‹ La philosophie de GassendiChapitre 54 sur 178 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Considérations générales. — I. Le monde est-il animé? 1. Opinions de Pythagore et de Platon sur Fâme du monde. 2. Difficultés qu'elles soulèvent. 3. Conclusion. — II. Le monde a-t-il eu un commencement? — III. Âura-t-il une fin?

Le monde dont nous faisons partie et dont la science nous révèle chaque jour plus clairement les lois, ne constitue probablement pas à lui seul TUnivers ; d^autres, en efTet, sont possibles et nul ne saurait légitimment assigner de limites précises à la nature. Toutefois, il est évident que le monde auquel nous appartenons, seul nous doit occuper, toute recherche sur les mondes imaginaires ne pouvant être qu'hypothétique et vaine ^.

Or, ce qui nous frappe, dit Gassendi, lorsque nous considérons l'Univers, c'est qu'il forme un tout dont les diverses parties, loin d'être juxtaposées au hasard, sont étroitement unies entre elles et solidaires. Soit qu'on admette, touchant les lois qui les régissent, le système de Copernic dont les explications sont si complètes et si claires, soit qu'on le rejette pour lui préférer celui de Tycho-Brahé, Tordre et l'harmonie qui se révèlent de toutes parts, n'en sont pas moins pour l'esprit une source

1. « Nam fatendum est quidem convinci non posse, non esse mundos prœter hune alios... cum nos, dum asserimus hune mundum esse unicum, loquamur de re, quam ipsi videamus, et quam solam Deus voluerit innotescere; isti vero loquantur de re et sibi incomperta et cujus neque Deum authorem, neque omnino quemplam alium, qui taie quidpiam viderit, habéant... lUud solum retinendum, quod divitem adeo naturam maligne extenuare non deceat. » (T. I, p. 141 et 144.)

d'élonnement et d'admiration ^ Aussi cherchons-nous à comprendre cet ordre et cette harmonie et à en découvrir la cause. Comment donc les concevoir? — Devons-nous assimiler les rapports qui unissent les parties de l'Univers à ceux qui unissent les membres d'un État ou d'une armée, ou à ceux, plus étroits, mais différents, qui unissent les matériaux d'un édifice? Ne devons-nous pas plutôt comparer le monde, dans son ensemble, à la plante ou à l'animal dont les organes vivent d'une même vie et sont animés d'une même âme? Si nous nous arrêtons à cette dernière supposition, le monde a-t-il été engendré et doit-il périr par la dissolution de ses parties, comme la plante et ranimai?— Gassendi fait l'examen critique de ces différentes hypothèses et sa discussion, non moins que les conclusions auxquelles il aboutit, méritent d'autant plus l'attention, que sa pensée semble souvent avoir été très mal comprise. Tantôt *, en effet, on l'accuse d'admettre une âme du monde, comme certains philosophes anciens, âme immatérielle, source de toutes les âmes particulières; tantôt ^, au contraire, on l'accuse de croire à une âme essentiellement matérielle, mais sans bien mettre en relief les attributs qui lui appartiennent. Ces différences d'interprétation et ces jugements incomplets viennent peut-être du trop peu de soin qn'on a mis à suivre la pensée de Gassendi à travers les longues digressions qui l'enveloppent. S'il consacre un chapitre spécial * à l'âme du monde où, après la réfutation des théories qu'il croit fausses, il laisse entrevoir simplement l'opinion qui lui est propre, il revient plus tard, à maintes reprises ^, sur cette opinion pour la compléter; or, négliger ces développements que lui suggère l'étude de plus en plus attentive de la iMiture, serait assurément s'exposer à ne comprendre qu'à demi

*• « Videtur quidem Copernicanum planUcs esse et concinnius; verum QQ>& textus sacri sunt, qui Terrœ quietem et Soli motum tribuunt, ac exslare Decretum ferunt quo textus hujusce modi non de apparente dumtaxat, sed de vera etiam quiète, ac motionc intelligendi esse jubentur; ideo superest, ut taie Decretum reverentibus Tychonicum potius et probetur et defendatur. » (Gass., I, p. 149.)

2. L'abbé Flottes. Voir l'intéressante brochure de M. Jeanne! : Gassendi tfiritualiste,

3. M. Martin, Histoire de la vie et des ouvrages de Pierre Gassendi; MandoD, Études sur le syntagma et De la Philosophie de Gassendi.

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