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ment et de la phantaîsîe la raison de ses principales qualités et de ses principaux défauts. En thèse générale, on peut admettre que les âmes raisonnables étant incorporelles et venant de Dieu sont toutes égales, mais toutes ne sont pas également secondées par les organes des sens, le cerveau et les facultés sensîtives *. — Ce qui semble prouver qu'il en est bien ainsi, c'est que nous voyons souvent, à la suite de causes purement physiques, telles que la maladie ou l'ivresse, les plus brillantes perfections de Tentendement disparaître.
Les plus importantes de ces perfections sont : la sagacité, la raison, le jugement, la mémoire, la docilité de l'esprit. — La sagacité est « une certaine force qui nous porte à inventer promptement quelque chose, et à trouver sur-le-champ des moyens soit pour prouver ce que nous soutenons, soit pour exécuter ce que nous avons entrepris ». — La raison n'est autre chose « que la force même de raisonner ou d'inférer une chose d'une autre ». Cette force sera d'autant plus féconde, qu'elle trouvera dans la phantaisie plus de matériaux sur lesquels s'exercer, et des matériaux mieux ordonnés. — Quant au jugement, au sens ordinaire du mot, « il n'est que la raison naturellement bien disposée ». Un homme de jugement est celui qui voit justement, énonce clairement, tire des conclusions rigoureuses, ne se laisse ni surprendre ni éblouir par l'apparence ou les sophismes. — La mémoire « est la force de l'entendement à pouvoir reprendre de ce trésor les choses qui y ont été mises en réserve ». — A proprement parler, ce n'est point l'entendement qui conserve les traces du passé : les impressions du dehors comme les actes qu'il a accomplis ne laissent une marque de leur passage que dans la phantaisie : ce sont ces marques dont il se sert, à l'occasion, pour refaire ce qu'il a déjà fait, et le refaire d'autant plus facilement qu'il est mieux secondé par la phantaisie elle-même '. — La docilité « n'est autre chose qu'une aptitude à percevoir ou à comprendre aisément les choses qu'on nous enseigne, à profiter des conseils et à se corriger de ses défauts ». Ënlin^ l'esprit est comme l'assemblage de toutes ces perfections
1. Descartes soutient aussi que nous naissons tous égaux par les dons de Tesprit, mais il oublie de faire la distinction que fait ici Gassendi et qui rend son jugement beaucoup moins paradoxal.