui fait l'âme mobile par elle-même; pour tous ceux enfin qui considèrent la matière comme capable de se mouvoir et n'ayant aucunement besoin d'un principe extérieur pour expliquer son mouvement. Ce qu'il €8l au contraire impossible de comprendre, c'est qu'une chose en puisse mouvoir une autre bien qu'elle lui soit étroitement Qûie, si elle demeure immobile en elle-même et attend que le mouvement lui soit communiqué par un mouvement extérieur^. ^ conséquent, comme, en parcourant la série des choses qui 8c meuvent mutuellement, on ne peut remonter à l'infini, nous sommes bien obligés de nous arrêter à un premier moteur non pas immobile, mais se mouvant par lui-même. — Aristote, il est ^rai, explique tout autrement. La cause du mouvement serait ^n une cause efficiente, mais une cause Onale : c'est par i'at- *''ait qu'exerce la beauté de Dieu sur le monde que le monde se tournerait vers lui. — Contre une telle hypothèse protestant ^®s faits les plus probants : quand on montre une pomme à un ®*^fanl,on ne saurait contester que, outre l'attrait qu'elle exerce,
. ^* « Porro et posse eodem modo concipi viventium generationem fieri ob ''^^itum motum non obsimilem singulismateriœ, hoc estseminis partibus, ®^i8 dicendum locis est. » (Gass., I, p. 336.) — Voir plus loin, eh. v et vi.