‹ La philosophie de GassendiChapitre 55 sur 178 · Id., t. II, p. 3; t. I, p. 522; t. II, p. 329, etc., etc · texte numérisé non relu

Id., t. II, p. 3; t. I, p. 522; t. II, p. 329, etc., etc

l'hypothèse qu'il propose. Voyons d'abord comment il conçoit et réfute la théorie des anciens.

I. — Au premier rang des philosophes qui ont soutenu que le monde est animé, il faut placer Pythagore et Platon. Bien que leur pensée sur ce point soit parfois assez obscure, il semble cependant qu'ils se représentent l'âme du monde comme une substance extrêmement déliée et répandue dans tout l'Univeris. Elle est formée de deux éléments distincts : le même et YaiUre\ l'un, très pur et exempt de tout alliage corporel ; l'autre, d'une pureté moins parfaite et plus voisin de la matière.. Le premier est généralement désigné sous le nom d'Esprit; le second est Vâme proprement dite. Comme l'esprit est d'essence supérieure, comme il est libre et immatériel, c'est à lui qu'appartient la direction de l'âme et, indirectement, par l'âme qui n'est qu'un intermédiaire entre lui et le corps *, de l'univers entier. — Est-ce à dire, maintenant, que ces deux parties soient absolument distinctes et substantiellement différentes? Le prétendre serait peut-être outrer la pensée de Platon; il est probable qu'il n'a voulu désigner par là que les deux fonctions essentielles de l'âme, celle qui se manifeste par l'intelligence et la raison, et celle qui se traduit par la végétation et le mouvement '.

Plusieurs raisons spécieuses paraissent justifier l'opinion de Platon. La première c'est qu'il doit y avoir une source commune d'où dérivent toutes les âmes particulières, comme il y a une source commune d'où dérivent tous les corps. « De même que notre corps, dit Plotin, est une partie du corps du mond^, de même notre âme est une partie de son âme '. » C'est la même raison qui portait les stoïciens, après Pythagore, à dire que le monde est animé et raisonnable, ejx^J/u^^ov xal voepov, et Virgile à.

1. « Ex quo intelligitur ejusmodi formam, seu animam irrationalem mediae cujusdam naturœ esse inter naturam pure incorpoream, cujusmodi est mens, et pure corpoream, cujusmodi est materia seu corpus. » (T. I, p. 156.)

2. « Intelligendum est duas esse fonctiones anirnse, quae ubiqiie elucescunt; nempe ex una parte Intelligentia et Ratio, ex alia vegetatio et motio. » \Id,)

3. « Ut corpus nostrum corporis mundani pars est, ita nostram animam partem esse aniroœ mundi. » {Id», p. 159.)

admettre qu'il existe dans l'Univers un Esprit qui en anime et en dirige toutes les parties :

Spiritus intus alit, totamque infusa per artus Mens agitât molem et magno se corpore miscet; Inde hominum pecudumque genus, vitceque volantum, Et quœ marmoreo fert monstra sub œquore Pontus.

En second lieu, l'hypothèse d'une âme du monde semble expliquer aisément Tordre de l'Univers et la Providence divine. Il

f en serait de cette âme comme de l'âme humaine; c'est elle qui

j construirait son propre corps et veillerait avec soin à sa conservation. Elle remplit donc, pour tous ces philosophes, le rôle de

I Dieu mênae ; ils l'appellent divine et nous la représentent comme

! vivifiant tout ce qui existe.

Esse apibus partem Divinse mentis, et haustus iElherios, dixere; deum namque ire per omnes Terrasque, tractusqiie maris, cœlumque profundum : Hune pecudes, armenta, viros, genus omne ferarum, Quemque sibi tenues nascentem arcessere vitas i.

Le défaut de tels arguments est facile à saisir. — Sans doute tout être qu'une âme vient animer en ce monde tire cette âme <lu monde lui-même, mais de quel droit en conclure qu'il la % d'un principe diffus dans toute la nature '? Lorsque naît wi être vivant, supposer, pour rendre compte de son âme, î^e le monde entier est animé, est aussi inutile que de supposer, pour rendre compte de la formation des rochers, une forme lapidifique répandue de toutes parts. L'animal n'emprunte point son âme à l'âme du monde; elle lui vient ou de l'âme particulière qui préexistait dans ses parents et dont elle a été toachée pour être transmise avec la semence, ou de ces ger-> Diesqui se forment par la réunion, la séparation, l'arrangeittent de principes matériels, comme nous l'avons montré déjà. On ne saurait donc conclure de ce fait que notre corps est Animé, de cet .autre que le monde l'est aussi. — Quant à ce raisonnement qui consiste à attribuer au monde entier toutes les qualités qui se rencontrent dans chacun des êtres qui le composent, Cicéron en a fait bonne justice : « Nous devrions

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